Noailles à Maurice, 11 avril 1747. (Papiers de Mouchy
Haye, reçut rinstruction de porter aux États généraux, pour les préparer à l'approche imminente des armées françaises. Les preuves de modération données par la France depuis le commencement de la guerre y étaient rappelées et énumérées : la présence constante et l'accroissement prochain des troupes hollandaises dans les rangs ennemis ne justifiaient-elles pas toutes les mesures défensives? et si la victoire avait favorisé les armées des alliés, les soldats de la république auraient-ils respecté le territoire français? Du reste, ajoutait le document, tout serait conduit avec une extrême modération. Une sévère discipline serait imposée aux troupes. La religion des populations serait respectée, nulle atteinte ne serait portée à la liberté des consciences, et, pour qu'on ne pût douter du désintéressement du roi de France, il s'engageait à ne considérer les places qu'il occuperait que comme un dépôt qui serait rigoureusement restitué dès que la guerre serait terminée ou que les Hollandais auraient cessé d'y prendre part. Cette argumentation ne souffrait pas de réplique; on peut s'étonner cependant qu'une justification quelconque fût nécessaire. Tel était toutefois le respect qu'inspirait à l'Europe entière cette petite, mais sage
république, — qui, par ses capitaux, fournissait des écus aux trésors de tous les États obérés, et dont les gazettes étaient les seuls organes libres de l'opinion, — qu'au premier moment Tétonnement, j'ai presque dit l'indignation, fut encore, plus que la peur, le sentiment dominant dans l'assemblée, véritablement stupéfiée. A force de servir de refuge aux proscrits de tous les pays, la Hollande s'était accoutumée à se regarder elle-même comme un territoire d'asile inviolable où le bruit des armes ne devait jamais se faire entendre et dont la force, même victorieuse, devait respecter le seuil. « Tous les membres qui composaient l'assemblée, écrit Chiquet, furent tellement consternés qu'aucun d'eux n'ouvrit la bouche, soit pour, soit contre, soit même pour aviser aux moyens de détourner le coup dont cet État est menacé, et l'on se contenta de mettre l'affaire en commission et d'ordonner que lesdites pièces seraient envoyées aux provinces respectives de l'Union *. »
L'impression fut plus vive encore et plus générale lorsque l'efTet vint, sans tarder, suivre
1. Chiquet, chargé des affaires de France, à Puisieulx, 21 avril 1747. {Correspondance de Hollande, — Ministère des affaires étrangères.)
la menace. Une fois en liberté d'agir, Maurice se mit à l'œuvre avec son énergie et sa promptitude accoutumées. Ce fut sur la province maritime de Zélande et sur les places fortes bordant le cours inférieur de TEscaut jusqu'à son embouchure qu'il dirigea sa première attaque. En partant de Versailles, le 30 avril, il avait annoncé que tout serait fini en quinze jours, et personne ne le voulait croire, car on avait peine à comprendre com • ment une armée embarrassée d'un matériel de siège, pourrait manœuvrer sur un sol mouvant, coupé de mille canaux et détrempé par de constantes inondations. Mais il ne voulait pas même avoir l'air de prendre la difficulté au sérieux. « Soyez le bienvenu, monseigneur, écrivait-il au comte de Glermont, qui lui demandait ses ordres et le lieu où il devait le rejoindre, nous ferons de la bonne besogne, s'il plaît à Gott^ ce dieu des Allemands. Ces messieurs voulaient nous manger avant que nous pussions être rassemblés : il faut les gruger par détail, et puis leur donner des coups comme à Rocoux... Les Hollandais crieront : Aïe! Aïe! mais qu'ils crient ou ne crient pas, il n'importe guère *. »
1. Maurice de Saxe au comte de Clermoni, 10 avril (747. (Papiei'8 de Condé. — Ministère de la guerre.)