L* IMPOSSIBLE ACCIDENT
un devoir, pour quelques-uns c’est une inclination : Maurice sera de ceux-ci.
Il a neuf ans. Le 4 octobre 1866 — un beau jour d’automne tout semblable aux autres — ■ l’accident incroyable, l’impossible accident se produit. Je voudrais vous le taire, ô mères inquiètes, l’expliquer, le justifier de quelque détail inventé car, comment vivrez-vous en paix si vous en gardez le souvenir?
Toute la famille arrivait au château de Ferralbon, dans la Drôme, chez la grand’mère de Maurice. Il venait de descendre de voiture. Dans le brouhaha de l’arrivée, il avise au mur du vestibule un ancien jouet, un arc et sa flèche, s’en saisit et sort sur la terrasse. Il tire. Comme il a levé la tête pour suivre du regard la courbe que la flèche décrit dans l’air, elle retombe dans son œil droit.
Point de sang. L’enfant n’a rien dit. A table cependant, sa grand’mère remarque qu’il ne mange pas. Elle l’interroge : « Ce ne sera rien. » Elle use des petits remèdes anodins habituels aux personnes de son temps. Et bientôt l’autre œil est atteint lui aussi. C’est l’œil gauche qu’il faut sauver, s’écrie le premier oculiste consulté. On vit trois autres oculistes à Paris. Au mois de mars une opération fut tentée. Les anesthésiants n’étaient point encore en usage. « Un jour qu’on devait employer le fer, l’enfant se mit à cheval sur la chaise, et s’agrippa au dossier. Durant toute l’opération il ne fît pas un mouvement. »
Peu à peu — au milieu de quelles alternatives et de quelles angoisses ! — les parents ont dû voir en face cette vérité effroyable, révoltante : leur enfant est pour toujours aveugle.