L’ASSOCIATION VALENTIN HAU Y
qu’il lui faut surtout, ce sont des hommes capables de faire apprécier l’œuvre nouvelle dans des milieux très divers. Voici un membre de l’Université, le grammairien Dussouchet ; un membre du clergé qui recommandera les organistes ; un avocat, un maître des requêtes au Conseil d’Etat, un auditeur à la Cour des comptes, un ancien magistrat, un ingénieur des ponts et chaussées. Un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur pourra être fort précieux pour les rapports avec l’administration de l’Assistance. La presse, dont on aura si grand besoin, et si souvent, est représentée par qui? par le comte Léon Lavedan, s’il vous plaît, le propre directeur du Correspondant. Avec cela beaucoup de beaux noms qui sonnent clair notre meilleure aristocratie. Mais le plus riche coup de filet de Maurice de la Sizeranne, c’est son président : Jules Simon a accepté. On colporte la nouvelle avec stupeur et enthousiasme : Jules Simon accepte !
Jules Simon, ce n’est pas seulement l’académicien, l’admirable orateur, c’est en matière d’œuvres la plus haute autorité morale du pays. Le 4 mai 1890, dans la salle de la Société d’encouragement au bien, la première assemblée générale, où il prend la parole et expose les buts de l’œuvre, est un gros succès. Mme Carnot est dans l’assistance. Elle envoie un don de 200 francs après la séance. Le 6 mai, le Temps publie un article de Jules Simon. Aussitôt toute la grande presse y fait écho. C’est l’origine d’un vaste mouvement de publicité qui ne s’arrêtera plus.
Je me représente ces premières années de l’Association Valentin Haüy comme une période de plénitude intellectuelle et de joie pour Maurice de la Sizeranne. Point d’immeuble encore à surveiller : tout juste les deux pauvres pièces de la Bibliothèque Braille et le petit local du Musée. Point de frais généraux. Point d’employés à diriger. Une lourde machine ne s’interpose point entre le cœur qui conçoit et l’aveugle à aider. Un don de 100 francs émeut plus le directeur en ce temps-là que ne fera plus tard un billet de 1 000 francs. Maurice de la Sizeranne crée dans l’enthousiasme.
Il crée un vestiaire qui devra fournir de blouses les ouvriers, d’habits de soirée les musiciens — car n’oubliez pas qu’il nous faut même l’habit. — Les amis de l’Association sont invités à apporter leurs vêtements usagés, et, bientôt, dans un ouvroir où elles se grouperont deux fois par semaine, des dames travailleront de leurs mains à les remettre en état.
Il crée un petit atelier de reliure où un aveugle cartonnera les volumes de la Bibliothèque Braille.
Il crée un service de consultations juridiques où, chaque semaine, les aveugles pourront venir demander des avis, et parfois une protection contre ceux qui exploitent leur infirmité. L’ami qui les guide — un des leurs, un ancien magistrat qui a perdu la vue — ne se contente pas de leur donner ses conseils ; il entreprend pour eux correspondance et démarches au besoin.
Puis il s’attaque au problème ardu entre tous, le problème des ouvrières. Il organise, en 1892, chez les sœurs aveugles de Saint-Paul un atelier d’apprentissage, et à Tracy-le-Mont, dans l’Oise, un atelier de travail, celui que nous retrouverons un peu plus tard transféré à Saintes.
Pour les hommes incapables d’apprendre un métier régulier, voici une industrie nouvelle : la fabrication des sacs en papier. Un atelier est ouvert rue Saint-Sauveur, et tous les amis de l’Association sont invités à donner leurs vieux papiers : journaux, thèses de doctorat, rapports administratifs, se métamorphosent ici en sacs, qui transporteront des légumes dans les filets des ménagères.
Puis c’est le service des avances aux travailleurs qui viendra en aide dans les moments difficiles : grâce à lui des patronnés seront mis à même de joindre à leur pauvre petite industrie le petit commerce qui souvent les sauvera. Voici encore la caisse des loyers destinée à donner des primes d’encouragement à tous ceux qui épargnent pour payer exactement leurs termes.
Dès 1895, dernière année de la présidence de Jules Simon, il faut enfin s’y décider : l’Association est devenue trop