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récart du mouvement se virent forcés d'y prendre part : les canons, laissés par les Autrichiens en se retirant, furent employés à mettre les remparts en état de défense : une levée en masse fut décrétée : on put mettre sur pied un effectif plus ou moins bien armé de trente mille hommes. Un siège en règle était ainsi devenu nécessaire. Le marquis de Botta, n'ayant plus, depuis le départ d'une partie de ses troupes pour la Provence, les forces suffisantes pour l'entreprendre, fit signe à son lieutenant Braun de lui venir en aide, et c'était cette diversion inattendue, sur laquelle Belle-Isle ne comptait pas, qu'il ignora même jusqu'à la dernière heure, qui, achevant de troubler le général autrichien, précipitait sa retraite jusqu'à lui donner l'apparence d'une véritable déroute.
Quoi qu'il en soit, et quelle qu'en fût la cause, le succès n'en était pas moins grand, et c'était pour l'entrée en possession du nouveau ministre une bienvenue inespérée. Le malheur voulut que Puisieulx ne fût pas en mesure d'en profiter. Il
revenait de Breda très souffrant, et peu de jours après son arrivée, une petite vérole confluento, d'un mauvais caractère, se déclara et mit ses jours en danger. Pendant plus de six semaines, il fut hors d'état de prendre part à aucune affaire et dut être remplacé provisoirement par son collègue le ministre de la marine, Maurepas. Dans cette situation intérimaire, un ministre d'un jour ne pouvait pas même avoir la pensée de donner sur aucun point une direction normale. Maurepas se borna à profiter du coup d'œil qu'il avait l'oc^ casion de jeter sur l'ensemble de la politique extérieure pour se livrer en plein conseil à une satire rétrospective des procédés d'esprit du malheureux d'Argenson. Les tentatives que le ministre révoqué avait faites pour entrer en pourparlers au sujet de la paix sur tous les théâtres à la fois, et en frappant, disait-il, à toutes les portes, étaient surtout Tobjet de ses railleries et, dans le nombre, l'ébauche encore informe de négociation entamée à Vienne, — cette transaction secrète dont personne, sauf peut-être le roi, n'avait connu le fond véritable, dont d'Argenson lui-même (on Ta vu) n'avait jamais eu la confidence complète, — ne fut pas la moins maltraitée : « M. de Maurepas, écrit Chambrier à
son maître Frédéric, n'a pas été fâché de donner connaissance à ses collègues des négociations secrètes de M. d'Argenson, afin de répandre un nouveau ridicule sur les choses qui partaient de €e dernier en y comprenant le duc de Richelieu qu'il n'aimait pas. Le comte de Maurepas et le maréchal de Noailles m'ont toujours dit que le marquis d'Argenson donnait tête baissée dans toutes les idées qui lui passaient par la tête et que ses négociations ont eu un succès que justifiait la solidité de sa judiciaire. »
Chambrier, on le voit, tenu au courant de tous les secrets ainsi révélés au conseil, n'avait garde de les conserver pour lui. On peut juger Timpression que ressentit Frédéric, confirmé par là dans tous les soupçons qu'il avait déjà conçus sur le rôle de Richelieu à Dresde et persuadé, comme il l'était toujours, que tout rapprochement entre les cours de France et d'Autriche ne pouvait être opéré qu'à ses dépens, surtout quand on essayait d'y procéder à son insu *.
Quoi qu'il en soit, toutes les cartes étant ainsi abattues et mises sur table, c'était à Puisieulx, quand il fut rétabli, à décider celle qu'il lui con-
1. Chambrier à Frédéric, 23 avril 1747. (Ministère des affaires étrangères.)
viendrait de jouer. Richelieu était de retour, n'ayant pu prolonger son séjour à Dresde au delà du mariage de la nouvelle dauphine qu'il devait ramener en France. Mais, avant son départ, Brtihl Tavait instamment prié de rester en correspondance avec lui pour suivre la négociation engagée avec Marie-Thérèse, dont la Saxe tenait à rester l'intermédiaire. N'ayant nulle raison, cette fois, de rien déguiser au nouveau ministre, Richelieu dut le mettre au courant du point où en était l'affaire et lui demander s'il lui convenait de passer outre. C'était à Puisieulx de répondre. En même temps les conférences de Breda devaient être reprises, les cours de Sardaigne, d'Autriche et même d'Espagne ayant, au moins en apparence, accepté l'arrangement bâtard inventé par d'Argenson. Elles consentaient à laisser leurs ambassadeurs à la porte de la conférence, où les représentants de France, d'Angleterre et de Hollande seraient seuls admis, pour porter la parole, chacun au nom de ses alliés, mais à la condition de ne rien conclure sans l'approbation commune. Il était douteux qu'une si étrange combinaison pût être sérieusement et sincèrement mise en pratique : mais c'était la France qui Tavait proposée et elle ne pouvait guère se refuser à en faire
Tessai. Puisieulx avait donc, en nommant son successeur, à lui faire connaître nettement de quelles instructions il entendait le charger.
On voit que sur deux points également importants une décision était exigée et ne pouvait se faire attendre. Mais il fut tout de suite évident que Puisieulx n'était pas homme à prendre une résolution énergique et encore moins, une fois prise, à la suivre avec vigueur. Pour commencer, au sujet de la négociation entamée à Vienne (de toutes les affaires évidemment la plus pressante et celle qui voulait être menée avec le plus de secret et de rapidité), il parut, en vérité, ne savoir absolument que faire. Il pouvait, à son gré, ou la prendre en main avec le désir et le dessein de la faire réussir, ou s'en dégager complètement : c'était son droit, puisqu'il n'y avait personnellement pris aucune part. Il ne sut adopter ni l'un ni l'autre parti. Il permit à Richelieu de reprendre et de continuer avec Brûhl une correspondance privée, mais sans s'y mêler lui-même directement, en quelque sorte en fermant les yeux et en s'abstenant d'y donner aucun caractère officiel. C'était le vrai moyen de rendre la tentative, non seulement insignifiante, mais ridicule.
Il était possible, en effet, que Marie-Thérèse^
SOUS rinfluence d'une défaillance passagère, eût conçu un instant la pensée de s'entendre directement avec la France. II était possible aussi et peut-être plus vraisemblable que, satisfaite de la chute de d'Argenson, elle fût tentée de voir si son successeur serait moins que lui enchaîné sous le joug de la Prusse. Mais l'essentiel, en tout cas, était de l'aboucher directement avec un négociateur véritable, ayant en main tous les pouvoirs pour conclure et dont la parole lui inspirât confiance. Le détour suivi par Puisieulx ne lui offrait rien de pareil. Comment aurait-elle pu prendre au sérieux une conversation en l'air qui lui arrivait par une voie indirecte, sur la foi d'un ambassadeur de parade tel que Richelieu, connu seulement à Vienne par l'éclat d'une frivole élégance? Il n'y avait rien là qui pût l'engager à se compromettre dans une démarche d'une nature par elle-même très délicate. Tout était donc manqué d'avance, et il aurait fallu être volontairement aveuglé pour conserver sur un succès, toujours peu probable, la moindre illusion.
Une seule personne peut-être aurait pu avoir, même dans ces conditions mal définies, une autorité personnelle suffisante pour se faire écouter. C'était Maurice, au comble maintenant
du crédit comme de la renommée, et dont un mot pouvait suppléer à toutes les instructions ministérielles. Mais Maurice, on Ta vu, n'était pas entré sans hésitation dans une négociation qui, si elle réussissait et mettait un terme à la guerre, ne pouvait manquer de lui enlever, avec Tespoir d'acquérir une gloire nouvelle, le fruit de ses exploits passés. S'il s'était décidé à y mettre la main, c'était surtout pour consacrer par une action commune l'union des deux familles royales dont il était désormais l'allié, et traverser les desseins d'un ministre dont il désirait la chute. Ce double résultat obtenu, son zèle se refroidissait visiblement.
Le printemps qui approchait lui apportait de nouvelles perspectives de victoires, tandis que, pour offrir la paix à l'Autriche dans des conditions de nature à la séduire, il fallait commencer par lui promettre la restitution des Pays-Bas, et renoncer ainsi à ce joyau précieux dont il avait pu se flatter de faire don à la couronne de France. Ce sacrifice lui coûtait et lui semblait médiocrement compensé par un chétif établissement accordé à un infant d'Espagne en Italie. C'est ce qu'il laissa clairement voir en envoyant à Bruhl la première lettre de Richelieu. Il l'engageait vivement à faire
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prononcer FAutriche sans délai, parce que, si on laissait, disait-il, la France reprendre, avec la suite de la guerre, le cours de ses victoires, le roi serait peut-être moins disposé a se dessaisir de la jouissance du Brabant qui lui rapportait rf^/à ^2/2quante millions. « Vous conviendrez que c'est un objet, ajoutait-il, et voilà tout ce que je peux vous dire sur cette affaire. »
Si c'était Louis XV lui-même qui eût fait entendre une telle menace, tout le monde, même Marie-Thérèse, y aurait peut-être regardé. Mais, tenu par Maurice seul et confié à Toreille du comte de Brûhl, ce langage ne devait ni être écouté, ni parvenir à son adresse. Ce fut tout cependant, et depuis lors, pas un mot ne se retrouve plus sur ce sujet dans la correspondance de Maurice *.
Ni Richelieu ni Bruhl, à la vérité, n'avaient les
1. Maurice de Saxe au comte de Brûhl, 13 février 1747. — Vitzhum. p. 170. — Une des idées exprimées dans cette lettre, c'est que, si Louis XV persistait dans son système de renoncement personnel, il pourrait au moins établir l'infant dans les Pays-Bas et poser ainsi une barrière entre la France et la république de Hollande. — Le comte de Loos s'était aperçu de la froideur du maréchal, car, en envoyant cette lettre avec celle de Richelieu au comte de Briihl : « Nous avons, dit-il, eu une longue conversation sur ce grand objet chez le maréchal de Saxe, qui n'a abouti à rien et dont je ne suis guère content. » (Loos & Brûhl, 13 février 1747. — Archives de Dresde.)
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mêmes motifs pour quitter la partie si facilement* Tout au contraire, Tun avait peine à renoncer à la confidence d'un secret d'État qui accroissait son importance, Tautre, resté tout Autrichien au fond du cœur, tout en touchant l'argent de la France, se plaisait dans ce rôle de médiateur qui lui permettait de se maintenir à la fois en relations amicales avec les deux cours ennemies. L'un et Tautre devaient donc continuer plusieurs mois encore, en piétinant sur place, et sans faire un pas vers une solution, des correspondances qui, communiquées à l'impératrice, n'obtenaient d'elle que des réponses de plus en plus vagues et dilatoires; ils demeuraient seuls en réalité à y attacher quelque importance *.
La vérité, d'ailleurs, c'est que, pour faire sérieusement affaire avec Vienne, il aurait fallu se
1. La correspondance de Richelieu avec Briihl se poursuit, pendant les mois de févier, mars et avril, jusqu'à la reprise des hostilités, en tournant en quelque sorte dans un cercle. Un point surtout parait faire une difficulté qui ne peut être levée. Marie-Thérèse refuse obstinément de comprendre, dans un arrangement avec la France, aucune convention relative à l'Espagne, avec qui elle se réserve de traiter directement par l'intermédiaire du Portugal. Elle demande aussi l'envoi d'un négociateur à Vienne, tandis que Richelieu insiste pour que, si on traite directement, ce soit à Paris que les conférences aient lieu. Le renouvellement de la guerre au printemps met fin à ces communications, qui ne présentaient plus d'intérêt. Voir Appendice A le récit fait par Richelieu luimême de cette négociation sans résultat.
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décider (surtout après les indiscrétions de Maurepas) à encourir sérieusement le déplaisir de Berlin. La chose absolument impossible, c'était de se rendre agréable aux deux endroits à la fois; et sur ce point, Marie-Thérèse et Frédéric, parfaitement au courant de leurs sentiments réciproques, s'entendaient sans se concerter. Qui se rapprochait de l'un, par là même s'éloignait de l'autre. Or, si Puisieulx, comme tous les politiques de la cour, ne s'était pas fait faute d'accuser les faiblesses de d'Argenson pour un ami aussi douteux que Frédéric, quand, une fois ministre, il s'agit, en changeant brusquement cette attitude, de se poser lui-même en adversaire déclaré d'un souverain puissant et irascible, il semble que la peur le prît et que le cœur lui ait manqué. Il n'est assurément ni le premier ni le seul ministre à qui la responsabilité du pouvoir, tombée inopinément sur ses épaules, ait paru plus lourde qu'il ne pensait, et qui se soit empressé de courir après des paroles prononcées à la légère quand elles ne tiraient pas à conséquence. C'est à un sentiment de cette nature qu'il faut attribuer l'empressement subit qu'on le vit mettre, sans attendre qu'on lui eût fait un reproche ou même une question, à bien établir qu'en fait de fidélité et de
dévouement à ralliance prussienne, il ne le céderait pas à son prédécesseur.
A peine entré en convalescence, il se fit ménager un rendez-vous avec le ministre de Prusse, à Plaisance, chez Pâris-Duverney, et là, ouvrant son cœur avec une sorte d'épanchement mélancolique : (( Le roi de Prusse, lui dit-il, aurait pu faire quelque chose de plus pour nous qu'il n'a trouvé à propos : au moins quelques démonstrations, en différentes occasions, qui nous auraient fait du bien ; mais il ne Ta pas cru convenable : cela doit nous suffire, parce qu'il connaît mieux ce qui convenait à ses intérêts que nous ne pouvons le faire. Nous sommes trop heureux d'avoir un ami et un allié aussi éclairé qu'il est, et qui gouverne ses affaires par lui-même. Il faut aussi que nous nous en rapportions à sa pénétration et à ses lumières sur ce qu'il peut ou ne peut pas faire. Ses intérêts sont les nôtres et ne peuvent pas nous être indifférents. Il a la Silésie, il faut qu'il la garde. »
Puis, allant au-devant du soupçon qu'il lisait dans les regards de son interlocuteur : « Vous ne devez pas prendre le change sur nos relations avec la cour de Dresde. Notre traité de subsides ûvec elle et le mariage de M. le dauphin ne nous permettent pas de rompre avec cette cour-là; mais
nous savons que M. de Briihl sera toujours Autrichien ou Russe, quoi que nous puissions faire. Nous ne pourrions nous en débarrasser qu'en le perdant, et il y aurait de la témérité à l'essayer, puisque nous n'y réussirons pas. Le mieux que nous puissions faire est de connaître la Saxe pour ce qu'elle vaut, et que notre confiance en elle n'aille pas jusqu'à un certain point... je le répète, jusqu'à un certain point *... »
Et, de crainte que la confidence ne fût pas assez textuellement rapportée, ses premières instructions, envoyées à Valori, étaient conçues dans des termes d'une amitié aussi chaleureuse : « Le roi de Prusse, disait-il, est trop éclairé pour ne pas sentir que le désir que nous avons de rendre la tranquillité à nos peuples et à l'Europe ne sera jamais capable, dans aucun cas, de trahir nos intérêts au point de négliger les siens. Son objet doit être de garder la Silésie et de se l'assurer à perpétuité; et, c'est aussi ce qui nous convient le mieux, l'acquisition qu'il a faite étant le seul fruit que nous retirions d'une guerre si longue et si sanglante*. »
Enfin, averti que les bruits qui circulaient à
1. Chambrier à Frédéric, 18, 24 mars 1747. (Ministère des affaires étrangères.)
2. Puisieulx à Valori, avril 1747. (Correspondance de Prusse, — Ministères des alTaires étrangères.)