‹ Maurice de La Sizeranne: Aveugle, Bienfaiteur des AveuglesChapitre 14 sur 21 · L? ASSOCIATION VALENTIN H AU Y · texte numérisé non relu

L? ASSOCIATION VALENTIN H AU Y

Au premier étage, voici encore une vaste pièce, le Musée, où tout autour, dans des vitrines le long des murs, s’installent les collections d’appareils réunies depuis plus de vingt ans. Ici des concerts donnés par des aveugles, des conférences enseigneront à un public choisi ce que sont l’âme et la vie de l’aveugle.

Et voyez, commodément groupés autour du bien modeste cabinet du secrétaire général, sous sa main, tous les services auxquels il aura constamment affaire : le patronage, la propagande, la salle des commissions, la bibliothèque Valentin Haüy.

Le second étage et le troisième sont occupés en majeure partie par les publications et par la bibliothèque Braille avec ses dépendances : bureaux de première et de seconde copie, bureau du Louis Braille, grande salle de lecture, etc...

On a prévu très grand : tous les services, dans ce cadre où chacun a sa place appropriée, vont pouvoir se développer à l’aise.

Et pourtant moins de dix ans auront passé que déjà il aura fallu chercher de nouveaux agrandissements au dehors.

Georges Noblemaire, directeur honoraire de la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, qui préside maintenant depuis la mort de Goppée, va faire les affaires de l’Association Valentin Haüy comme il a su faire celles de sa compagnie. Avec lui, les discours annuels des assemblées générales changent de ton : discours d’homme d’action, bourrés de chiffres.

Maurice de la Sizeranne crée toujours : point d’année qui n’apporte quelque nouveau service. C’est une imprimerie Braille installée rue Duroc. C’est un patronage des prêtres aveugles qu’organise un prêtre aveugle lui-même, M. l’abbé Léveilley, les réconfortant, leur indiquant l’activité qu’ils peuvent conserver dans leur ministère, constituant à la

bibliothèque Braille la section spéciale des livres dont ils ont besoin.

Le choc de la guerre allait être rude sur cette œuvre de paix : les collaborateurs dispersés par la mobilisation, les collaboratrices appelées dans les hôpitaux, la réduction des ressources allaient brusquement entraver la marche de bien des services. Le renchérissement de la laine prive les travailleuses à domicile de leur tricot ; le renchérissement du papier tue à peu près la petite industrie des cornets à tabac. Le vestiaire s’étiole. La crise du logement, en supprimant les déménagements, tarit les sources où s’alimentait le garde-meuble.

L’ossature de l’œuvre pourtant n’est pas touchée. Les collaborateurs aveugles sont toujours là. Et puis toute catastrophe stimule les dévouements.

Un grand devoir surgissait pour l’Association Valentin Haüy. Nul n’avait prévu les aveugles de la guerre. Dès le mois de septembre 1914, de tous les coins de la France, des hôpitaux poussés soudain sur tout le territoire, un cri de détresse s’élançait vers Maurice de la Sizeranne et, en bien des endroits à la fois, de Brest à Marseille, de Dunkerque à Bayonne, l’Association se penchait, maternelle, sur les lits où gisaient les plus lamentables des victimes de l’immense tourmente. Elle seule avait l’expérience. Ils seront plus de trois mille. Tandis que les aveugles civils réfugiés des régions libérées affluent vers elle les mains tendues — il en vient plus de 250 — tandis qu’elle retrouve des postes de musiciens pour 76 d’entre eux, place et occupe tant bien que mal les autres, rééquipe des écoles évacuées, elle fournit pour les soldats conseils et outillages à M. Brieux, dont le grand cœur s’est ému et qui entame sa magnifique campagne. A mesure qu’à l’appel de M. Brieux des œuvres se fondent, elle se fait leur pourvoyeuse et leur guide. Elle ouvre des ateliers et des écoles de rééducation. On ne trouve plus d’outillages de brossiers : elle en fait fabriquer. Maintenant c’est le chiendent qui va manquer : si les doigts cessent de boucher des trous, c’est le désespoir qui revient; elle installe chez elle un magasin de matières premières.

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