‹ Maurice de Saxe et le marquis d'Argenson (volume 2)Chapitre 24 sur 42 · II. H · texte numérisé non relu

II. H

La gageure fut tenue; et, entre le 1" et le 17 mai, les citadelles de l'Écluse, de Sas de Gand, d'HuIst et d'Axel avalent successivement capitulé, et tout le cours du fleuve, jusqu'à la mer, était sous la possession des armes françaises. C'était justement parce qu'on avait trop compté sur les défenses naturelles et sur la longanimité du gouvernement français que les garnisons, partout surprises, n'étaient nullement prêtes à la résistance. Lov^^endal portait les coups que Maurice dirigeait de son quartier général, qu'il avait transporté à Anvers. Il put croire un instant que le duc de Gumberland, encore occupé à La Haye à rassembler les troupes alliées, allait venir l'y chercher. Mais les succès furent si rapides, que le temps manqua même pour donner à cette menace un semblant d'exécution.

Chacun de ces brillants faits d'armes était annoncé par Maurice avec sa verve railleuse accoutumée : « Je vous envoie la capitulation de rÉcluse, écrit-il le 22 avril; elle est, comme on dit, au gros sel. Donnez une commission de colonel à celui qui vous l'apporte, c'est un de mes meilleurs marmitons. » — Et le 4 mai :

« Je tiens maintenant le loup par les oreilles; il

ET LE MARQUIS D*ARGENSON. i83

ne me reste plus qu'Hulst, dont je viendrai à bout dans quatre jours. »

Puis le 12 : « M. Delaroque (le commandant d'Hulst) m'a fait dire que le cadre d'or qu'il avait l'intention de mettre à mon portrait serait plus ou moins large, suivant la capitulation que je lui accorderais. » — Enfin, le dernier jour annonçant la chute d'Axel : « Tout est fini; je crois que cela s'appelle viser juste, vu les difficultés qu'il y avait à surmonter \ »

Cette dernière conquête était de toutes la plus singulière, car la forteresse d'Axel, élevée sur une des îles de l'Escaut, semblait par là même à l'abri d'une attaque improvisée : elle se rendit cependant sans qu'il fût même tiré un coup de canon. Ce fut l'œuvre d'un très jeune officier, le comte de Broglie, second fils du dernier maréchal et frère du nouveau duc; son supérieur, M. de Contades, lui en faisait honneur dans les termes suivants : « On a raison de dire que les moyens qui paraissent le plus éloignés de la vraisemblance réussissent quelquefois. Je voyais des difficultés sans nombre pour pénétrer dans l'île d'Axel, séparée du continent par un bras de

1. Maurice de Saxe au comte d'Argenson, 13 mai 1747. (Ministère de la guerre.)

mer, ne pouvant cependant me flatter de se rendre maître d'Axel qu'après avoir débarqué dans l'île. Quelque extraordinaire que cette position me parût, j'ai envoyé un officier à Axel pour porter une lettre à Tofficier qui y commande : je lui mandais que j'avais des choses à lui proposer qui lui seraient utiles à la ville et à sa garnison, et que, s'il l'approuvait, je lui enverrais un officier principal pour lui en faire part; il y a consenti, j'y ai envoyé le comte de Broglie, qui a trouvé moyen de lui persuader que je lui donnais une grande marque de bonté en lui permettant d'évacuer le pays d'Axel et de sortir de la ville avec les honneurs de la guerre. Il a signé la capitulation, que j'envoie à M. le maréchal de Saxe par M. le comte de Broglie. Je ne doute pas que M. le maréchal ne le charge de vous la porter; il est certain que j'avais remis cette importante négociation en bonnes mains et que je dois à son éloquence de n'être pas obligé d'entreprendre une besogne dont la réussite était fort incertaine \ »

1. Contades au comte d'Argenson, 17 mai 1747. (Ministère de la guerre.) — Le comte de Broglie dont il est ici question est le même qui fut, quelques années après, ambassadeur en Pologne et chargé de la mission confidentielle que j'ai racontée dans le Secret du roi. Né en 1719, il avait alors vingt-huit ans.

Maurice chargea en effet le jeune comte d'aller porter à Versailles cette nouvelle, qui complétait une série de prodiges, non sans exprimer pourtant quelque regret que, même à ce prix, la garnison d'Axel eût obtenu sa liberté : « Je vous envoie, écrivait-il, le petit comte de Broglie, qui a eu l'éloquence de persuader au commandant d'Axel de rendre la place et tout ce qui restait. Nous voilà quittes de ces gens-là jusqu'au revoir; le procès est gagné. J'aurais bien voulu avoir les six bataillons ; ils me tiennent un peu au cœur. » A Versailles, on était trop satisfait pour se montrer si difficile. « M. de Broglie, écrivait le comte d'Argenson, est venu me dénicher à Neuilly, où je ne m'attendais pas à recevoir sitôt les nouvelles de la prise d'Axel et de son territoire. Il n'y a personne, à commencer par le roi, qui n'ait été saisi d'étonnement en apprenant celte nouvelle, et il ne faut pas avoir regret de voir échapper une garnison qui vous a cédé à si bon marché le pays qui était confié à ses soins. A l'égard de M. de Broglie, je le garderai jusqu'à ce que le roi m'ait donné des ordres sur les grâces que Sa Majesté jugera à propos de lui accorder *.

i. Maurice de Saxe au comte d'Argenson, 17 mai. — Le oomle d'Argenson à Maurice de Snxe, 19 mai 1747. (Ministère

« Il faut avouer, s'écriait le maréchal de Noailles, que nous avons affaire à des gens bien obligeants. » Et, ravi des succès de son ami, il se mettait lui-même en route pour la Flandre, sous prétexte de faire une tournée d'inspection, ea réalité pour le féliciter lui-même et se placer, comme il le lui écrivait, à Vombre de ses lauriers. « Ce que je vois ici, s'écriait-il en arrivant, est incroyable à qui ne le vérifierait pas de ses propres yeux. » — Il était heureux de lui annoncer en même temps que le roi portait son traitement de maréchal -général à trente mille francs par an, somme supérieuj'e à celle qui avait été accordée à Turenne et à Villars, qui n'en avaient jamais reçu que vingt-quatre mille *.

C'était toucher Maurice à un point très sensible, car il n'était, on le sait, nullement indifférent à ce genre de récompense, et le profit lui semblait un juste complément de la gloire. Il avait même songé un instant (c'est la corresponde la guerre.) — Voici comment l'ambassadeur de Venise à Paris raconte cet incident : Le comte de Broglie, jeune homme plein d'esprit et de vivacité, est monté en bateau, accompagné seulement d'un tambour; s'approchant de la forteresse, il a crié à haute voix qu'un officier de distinction voulait parler au gouverneur au nom du roi de France.

1. Noailles à Maurice de Saxe et au comte d'Argenson, 11 avril-n mai 1747. — D'Argenson à Maurice, 27 mai 1747. (Ministère de la guerre.)

dance de Noailles lui-même qui nous l'apprend) au début de la campagne, à profiter de Toccasion et de la victoire pour se procurer une source de gains, qui, moins honorable que les grâces royales, eût été plus lucrative. On avait, suivant lui, un moyen d'atteindre les marchands de Hollande à un point qui leur tenait plus au cœur même que l'intégrité de leur territoire : c'était de donner à l'entrée de leurs ports la chasse aux navires qui leur rapport^ent les richesses du monde entier. L'exécution eût été confiée à des bâtiments armés en course dont Maurice aurait eu lui-même l'entreprise. C'était s'adjuger d'avance une part de prise dont, vu l'étendue du commerce hollandais, le montant aurait pu être assez élevé. Malheureusement l'intention était trop évidente et tout le monde y aurait vu clair. Ce furent les conseils de l'amitié éclairée de Noailles qui le détournèrent de ternir ainsi, par un bas calcul d'intérêt, tout Téclat de sa renommée : « L'amitié que je vous ai vouée, mon cher maréchal, lui avait-il écrit, veut et exige que je vous écrive en particulier sur le projet d'envoyer en votre nom des vaisseaux en mer pour courir sus aux Hollandais. Je crains l'abus que vos envieux et vos ennemis en pour-

raient faire contre vous. Vous êtes l'objet de Tamour et de l'admiration du public, il faut éviter toute démarche qui pourrait tendre à altérer des sentiments qui doivent vous être d'autant plus agréables qu'ils sont l'effet et le fruit des services que vous avez rendus à la nation. L'entreprise de courir sus aux vaisseaux hollandais peut avoir de grandes suites, elle peut être une occasion de perpétuer la guerre. Vous connaissez le désir de toute la France, c'est de vous qu'elle en attend la fin et non la continuation : ne trompez pas son attente, vos propres réflexions suppléeront à tout ce que je pourrais vous marquer sur la couleur noire et odieuse que nombre de gens que votre mérite efface, ne manqueraient pas de donner à cette entreprise. Défendez-vous des mauvais conseils qui vous sont donnés et ne souffrez jamais qu'on donne atteinte à votre gloire. — D'ailleurs, ajoutait-il, ne poussez pas trop fort les Hollandais : on peut réduire les gens au désespoir et ils usent de tous les moyens; regardez ce qui s'est passé à Gênes. »

C'était parler avec autant de noblesse que de raison, et le dernier conseil en particulier ne manquait pas de prudence, car Tévénement ne

tarda pas, ce semble, à le justifier. L'opération, si vivement menée par Maurice, n'avait qu'un tort qui ne lui était pas imputable : c'était d'arriver trop tard et de manquer par là l'efTet principal qu'elle aurait dû produire. Si l'exécution eût eu lieu à pareille date, une année auparavant, quand l'Angleterre retenait chez elle toutes ses troupes et son meilleur général pour tenir tête à l'insurrection écossaise, quand Tarmée autrichienne, concentrée tout entière au fond de l'Allemagne, n'était pas encore remise de l'humiliation que lui avaient imposée les armes victorieuses de Frédéric, la république délaissée et prise à la gorge sans trouver un défenseur n'aurait eu de ressources que de demander grâce par la plus humble et la plus prompte soumission. Mais les dispositions avaient changé avec les événements : la partie, presque gagnée par l'Autriche au midi de l'Europe, était redevenue, malgré la stérile victoire de Rocoux, incertaine ou du moins possible encore à disputer au nord, et le duc de Cumberland était présent de sa personne à La Haye, entouré de généraux et des ministres de toutes les puissances alliées : une convention militaire qui venait d'être signée lui assurait la disposition de cent trente mille hommes

(soixante mille Autrichiens, quarante mille Hollandais, le reste composé d'Anglais, de Hanovriens ou de Hessois à la solde britannique). Céder ou même reculer d'un pouce avec une pareille force en main, c'était une humiliation inacceptable pour un jeune prince, très fier de son renom militaire. Rien d'étonnant qu'il mît tout en œuvre pour s'en épargner le dégoût; et un conseiller aussi bien armé ne manquait pas d'arguments pour faire agréer, même aux plus timides, des partis de résistance et d'énergie. Aussi Tidée de défendre à tout prix la patrie et la religion menacées se répandit-elle bientôt dans les masses populaires, toujours d'autant plus promptes à braver le péril qu'elles sont plus incapables d'en mesurer la portée. L'esprit de parti et le fanatisme se réunirent pour exploiter ce réveil du patriotisme. Tandis que, du haut des chaires, les prédicateurs (surtout ceux qui, de race française, se rappelaient les rigueurs de la révocation de l'édit de Nantes) alarmaient les consciences et excitaient à courir sus à l'oppresseur papiste, les partisans de la maison de Nassau faisaient entendre plus haut que jamais leur éternelle complainte sur l'incapacité des magistrats républicains et la nécessité de concentrer tous les

moyens de la résistance nationale entre les mains d'un chef unique. Ainsi fomentée et entretenue, la fermentation devint en peu de jours extrême d'un bout à l'autre des Provinces-Unies. A chaque fois que les courriers arportaient la nouvelle d'un nouveau succès de l'armée française, c'étaient dans les cités populaires des explosions dlndignation publique, et la faiblesse trop visible de la défense était taxée de lâcheté et de trahison. Des bandes furieuses parcouraient la rue, portant des étendards aux couleurs de la maison de Nassau et faisaient entendre le cri de : « Vive le prince d'Orange! » Serrés ainsi entre deux craintes égales, se sentant même plus menacés dans leurs personnes par la violence populaire que par Tinvasion étrangère, les pauvres ma£;i8trats républicains perdaient véritablement Tesprit : leur imagination était hantée par le souvenir des scènes sanglantes dont, au siècle précédent, tout le courage des deux Witt n'avait pu les préserver. Dans leur désespoir, ils s'en prenaient, eux aussi, à la France qui les jetait sans pitié dans de tels embarras : « Vous nous perdez, disait Wassenaer à Dutheil, c'est vous qui allez faire le stathoudérat. » — « Je vois bien, écrivait Chiquet, le chargé d'affaires de France,

que cet épouvantail commence à ne plus les effrayer *. »

Dans leur perplexité, un dessein étrange parait même leur être venu à la pensée; c'était d'envoyer à Berlin offrir à Frédéric ce pouvoir du stathoudérat, illustré par de si grands souvenirs, pour lui-même ou pour un prince de sa maison. Et pourquoi non? Guillaume III n'avait-il pas été «tathouder de Hollande en même temps que roi d'Angleterre? Pourquoi le roi de Prusse ne serait-il pas, à son exemple, investi d'une double qualité qui ferait de lui le champion armé des intérêts protestants et de la résistance à l'oppression française? Ils espéraient détourner par cet artifice le mouvement qu'ils ne pouvaient plus •contenir, et échapper à l'humiliation de subir le joug de leur ennemi héréditaire. C'était pour un jeune vainqueur un grand rôle à jouer : aussi le ministre de Prusse à La Haye, Ammon, parut-il flatté de cette perspective et ne se cacha pas de l'encourager. Mais en fait de projets de grandeur, Frédéric ne prenait conseil que de luimême. Il n'avait nulle envie de quitter le poste

1. Chiquet à Puisieulx, 27, 28, 29 avril-9 mai 1747. — Dutheil à Puisieulx, 21 30 avril 1747. — Conférence de Breda. Con^espondance de Hollande, — Ministère des affaires étrangères.)

d'observation où il restait juge des coups pour se mêler de nouveau aux conflits européens, avant riieure quil aurait choisie et dans d'autres conditions que celles qu'il aurait fixées lui-même. Il repoussa la proposition aussi bien pour lui-même que pour les siens. « Je suis bien aise, écrivait-il à son envoyé, de voir que j'ai encore des partisans en Hollande, et qu'on y est revenu des préjugés qu'on avait à mon égard... Mais ceci ne m'aurait pas accommodé du tout : mon État ne trouverait aucun avantage d'un pareil établissement, cela me brouillerait également avec la France et l'Angleterre \

Et pour ne laisser aucune incertitude sur ses intentions, il dit tout haut, en pleine table, devant le marquis de Valori, que le roi de France faisait très bien d'agir résolument avec les Hollandais, et que la paix serait déjà faite, si on n'avait pas usé de tant de ménagements *.

1. Frédéric à Ammon, ministre à La Haye. Pol. corr,, t. V, p. 395). Droysen, t. UI, p. 336. L'altitude du ministre de Prusse à La Haye est signalée par Chiquet (25 avril) en termes assez nets pour que Puisieulx, alarmé, croie devoir l'engager à surveiller avec soin la conduite de cet envoyé (29 avril). — L'ambassadeur de Venise à Vienne affirme aussi (17 mai) qu'aussitôt que la déclaration de la France fut connue, les magistrats hollandais en firent part au roi de Prusse en invoquant son assistance.

2. Valori à Puisieulx, 29 avril 1747. {Correspondance de Prusse, ^- Ministère des affaires étrangères.)

En attendant, le flot qui grossissait d'heure en heure devenait irrésistible. Celui qui portait par héritage le titre de prince d'Orange n'était que le parent éloigné des grands stathouders : c'était, de plus, un petit homme chétif, difforme et n'ayant donné aucun signe qu'il fût digne de sa race. Peu importe, il portait le même prénom que le Taciturne et, comme l'adversaire heureux de Louis XIV, il avait épousé une fille du roi d'Angleterre. Dans les jours de crise, l'imagination populaire n'est pas difficile : les ressemblances extérieures et nominales lui suffisent; on se plut à décorer Guillaume IV du nom de tous les talents de ses ancêtres, et on le porta sur le pavois sans lui en demander davantage *.

La province de Zélande, où la maison de Nassau possédait de grands biens, et qui souffrait la première de l'invasion française, fut aussi la première à donner le signal. Une émeute força les bourgmestres républicains à se démettre, et

1. Voici le portrait que fait le duc de Luynes de prince d'Orange : « Il a trente-six ans, il est petit et bossu; d'ailleurs, il a de l'esprit. On prétend que le caractère de son esprit est d'être porté à la critique. Voici le moment que la scène s'ouvre pour juger de lui. Ce qui est certain, c'est qu'il n'est point militaire et qu'il n'a aucune expérience des troupes. » {Jou7mal de Luynes, t. VIII, p. 216.)

ET LE MARQUIS D'aRGENSON. 195

rassemblée provinciale proclama le pouvoir du prince. La même scène fut bientôt suivie de ville en ville, jusqu'à ce qu'enfin, le 15 mai, Tidole populaire fit son entrée triomphale à La Haye, au milieu des acclamations d'une foule enivrée, et les États généraux, subissant docilement la contrainte, lui décernèrent, avec le titre de stathouder, celui de capitaine général et d'amiral, et la pleine disposition de toutes les forces de terre et de mer. — « Je doute, écrivait Ghiquet, qu'on en ait jamais plus fait pour aucun monarque. La populace l'a fait stathouder, et les bourgeois, pour ne le céder à personne, le traitent en souverain; peu s'en faut qu'il ne le soit. » Il ajoutait qu'on ne pouvait plus sortir dans les rues sans porter la cocarde de la maison d'Orange : ceux qui ne la prenaient pas couraient risque d'être jetés dans les canaux. Quant à lui, il n'osait plus mettre le pied hors de sa demeure, personne ne voulait plus le connaître, pas même les ministres étrangers, ses collègues, et d'heure en heure il pouvait voir sa maison pillée ou détruite.

Le premier acte du nouveau stathouder fut d'ordonner une levée supplémentaire de trente mille hommes, et de rappeler van Hoey, qui était

encore à Versailles le représentant nominal de la république *.

Quand la nouvelle de celte soudaine révolution arriva en France, d'Argenson en triompha dans sa retraite, rappelant qu'il avait toujours dit qu'en poussant à bout les Hollandais, on ne réussirait qu'à les exaspérer et non à les faire capituler. Il oubliait que le tout en politique est de saisir le moment opportun, et que, faite à temps, la même entreprise aurait eu probablement un résultat opposé. Quant à Puisieulx, son successeur, il affecta de n'éprouver ni surprise, ni désappointement : « Je serais fâché, écrivait-il à Chiquet, que la république prît des partis violents : mais nous nous y attendions, et malheur aux vaincus. » — a Les Hollandais, disait Louis XV, avec un sang-froid peut-être plus naturel, sont de bonnes gens : on dit qu'ils vont nous déclarer la guerre, ils y perdront plus que nous '. »

A Breda, ville hollandaise, le plénipotentiaire

1. « J'ai toujours dit la vérité, disait le brave homme au désespoir en s'en allant ; mais les rois d'Israël disaient aux voyants : Ne nous dites pas des visions de droiture, mais des choses qui nous seront agréables, des paroles de moquerie. »

2. Journal et Mémoires de d'Argenson, t. IV. — Puisieulx à Chiquet, 3 mai 1747. {Correspondance de Hollande. — Ministère des affaires étrangères.) — Louis XV au maréchal de Noailles, 19 mai 1747. Rousset, t. II, p. 278.

ET LE MARQUIS D'aRGENSON. 197

français ne pouvait plus rester en sûreté pour sa personne. Dutheii reçut l'ordre de rejoindre sans délai le quartier général du maréchal de Saxe pour y attendre que la délibération pût être reprise dans un lieu où l'on jouirait de plus de liberté. Au fond , personne n'était fâché de trouver, pour interrompre indéfiniment une conversation si mal engagée, une raison qui ne fût pas un prétexte *.

1. Puisiculx à Dulheil, 10 mai 1747. (Con^espondance de Hol' lande, — conférences de Bréda. — Ministère des affaires étrangères.)

Page 1