CHAPITRE II
LA FORMATION DANS LES tÉNEBRES
La nuit pour toujours. Vous pensez, lecteur, que c’en est fini de toute joie enfantine ; que l’âme, courbée sous le destin qui l’accable, n’aura plus une pensée qui ne soit pour la douleur.
Eh Ipen, non. Dans sa vie nouvelle, où d’ailleurs le petit Maurice emporte le gros bagage d’images lumineuses qu’il a déjà amassées, un peu grave de nature — il l’était avant l’accident — mais enjoué à ses heures, il semble, auprès de ses parents désolés, ne pas se douter du malheur qui l’a frappé. Sa vie n’est point désaxée. Après comme avant la catastrophe, c’est le même enfant qui grandit.
L’homme qui l’a connu le plus intimement me disait : « J’ai la conviction que la cécité ne l’a nullement changé, que sans elle il aurait été dans la vie ce qu’il a été, plus porté vers les connaissances exactes que vers les choses de l’imagination, plus vers les sciences concrètes que vers les mathématiques, avant tout occupé des autres. Je le vois faisant une carrière d’ingénieur, un de ces ingénieurs entièrement dévoués à l’ouvrier. En tout cas son infirmité n’a pas dévié l’orientation de son esprit. Elle a seulement fourni une matière à son activité. »
Gomme avant, son jouet préféré est son établi de menuiserie. Il veut se rendre compte de tout avec ses doigts ; dans le parc, aidé par sa bonne, il mesure le pourtour d’une
pelouse. Il monte et démonte le harnais et il réclame d’atteler lui-même le cheval, car son amour pour les chevaux
— une vraie passion d’enfant — reste entier.
Il est toujours le petit Maurice remuant, entreprenant, qui, un jour, en faisant un rétablissement, s’était heurté si violemment la tête que la trace lui en demeura toute sa vie : une raie blanche dans ses cheveux châtains. L’accident de l’arc n’a jeté sur ses membres aucun lasso de peur. On installera maintenant dans le jardin, tout exprès pour lui, un portique où il se livrera chaque jour. aux exercices d’agrès qu’il aime fougueusement. Les Anglais, plus tard, s’étonneront de le trouver si handy , si adroit, eux qui jugent volontiers — • et non pas toujours à tort — que les aveugles de France sont très en retard à cet égard sur les élèves de leur Royal Normal College.
Mais le salut pour sa formation d’aveugle, ce fut le vieux château de Margès. Justement depuis 1866 la famille passe là chaque année plusieurs mois d’été. Or, Margès est une sorte de microcosme où, loin de toute agglomération urbaine, les propriétaires mènent encore un peu la vie rurale d’autrefois : il leur faut presque se suffire à eux-mêmes. Margès a sa chapelle, qui a vu bien des cérémonies de famille. Il a sa meule, son four à pain, ses chenils, sa magnanerie, des cours pour l’élevage du gibier, un cuvage pour faire la piquette, sa forge avec un soufflet, sans parler de sa menuiserie, une menuiserie très complète. Presque tous les organes des vieilles demeures seigneuriales sont encore là. Que d’occasions de s’instruire pour un petit garçon curieux des choses mécaniques et pratiques ! Maurice interroge les ouvriers, il s’initie aux travaux de chaque corps de métier, il s’ingénie à agir par lui-même.
Quelle aubaine incomparable pour un petit aveugle ! Tant d’autres, quand une stratégie savante ne parvient pas à tourner cet écueil, s’isolent du monde extérieur! Ils se replient sur eux-mêmes dans une rêverie indécise trop maigrement alimentée par les sens. Ce danger-là — le grand danger
— est écarté par les vivants cours de leçons de choses que
Marges renouvelle pour lui chaque année. Son cerveau s’y meuble d’idées concrètes et sa main, à jouer sans se blesser de la scie, du rabot, acquiert cette adresse et cette agilité qui lui seront d’un prix inestimable dans sa vie d’aveugle.
Ses parents l’avaient d’abord confié à un précepteur. Mais après sa première communion, qu’il fit, âgé de douze ans, au collège de Mongré où il était à la veille d’entrer quand survint son accident, on se résigna enfin à le placer dans une école d’aveugles. Un de ses camarades m’assure que ce fut l’enfant qui emporta cette décision : « Je suis aveugle, je désire être élevé en aveugle. »
Il passa une année à l’école d’Arras tenue par des religieuses, puis il entra en 1872 à l’Institution Nationale de Paris, l’école la plus ancienne et la plus réputée du monde.
Pourquoi hésitez-vous à franchir le seuil? Entrons avec lui. Non, une école d’aveugles n’est point du tout la demeure sombre, hostile, sans lumière et sans joie que vous imaginez, où des spectres désespérés d’enfants promèneraient dans un morne silence leur éternel regret du jour. Entendez ce vacarme : violons, violoncelles, flûtes, hautbois, orgues, tous les charmeurs de l’oreille qu’imagina l’humanité, cachés dans tous les coins de la maison, vous assaillent d’un tourbillon assourdissant. Derrière chaque porte surgit une vie bruyante et mélodieuse. Une trompétte éclate, dominant le tapage, elle égrène dans l’air ses notes claires et perçantes. Montons au second : vingt-quatre pianos autour de nous, dans les vingt-quatre cellules qui bordent ce couloir, jettent à la fois, dans un mouvement endiablé, du Mozart et du Chopin, le ronron des gammes et la folle vélocité de Czerny.
Un coup de cloche : tout s’arrête ; les flûtes rentrent dans leurs écrins, les violons dans leurs étuis ; les couvercles des pianos claquent, les portes crient. Les couloirs s’emplissent
d’une foule courante, grouillante, babillarde. On descend les escaliers quatre à quatre, on s’interpelle.
Justement c’est l’heure de la récréation : entendez ces cris qui montent de la cour, et dites-moi si vous connaissez beaucoup d’écoles plus vivantes que celle-ci. Cherchons Maurice. Il n’est pas parmi ces groupes rieurs qui, là-bas, au bout de la cour, abattent des quilles avec des boules qu’un système ingénieux de pentes et de guidages permet à l’aveugle de rattraper à tous coups sans peine ; ni parmi ces gymnastes pendus à la barre fixe ; ni parmi des cavaliers qui, juchés sur les épaules de camarades, luttent pour se désarçonner réciproquement. Tenez, je le découvre dans cette grappe d’élèves qui, tout en discutant avec animation, suivent d’un pas égal la piste bitumée ménagée autour de la cour pour guider le pied des promeneurs. Voyez : les autres ont pris leurs compagnons par le bras ; lui non ; il est un peu derrière, il marche à part. La finesse de ses traits, sa réserve, la distinction de ses manières font de ce délicat aristocrate un isolé, une sorte d’original parmi ces plébéiens. Que fait-il donc dans cette maison? Quel profit en espèret-on pour lui?
Son pupitre, à l’étude, est bourré de gros in-quarto • — une grammaire, une arithmétique, une géographie — aux pages blanches couvertes de petites bosses. Il écrit ses rédactions au moyen d’une tablette striée. Or, ceci est presque une nouveauté. Il y a vingt ans à peine que dans cette maison les livres Braille ont commencé à se substituer aux livres en caractères romains obtenus, comme au temps de Valentin Haüy, par le gaufrage d’un papier fort. L’écriture avant cette révolution était si lente que l’enseignement était surtout oral. Maintenant tout se fait par écrit, en Braille. Par là surtout l’enseignement sera fructueux pour Maurice de la Sizeranne.
Certes ses besoins intellectuels ne trouveront point à se
satisfaire entièrement dans cette maison. La plupart des élèves y font leur entrée, à dix ans ou plus, totalement incultes, et il leur faut se hâter vers un enseignement professionnel très absorbant, qui leur assure un gagne-pain. Malgré une teinture de rhétorique et de philosophie, les études intellectuelles ne dépassent guère le niveau d’un enseignement primaire un peu supérieur. Plus tard, Maurice de la Sizeranne comblera les lacunes. Mais les cours à la Sorbonne, un délicieux vagabondage à travers des livres de tout genre, prendront tout leur prix grâce seulement au Braille manié avec aisance, qui lui permettra d’amonceler des notes personnelles. Pour le moment, il se fait à la pratique constante du Braille. C’est son indépendance de travailleur qu’il conquiert : ses dossiers à l’Association Valentin Haüy, les manuscrits de ses ouvrages, tout sera en petits points Braille. Et à une époque où le Braille est encore contesté, attaqué, méprisé hors de France, lui prend conscience de ses prodigieuses ressources, et une partie de son oeuvre, non la moindre, consistera justement à faire sortir du Braille toutes sortes d’applications inespérées.
Puis il a résolu de mener une vie active, d’embrasser une carrière d’aveugle. Il a choisi celle de musicien et je rie serais point étonné qu’il pense dès maintenant à devenir professeur dans cette Institution Nationale près de laquelle ses. parents sont pour lui venus se fixer au 37 du boulevard des Invalides. Il se donne donc activement à l’étude du piano, de l’orgue, de l’harmonie. Dans l’orchestre qui exécute plusieurs concerts publics par an, il joue de la flûte. Ne craignez point que tout cela soit perdu pour son œuvre future : il faut peut-être qu’il ait vécu cette vie, qu’il en ait touché de près les besoins, les écueils, qu’il ait été dans la peau d’un musicien aveugle, pour imaginer plus tard aussi judicieusement les méthodes propres à venir en aide aux musiciens. Le caractère si pratique de son patronage ne sera point un accident.
Surtout il se familiarise avec le monde des aveugles. Le premier accueil — tous mes témoins sont d’accord là-dessus
— n’avait été rien moins que chaud. Son éducation raffinée, son langage châtié, sa naissance, autant de raisons de défiance, d’envie, dans ce milieu de pauvres diables, ombrageux enfants d’ouvriers et de paysans, où il tombait inattendu, comme de quelque planète éloignée. « A son entrée, m’écrit naïvement un de ses camarades, je ne le haïssais point comme d’autres faisaient. » Si du moins Maurice avait pris sa part des farces que l’on jouait aux pions ! Son sérieux n’était pas pour lui faire pardonner sa distinction.
Pourtant à force de tact, il sut se faire respecter et aimer. Il riait de bonne grâce des sarcasmes qu’on lui décochait. Il se laissait appeler Lazeraille par sobriquet. Lazeraille d’ailleurs avait de l’esprit, il aimait à plaisanter, il avait le sens de la caricature. Ses manières déteignaient sur quelques amis qui se civilisaient dans le commerce de leur distingué camarade. « Il tranchait sur nous tous, m’écrit un autre; on éprouvait pour lui une sorte de respect, tout en restant très familier, ce à quoi il tenait beaucoup, et l’on sentait qu’à son contact on devenait meilleur. » Son grand ami d’alors, Nant, qui, bientôt professeur à l’Institution, devait mourir de phtisie, était un fils d’ouvrier. Un accordeur qui, plus jeune, l’avait fort peu connu à l’Institution, m’a raconté l’embarras qu’il éprouva lorsque, quelques années plus tard, il fut appelé chez la Sizeranne pour accorder son piano. Gomment l’aborder? Fallait-il dire tu? ou vous? l’appeler monsieur? Ce fut le Lazeraille d’autrefois qui vint à lui : « Gomment vas-tu? Es-tu content de tes affaires? »
Derrière cette simplicité, qui apprivoisait son monde, on sentait autre chose : l’intérêt passionnément dévoué avec lequel il se penchait sur ces destinées d’aveugles, devinant dans l’ombre de l’avenir les luttes, les privations qui se préparaient. Il était élève depuis peu de temps à F Institution, que déjà il s’occupait de placer un de ses grands camarades comme organiste à l’église de Tain. Gelui-là serait entouré de prévenances. D’autres placements suivirent. Il préludait à cet apostolat qui était un des instincts de son cœur.
Cet instinct va se forger deux points d’appui : la foi religieuse et une doctrine sociale.
La religion chez lui ne fut pas simplement fidélité à une tradition de famille. Elle sera son principal objet d’étude. Il eut toujours pour les questions théologiques une curiosité avide qui s’était formée en lui peut-être dès sa jeunesse dans un milieu singulièrement distingué et captivant.
L’été, il fréquentait le château de la Combe, en Dauphiné, situé dans la vallée du Grésivaudan, au-dessus de la route de Grenoble à Chambéry. L’oncle Albert du Boys, le magistrat légitimiste, partageait là ses loisirs entre les études juridiques et la composition d’ouvrages sur l’histoire de l’Église et la pensée catholique. Il avait été mêlé très étroitement au mouvement catholique libéral, fort lié avec Montalembert, Lacordaire, M. de Falloux, le P. Gratry, l’abbé Pereyve et Dœllinger. Presque tous avaient disparu maintenant, mais autour du vieillard qui les avait reçus et aimés, leur mémoire était entretenue comme un culte. Et la Combe, sur lequel planait de si grands souvenirs, demeurait un « de ces lieux prédestinés par une vocation spéciale » où s’élaborent dans des cerveaux humains les grands desseins de la Providence.
La fille d’Albert du Boys, Mlle Netty, était maintenant le centre des réunions. C’était une personne d’un rare idéalisme, d’une pensée hardie, avant tout passionnée de théologie. Le char attelé de bœufs qui montait au château amenait chaque année pour sa cure de repos à la montagne Mgr Dupanloup, qui encourageait Mlle Netty dans ses idées — audacieuses alors — sur l’éducation des femmes. C’est à la Combe, auprès de sa fdle spirituelle, que l’évêque d’Orléans est mort en 1878, quand Maurice avait vingt et un ans, et elle a publié un récit de ses derniers moments. Le prélat attirait à la Combe des ecclésiastiques distingués, notamment cet abbé Hetsch, curieux type d’Allemand qui s’était
converti au catholicisme, et dont Mlle Netty devait retracer la vie. Des témoignages autorisés m’assurent qu’elle eut une notable influence sur la formation de plusieurs prêtres, habitués eux aussi de la Combe, qui allaient devenir de grands dignitaires de l’Église : les abbés Dadolle, Chapon (1), plus tard évêques de Dijon et de Nice; peut-être l’abbé Foulon, le cardinal de Lyon ; certainement l’abbé Lagrange, le futur évêque d’Évreux, qui bataillera si vigoureusement pour la mémoire de l’archevêque d’Orléans.
Là, sur la terrasse suspendue entre les cimes neigeuses des Alpes et l’opulente verdure de la vallée du Grésivaudan, on s’abandonnait selon le goût de l’hôtesse, entre deux excursions aux glaciers, à d’interminables discussions théologiques.
Pendant bien des années, Maurice devait retrouver chez sa cousine les mêmes sociétés et les mêmes préoccupations. Elle avait pris en affection cet enfant élu pour des destinées saintes et frappé par la volonté divine, et certainement elle exerça sur son développement moral une grande influence.
Dans ce milieu, Maurice prit l’habitude de ne pas se contenter de vivre sa religion, mais de la penser encore, de s’intéresser à tous ses aspects intellectuels. Mgr Dupanloup restera pour lui jusqu’au bout un de ces types d’humanité supérieure auxquels on aime à demander des sujets de méditation et des exemples. Surtout, à toutes les époques de sa vie, il trouvera dans les livres du P, Gratry l’aliment substantiel dont sa pensée ne peut plus se passer. Les Sources , la Connaissance de Dieu , la Connaissance de Vâme, ces ouvrages dont il fera exécuter la transcription intégrale en Braille, quitteront souvent les rayons de sa bibliothèque pour prendre place sur sa table de travail.
(1) Mgr Chapon a préfacé des « Mémoires sur la Combe » de Mlle Netty du Boys que le Correspondant a publiés en 1912.
En matière de science sociale, le maître de Maurice de la Sizeranne est Frédéric Le Play.
Nous ne savons plus aujourd’hui l’attrait que déjà de son vivant, bien avant que M. Paul Bourget eût orchestré si brillamment ses idées, ce puissant esprit exerça sur beaucoup de nobles pensées. Il faisait appel aux méthodes les plus positives pour rebâtir un abri intellectuel à des aspirations morales traditionnelles que le positivisme avait brutalement malmenées. Aux yeux de Montalembert, la Réforme sociale était tout simplement le livre « le plus original, le plus courageux, et le plus utile, et sous tous les rapports le plus fort de ce siècle ».
Nous trouverons plus tard Maurice de la Sizeranne, disciple militant, dans les Unions de la paix sociale. Il est assidu aux séances. L’une de ses premières études sur les aveugles y fera l’objet d’une communication. La revue la Réforme sociale la publie, et d’autres ensuite.
Ce qui l’a séduit dans la doctrine de Le Play, c’est d’abord l’idée de la famille fortement constituée, rétablie dans son rôle fondamental de cellule sociale et réintrégrant dans un organisme vivant la poussière des individus. D’autres autour de Maurice de la Sizeranne seront portés à enrégimenter les ouvriers aveugles dans des ateliers, à rechercher pour le vieillard la paix de l’hospice : nous le verrons, lui, s’efforcer, chaque fois que cela est possible, de faire rentrer l’ouvrier dans sa demeure familiale, de maintenir aussi longtemps qu’il se peut le vieillard à son foyer, dans le milieu où son existence s’est lentement façonnée. La famille est la réalité vivante, aimante, où l’infirme doit prendre son point d’appui, et qui seule peut garantir son relèvement, si bien que la première tâche est de faire comprendre à la famille la valeur sociale et morale de l’aveugle afin qu’elle ne le rejette point.
« Les œuvres de bienfaisance, écrira-t-il, ne peuvent être que des palliatifs : elles doivent, non pas se substituer à la famille, mais l’aider dans sa tâche, la remplacer lorsqu’elle y faillit. Notre grand penseur Le Play a souvent formulé ce précepte... C’est pour se pénétrer de cette idée, et de tant d’autres si pratiques, si mûries, si appuyées sur les faits, que tous les hommes d’œuvres, toutes les personnes qui s’occupent d’assistance, doivent lire et méditer les écrits de Le Play. »
La défiance que son maître lui a inculquée pour l’étatisme ne se démentira non plus jamais. Après le chef de famille, il y a le patron, dont l’atelier doit être l’image de la famille ; il y a le grand propriétaire... C’est sur ces « autorités naturelles » qu’il faut prendre un appui avant de recourir aux entités artificielles que sont la commune, le département. Encore celles-là sont-elles proches de nous ; nous nous en sentons les membres participants. Mais l’État est une invention monstrueuse, abstraite,- insaisissable, à laquelle il ne faut recourir que lorsque toute autre autorité se dérobe. Maurice de la Sizeranne n’a foi que dans l’initiative privée.
Mais, ce qu’il entend avant tout prendre à Le Play, c’est sa méthode rigoureusement scientifique. Les milliers de dossiers de patronnés' aveugles qui se sont amoncelés à l’Association Valentin Haüy ont été conçus d’après les enseignements de Le Play.
Seulement, les faits ne sont pas pour Maurice de la Sizeranne l’ordre social. Ils ne sont que le terrain sur lequel la bâtisse doit s’élever. Il faut bien commencer par étudier le terrain avant de construire. Mais le laisser-faire du libéralisme économique révolte sa conscience de chrétien comme une abdication de notre moralité, de notre humanité. Le patron ne saurait se considérer comme quitte envers le travailleur lorsqu’il lui a versé son salaire : s’il le traite en machine, il se, rend coupable d’une sorte d’homicide : il a charge d’âme. Ses répugnances pour l’étatisme préservent Maurice de la Sizeranne d’être tenté par le socialisme chré-
tien, dont les formules lui paraissent ressembler à des outres gonflées. En revanche les pamphlets si vivants, si alertes de Bastiat le ravissent. Les Harmonies économiques lui semblent apporter aux enseignements de Le Play, avec lesquels elles s’accordent si bien, ce complément de préoccupations morales que réclame impérieusement sa nature.