‹ Maurice de La Sizeranne: Aveugle, Bienfaiteur des AveuglesChapitre 20 sur 21 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l’esprit du patronage

Ferons-nous le tour de la maison de la rue Duroc, visitant l’un après l’autre chacun des services du patronage? Ils sont trop. Contentons-nous de marquer l’esprit de ce patronage et de choisir quelques exemples.

Le premier trait qui exprime l’esprit de ce patronage, c’est son caractère individuel. Pour secourir, il suffit de donner quelque chose ; pour patronner, il faut se donner soi. L’opinion publique croit que pour les aveugles la tâche est faite quand on les a secourus d’aumônes. Il y a effectivement dans les hospices des aveugles incapables qui ont besoin de secours. Mais la doctrine de l’Association Valentin Haüy c’est que les aveugles capables, désirant non végéter mais agir, ont besoin d’une aide personnelle, qui adapte le bienfait à chaque cas particulier.

Le danger contre lequel M. de la Sizeranne ne cesse pas de raidir tout l’organisme, c’est la sclérose administrative. Il ne suffit pas d’avoir établi, en bon disciple de Le Play, que chaque aveugle aura son dossier tenu à jour. Les dossiers se sont vite multipliés : en moyenne 400 à 500 nouveaux chaque année. Pour agir avec ordre, il faut maintenant des commissions, des sections, tout un jeu do bulletins multicolores. Et Maurice de la Sizeranne cite une fort jolie lettre de

Guizot, qui avait bien quelques raisons de savoir ce qu’est un préfet :

« J’ai un grand goût pour l’ordre, pour l’activité régulière et mesurée ; mais cet ordre factice et conventionnel, cette activité indifférente, cette rhétorique, cette mécanique de l’administration qui n’émane ni d’une pensée propre, ni d’une volonté vive, me sont souverainement antipathiques... Ne devenez pas ce que tant de gens appellent un excellent préfet, c’est-à-dire un homme qui ne laisse aucune pétition, aucune lettre sans réponse écrite, mais qui ne s’inquiète guère de savoir si ses réponses font vraiment marcher les affaires, et si ses écritures deviennent des réalités. »

Donner à des dossiers au lieu de donner à des hommes, c’est tellement plus facile !

Pour qu’il y ait patronage individuel efficace, plusieurs conditions sont requises, qui supposent chez le patronnant tact, persévérance, et aussi la compétence. M. de la Sizeranne va jusqu’à écrire : « Il est difficile de s’occuper des aveugles sans commencer par étudier avec soin la collection du Valentin Haüy (1). » La première condition est une connaissance des patronnés directe, prolongée, qui ne peut s’acquérir que par des visites personnelles et par une correspondance suivie.

En second lieu on doit suivre le bienfait pour le faire fructifier.

Enfin l’aide doit être morale et intellectuelle autant que matérielle, au delà des accidents s’en prendre à la racine du mal. C’est parfois la méthode de vivre qu’il faut réformer chez le patronné. L’éducation de la volonté est à refaire ;

(1) Plutôt qu’à la collection presque introuvable du Valentin Haüy, on recourra désormais au livre récemment publié par Albert Mahaut et Mlle de Geyer, V Association Valentin Haüy pour le bien des aveugles, son extension en province par la création de Groupes régionaux , où les auteurs ont exprimé la doctrine même de Maurice de la Sizeranne.

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faute d’essayer, vous aurez sans cesse à recommencer de nouveaux replâtrages.

Comprenez-vous, par ce programme, pourquoi il faut tant de concours à Maurice de la Sizeranne et des concours bénévoles? L’Association Valentin Haüy n’atteindra tous les aveugles dispersés dans les villages de France que lorsqu’elle se sera solidement implantée en province, au moyen de groupes régionaux, de sous-groupes, de correspondants.

Le service de patronage le plus nouveau peut-être de tous ceux qu’a créés Maurice de la Sizeranne est le service des adultes non réadaptés. Jusqu’alors rien n’avait été fait en France, ou à peu près, pour cette catégorie. Justement au temps où Maurice de la Sizeranne entreprenait son œuvre, deux ateliers d’apprentissage venaient de s’ouvrir à Paris et à Marseille pour les recevoir. Mais ils avaient tant d’autres besoins !

D’abord quelques-uns n’auraient-ils pas pu éviter la cécité qui les cherchait, au moins la retarder? Parmi eux il y a des ouvriers qui se livraient à quelque occupation dangereuse pour les yeux : des casseurs de pierres sur les routes, des travailleurs de la carrière dont les yeux sont exposés aux éclats de cailloux. Avertis, ils eussent pu prendre des précautions. L’Association va donc publier et répandre à profusion son tract « Travailleurs, prenez garde à yos yeux ».

• Ceux qui perdent la vue progressivement vont souvent à la catastrophe avec une parfaite inconscience du danger. S’ils savaient! Mais personne n’ose les avertir. Ce n’est plus un tract qu’il faut cette fois, mais une brochure, car il ne s’agit plus de frapper les esprits, il faut faire accepter une hygiène délicate. Cette brochure s’intitule : « Conseils aux personnes dont la vue est affaiblie » — elle ne dit pas « aux personnes qui perdent la vue ». Voyez : ces gros caractères

ne fatigueront pas même des yeux qui depuis longtemps ont dû renoncer à la lecture du journal. Tout en donnant des conseils d’hygiène, tâchons de familiariser avec l’idée de la cécité, tout doucement, engageons à apprendre le Braille, oh ! à titre provisoire, bien entendu, et pour attendre que la crise ait passé. Beaucoup d’intéressés d’ailleurs ne liront pas ces recommandations personnellement, mais les patronnants qui viendront les visiter y puiseront des directives.

Car il va de soi que la méthode du patronage individuel est ici spécialement de mise. Chacun de ces malheureux réagit -à sa manière propre, qui varie selon sa situation de famille, ses ressources, son emploi antérieur, sa culture, son tempérament. La langue qu’il faut parler à l’un n’est pas celle qui convient à l’autre. Visiteur, faites le diagnostic, et devinez les remèdes. La cure sera longue.

Le havre où il faut tendre, c’est la restauration d’une activité. Cette planche de salut, c’est souvent du passé de chacun que le patronnant doit l’extraire : goûts, famille, relations, amis, il doit tout mettre en compte pour tracer la route nouvelle.

En vue de cette réadaptation, l’Association a organisé des leçons de lecture et d’écriture Braille à son siège, et aussi à domicile pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas se déplacer. Elle a publié un recueil d’exercices pour les touchers maladroits auxquels il faut des caractères largement espacés. Elle distribue livres et tablettes, et aussi des guidemains, pour écrire en noir, qu’il importe de pratiquer le plus tôt possible, avant que les muscles aient perdu l’habitude de tracer les lettres.

À la mère de famille, ce qu’il faut d’ordinaire ce n’est pas un livre, mais la confiance qu’elle pourra continuer à éplucher ses légumes, faire sa cuisine, laver sa vaisselle, blanchir son linge, qui sait, raccommoder les vêtements de ses enfants. Que d’exemples on devra lui citer parfois pour la décider à essayer ! On les trouve en foule dans les dossiers individuels de l’Association. Là, et dans les livres de Maurice de la Sizeranne, on en fera provision.

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L’entrée en apprentissage signifie que la partie est gagnée. Il y a des années où les rapports de la section nous parlent de plus de 100 apprentis. Ce sont ces aveugles frappés à l’âge adulte qui, moins souples que les enfants à se laisser enrégimenter dans les métiers traditionnels, ont le plus largement profité des professions nouvelles ouvertes par l’Association Valentin Haüy et enseignées à son siège, celles de masseur et de téléphoniste. Elle dirige ces hommes de toutes conditions vers l’atelier le plus approprié à leurs aptitudes et à leur lieu de résidence. L’argent manquait : elle a sollicité les œuvres, elle a plaidé la cause de ses clients auprès des pouvoirs publics ; elle a complété les bourses insuffisantes, et créé elle-même des bourses. Maurice de la Sizeranne excelle à approprier des solutions aux cas particuliers : à défaut d’atelier, il y a dans la ville qu’habite cet apprenti un brossier aveugle qui pourra se charger de lui donner des leçons. Cet autre répugne à se transporter à 300 kilomètres ou à vivre en atelier, mais il accepte d’aller à 20 kilomètres chez un petit patron aveugle qui le logera. Dans cet autre cas, c’est le professeur aveugle qui va se transporter chez l’apprenti désireux de ne pas quitter ses enfants, et qui peut disposer d’une chambre. L’Association a ainsi des professeurs ambulants. Dans toutes ces combinaisons, remarquez-le, un aveugle encaisse le prix de la leçon dont un autre aveugle profite. L’apprentissage terminé, l’Association veille à ce que le nouvel ouvrier reçoive un outillage et un stock de matières premières. Désormais il a rejoint la section dite des travailleurs, de ceux qui ont été préparés à la vie par l’école : il pourra participer à l’aide que, sous diverses formes, l’Association s’efforce de donner à cette catégorie de patronnés.

L’atelier d’apprentissage pour la fabrication de sacs en papier vous montrera avec quelle ingéniosité M. de la Sizeranne a su lutter contre le fléau de l’inaction. Je n’ai point

parlé de cette fabrication à propos des métiers : ce n’en est pas un; c’est une occupation. Si on l’avait bien compris, et que Maurice de la Sizeranne ne la proposait qu’à ceux qui étaient incapables d’un métier, on lui eût épargné des critiques injustes.

Cet homme a été frappé à quarante-cinq ans. Peut-être parviendrait-il à faire des brosses ; son travail serait si lent qu’il ne gagnerait presque rien. Il faut un travail à sa mesure.

Regardez comme celui-ci est facile : je mets à portée de la main de l’ouvrier un stock de papiers coupés aux dimensions voulues. Il suffit de les plier, de fendre et d’échancrer les parties qui doivent être rabattues pour former le fond et les côtés du sac, d’étendre de la colle sur les bords, enfin de rabattre ces bords. Il n’y a point d’aveugle qui n’apprenne à faire cela très bien en quelques jours. Point non plus qui ne puisse, les sacs une fois secs, en peser un kilo, passer au travers, au moyen d’un poinçon, une ficelle grâce à laquelle l’épicier les suspendra dans sa boutique ou le marchand des quatre saisons au coin de sa voiture.

Et comme l’outillage est simple et bon marché : cette planche de travail de un mètre sur 0 m. 70, ce tabouret, ce seau à colle, cette brosse pour étaler la colle, une balance encore, et des ciseaux ; voilà qui ne sera guère encombrant, même dans une mansarde au sixième étage. Et dans un coin l’ouvrier pourra entasser quelques centaines de kilos de papier : matière première peu délicate, et qui ne risque point de se détériorer. L’aveugle travaillera là en famille, sa femme et ses enfants lui prêtant un coup de main au besoin, sans qu’il y ait nécessité de le conduire chaque matin à quelque lointain atelier, de l’en ramener chaque soir.

L’écoulement des sacs fabriqués se fait chez les marchands du quartier, petites gens dont la porte n’est point difficile à forcer, qui connaissent l’aveugle, vendent à sa femme, ne se choquent point de sa mise de pauvre. Mais il y a la mortesaison, de février environ à mai, quand même les pommes

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et les oranges ont à peu près disparu. L’Association y a pourvu en obtenant une grosse commande de sacs d’un syndicat de cultivateurs : ces sacs-là serviront à envelopper des fruits pendant la période de maturation afin de les préserver contre les vers. Ainsi point de chômage.

Oui, mais quel sera le bénéfice? Le papier à lui seul représente 60 pour 100 au moins du prix de vente des sacs. Les prisons font une concurrence terrible. Même l’ouvrier voyant n’a qu’un gain dérisoire. Quel sera celui de l’aveugle?

Voilà justement la trouvaille de Maurice de la Sizeranne : ces vieux papiers, qui valent cher chez le marchand, sont sans valeur chez le particulier. L’Association se fera ramasseur de vieux papiers. Elle distribuera cette précieuse matière à ses ouvriers, ou la leur vendra à quelques centimes le kilo, tout juste de quoi rentrer dans ses frais. Les papiers inutilisables pour les sacs ne sont pas perdus; avec le produit de leur vente on procure aux ouvriers de beaux papiers de registres, matière première de choix. Si j’avais à donner un titre à ce chapitre de l’histoire de l’Association, je choisirais : Vart d’utiliser les restes.

A moins pourtant que ce ne soit l’art d’utiliser les occasions. Savez- vous l’origine- de l’atelier? Un père de famille, devenu aveugle, avait imaginé d’entreprendre cette fabrication. On l’observa. On le chargea d’instruire quelques-uns de ses congénères. Une dame de l’Association, pénétrée des méthodes et de la charité de Maurice de la Sizeranne, amoncela dans son antichambre les papiers recueillis que quelques apprentis, les premiers, venaient chercher chez elle. De l’antichambre le papier déborda dans la salle à manger, puis dans la bibliothèque, dans le salon, dans la chambre à coucher 1 Et Mme Bassot, penchée dans la poussière, triait tout le jour, classait les papiers par grandeurs. Il fallut se décider à ouvrir un atelier dans une pièce louée, oh ! bien petite d’abord ; puis un plus grand, rue Saint-Sauveur, dans le quartier des Halles, le rendez-vous des marchands des quatre-saisons. On acheta un massicot pour couper le papier par grandes quantités ; on installa un aveugle qui, en

quelques jours, enseignait le métier aux nouveaux venus.

On recueillit dans les bonnes années jusqu’à 230 000 kilogrammes de papiers. Que de donateurs ont appris par cette cueillette l’existence de l’Association! Et l’on eut jusqu’à 112 ouvriers qui vivaient de ce travail. Quand les progrès de l’hygiène exigèrent que les sacs de fruitiers fussent en papier neuf, on se rabattit sur la fabrication de cornets à tabac. Mais déjà les cornets payaient plus mal.

J’eusse pu passer sous silence cet atelier, car les conditions économiques de la guerre, et surtout de l’après-guerre, ont progressivement détruit cette petite idustrie. Mais n’était-il pas dommage de taire un exemple aussi caractéristique de la manière de Maurice de la Sizeranne? Puisse l’Association conserver cette ingénieuse aptitude à tirer parti de tout, que son fondateur avait si bien su lui inspirer (1).

Quelques exemples encore feront toucher du doigt qu’à cet ingénieux patronage le coeur préside sans cesse, jamais engourdi par l’accoutumance.

Maurice de la Sizeranne a fondé rue -Duroc ces réunions du premier dimanche du mois qui sont si appréciées des aveugles parisiens, et qu’on a imitées en province. Une conférence, une petite représentation théâtrale fournit le prétexte à se rassembler.

(1) Un rôle analogue à celui de batelier de sacs en papier pour les hommes a été rempli pour les femmes par le service du travail à domicile, qui leur distribue des ouvrages de lainage et de couture. Il a été organisé par la baronne Rébillot, alliée à la famille de la Sizeranne, avec un dévouement qui rappelle celui de Mme Bassot. A certaines époques le nombre des ouvrières a dépassé cent.

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« Ils arrivent nombreux. Des cartes, des damiers, des échecs, des billards anglais, sont mis à leur disposition. On proclame les noms des aveugles présents pour leur permettre de se chercher, de se retrouver entre eux, puis une causerie commence, faite par l’un d’entre nous. Notre secrétaire général communique les nouvelles facilités apportées dans nos services, et les conversations reprennent animées, jusqu’au soir (1). »

Pour que la distraction ne prélève aucun tribut sur le bien-être de la famille, on remet à chacun des assistants une petite indemnité de guide et de tramway.

Un jour on apprit au conseil d’administration de l’Association qu’un généreux anonyme avait donné une somme de 100 000 francs pour que les arrérages en fussent versés à un aveugle ayant été dans une situation aisée. Qui donc avait pu suggérer une donation aussi inattendue? Tous les yeux se portèrent vers Maurice de la Sizeranne. Il les connaissait, lui, ces misères honteuses que laissent après elles les années de poursuite désespérée après la guérison. Lui aussi, bien sûr, avait eu la délicatesse de fixer les conditions d’attribution : toutes précautions étaient prises pour que le nom du bénéficiaire demeurât secret.

Hélas ! l’État qui avait obligé l’œuvre à placer son avoir en fonds garantis ne paye plus aujourd’hui au titulaire, au lieu de 3 200 francs or, que 3 200 francs de 1928, 650 francs au plus.

Il y a quelques mois, un aveugle hospitalisé dans le centre m’écrivait pour demander à l’Association Valentin Haüy de lui faire faire un apprentissage. Il avait séjourné dans une

(1) Rapport sur les travaux de V Association Valentin Haüy pendant Vannée 1911, par M. Jules Peloux.

école spéciale, expliquait-il, mais il y avait perdu son temps : malade, sans famille, houspillé, méprisé, il était tombé dans le découragement. Et il ajoutait : « C’est justement pour réparer ce douloureux passé que je vous adresse ma demande. Depuis 1917 je suis en correspondance amicale avec une demoiselle, ancienne patronnesse de l’Association Valentin Haüy, qui dirigeait la bibliothèque des hôpitaux, et qui dut cesser à cause de sa santé ; c’est alors que M. de la Sizeranne lui demanda si elle voulait bien écrire à des aveugles isolés en vue de les distraire ou de les réconforter ; cette personne, c’est Mlle P... En ce qui me concerne, je ne me doutais pas que des liens d’inaltérable amitié allaient se former entre nous, liens que la mort interrompra mais ne brisera pas, car cette affection se continuera au delà, j’en suis convaincu. Je vous le dis sincèrement, Monsieur le secrétaire général, en m’accordant son affection, cette demoiselle m’a sauvé du découragement. »

Ce bonheur non seulement lui a inspiré le désir de se refaire, une vie de travail, mais, pense-t-il, l’a « guéri de ses crises d’épilepsie ».

Quand on a heurté un bon nombre de faits de ce genre on devine la souplesse de l’organisme de patronage que monta Maurice de la Sizeranne, grâce au talent qu’il avait de susciter des dévouements. Instruire les patronnants, les diriger, fut à toutes les époques de sa vie l’occupation qui absorba la majeure partie de ses heures de travail.

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