FIN DE LA CAMPAGNE DE
PRISE DE BERG-OP-ZOOM. — CONVOCATION d'un congrès a AIX-LA-CHAPELLE.
Résultat imparfait de la bataille de Lawfeldt. — Accusations portées contre Maurice de Saxe à ce sujet. — Frédéric prend sa défense. — Négociation engagée avec l'Angleterre par Tintermédiaire de Maurice de Saxe et du duc de Cumberiand. — Entrevue du ministre Puisiculx et de Tenvoyé anglais^ lord Sandwich à Liège. — Convocation d'un congrès à Aixla-Chapelle. — Reprise de la campagne. — Siège de Berg-op- Zoom par le comte de Lowendal. — Scènes de désordre et de pillage qui suivent la prise de cette ville. — Lowendal est fait maréchal de France. — Le roi quitte l'armée, et les hostilités sont de nouveau suspendues. — Annonce de Parrivée d'un renfort de troupes russes pour Touverture de la campagne suivante. — Frédéric refuse de s'opposer à leur passage à travers l'Allemagne.
Si récliec douloureux d'Exilés coûdamnait à Timpuissance l'armée française, qui combattait en Italie, le résultat imparfait de la journée de Lawfeldt était loin, je Tai dit, d'avoir avancé le succès de celle de Flandre. Dès que Fenchante-
ment de la victoire fut dissipé, il devint évident que la fâcheuse négligence qui avait permis à l'armée alliée de se reformer et de se réunir au delà de la Meuse rendait impossible Tinvestissement de Maëstricht, c'est-à-dire l'objet même de la bataille. Maurice, qui avait essayé un instant de se dissimuler ce mécompte, fut lui-même obligé de le reconnaître. La déception fut alors d'autant plus tristement ressentie que la joie du premier moment s'était plus vivement exprimée. La conséquence de cette réaction naturelle fut une reprise et même un redoublement d'animosité dans l'entourage royal contre le maréchal. Les mécontents, les envieux, les frondeurs, réduits un instant au silence par Téclat d'un exploit auquel il fallait bien rendre hommage, relevèrent la tête, dès qu'ils purent à la fois s'apitoyer et s'indigner sur le sang versé inutilement. Mais ce qu'on a peine à croire, c'est qu'au lieu de se borner à accuser , comme on l'avait déjà fait après Fontenoy, l'insuffisance et l'imprévoyance des dispositions prises par le maréchal, on eut bien le courage de reproduire, en l'aggravant, la sotte imputation qui lui prêtait le dessein de perpétuer la guerre, afin de prolonger l'importance de son rôle. S'il avait livré la bataille,
c'était bien malgré lui, dit-on, et de propos délibéré, il l'avait laissée inachevée, afin de garder en réserve Toccasion de remporter de nouvelles victoires. On voudrait douter d'un tel excès d'injustice et de crédulité si ce bruit ridicule n'était sérieusement consigné et légué à l'histoire comme un fait avéré, dans les Souvenirs de Valfons luimême, si vaillamment dévoué au maréchal pendant le combat. Il est vrai que c'était le ministre çle la guerre, le comte d'Argenson, qui ne craignait pas d'accréditer le soupçon par des insinuations captieuses et en témoignant une surprise affectée de ne pas se trouver le lendemain plus avancé que la veille. On disait couramment autour de lui et on écrivait à Paris que le roi, bientôt éclairé, ne tarderait pas à reconnaître le peu que c'est que le maréchal de Saxe.
Maurice, de son côté, avait de chauds amis, très ardents à le défendre, et lui-même n'était pas d'une patience à toute épreuve : comment n'aurait-il pas répondu ou, tout au moins, laissé dire qu'après tout il n'avait eu ni ce jour-là, ni aucun autre, la pleine liberté de ses mouvements ; qu'il n'avait choisi lui-même ni l'heure ni le lieu du combat, et qu'en risquant sa vie et en sauvant l'honneur des armes françaises, il
ET LE MARQUIS D'ARaENSON. 325
Obéissait encore plus qu'il ne commandait? S'il est vrai qu'il lui échappa de dire : « Voilà ce que c'est que de forcer les généraux, » cette justification, sans répondre à toutes les critiques, avait sa valeur; mais ajouter, comme plus d*un de ses défenseurs n'hésita pas à le faire, que c'était le ministre de la guerre lui-même qui avait contraint le général à engager la partie dans des conditions défectueuses — avec Tespérance qu'il la perdrait et se perdrait lui-même du même coup — c'était répondre à une calomnie par une autre qui n'était ni moins odieuse, ni plus vraisemblable, et rien ne prouve que Maurice, même par représailles, s'en soit rendu coupable.
Quoi qu'il en soit, l'hostilité n'en resta pas moins désormais déclarée entre les deux hommes dont dépendait le sort des armées françaises, au grand détriment de la cause commune et sous les yeux du roi, qui les laissait se quereller sans y mettre ordre. Il y eut désormais ouvertement deux partis à la cour et à l'armée : celui du ministre et celui du général. Leurs dispositions réciproques sont assez bien exprimées par une lettre du comte d'Argenson lui-même, où il essaie de faire la part des responsabilités dans la