Souvenirs du marquis de Valfons, p. 23i
je ne vous en dires pas davantage dans ce moment ou la joy éclate d'une part sur les visage et la jalousie de l'autre. Vous savez ce que je vous
suis \
Et le même jour, le roi, en écrivant aux évêques de France pour leur demander de faire chanter un Te Deum, faisait valoir, en quelques lignes dont la précision était due sans doute aux indications du maréchal de Saxe, la grandeur et Timportance de Topération : « Pendant que je contenais mes ennemis, disait-il, retirés sur la droite de la Meuse, j'ai fait marcher sur le bas Escaut le comte de Lowendal, Tun de mes lieutenants-généraux, vers la place de Berg-op-Zoom, et cette place formidable, entourée de forts, de retranchements et d'inondations qui en empêchaient l'investissement, défendue par une armée et rafraîchie continuellement de troupes et de munitions, vient d'être emportée par la valeur de mes troupes dirigées par l'expérience du chef qui les commandait. L'importance de cette conquête qui achève de m'assurer tout le cours de l'Escaut doit faire connaître de plus en plus aux alliés de
\. Tongres, 17 septembre 1747. — CeUe pièce si précieuse est en la possession de M. le marquis de Bouille, qui a bien voulu me la communiquer.
mes ennemis qu'ils auraient dû plutôt concourir aux vues pacifiques dont je les ai faits tant de fois dépositaires, qu'à fomenter, comme ils font, une guerre dont leur pays devient le théâtre, quelque désir que j'aie de Téviter, s'il m'avait été possible. »
Enfin, la nouvelle était d'autant mieux venue qu'on ne tarda pas à savoir que Gumberland, pressé depuis longtemps par les Hollandais d'aller au secours de la ville assiégée, allait céder enfin à leurs instances et devait se mettre en mouvement le 18, le lendemain du jour où la ville avait succombé *. La veille encore, un officier, envoyé tout exprès pour s'enquérir de Tétat des opérations, déclarait qu'elle était imprenable par un coup de main et qu'on avait tout le tempsde lui venirenaide.
Dans les rangs ennemis, la déception fut donc profonde; on avait avidement accepté l'espérance de voir la France humiliée sur le théâtre même da ses derniers exploits. On reconnaissait au contraire que, dirigée par un capitaine sans rival, elle était véritablement invincible. Il y eut dans les cours alliées un instant de découra-
1. D'Arnelh nous apprend (t. III, p. 325) que c'étaient les Autrichiens qui avaient retenu jusque-là Gumberland, craignant toujours, si Maëstricht était abandonné et par suite conquis, d'être privés d'un centre de communications entre l'Allemagne et les Pays-Bas.
gcment tel qu'on put les croire prêtes à rendre les armes. A Londres, le parti de la paix, qui était celui du ministre important Pelham, releva la tête en poussant un cri d'impatience et de douleur. Dans une lettre écrite et envoyée à Tarmée, au reçu de la triste nouvelle, Pelham se jetait en quelque sorte aux pieds du duc de Cumberland lui-même, en le suppliant de ne pas insister davantage pour courir après la fortune qui lui tenait rigueur. « J'importunerais plus souvent, lui disait-il, Votre Altesse Royale de ma correspondance, si je croyais avoir quelque chose d'agréable à lui faire savoir, ou si une pensée quelconque de ma part pouvait contribuer à la gloire et à l'avantage de Votre Altesse Royale; mais ce n'est pas le cas... quand nous apprenons que Bergop-Zoom est pris d'assaut et la garnison passée au fil de l'épée. Je vous regarde, monseigneur, comme le boulevard et le soutien de Sa Majesté, de sa famille et de la patrie. Mais que pouvezvous faire seul? Vous ne pouvez, à vous seul, conquérir des provinces, lever des troupes et les payer!... Tout ce que Votre Altesse pouvait faire, elle l'a fait... Personne n'aurait pu mieux faire dans la situation, bien peu auraient pu faire aussi bien. Mais le malheureux état où sont
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réduites les Provinces-Unies, le peu d'espérance d'une issue favorable que lord Sandwich a rapporté de sa conférence de Liège, jettent votre fidèle serviteur dans des grandes difficultés et lui font concevoir les plus tristes appréhensions. On nous demande chaque jour d'accroître nos armements. C'est un bon avis qu'on nous donne, assurément; mais ne sommes-nous pas dans la nécessité de répondre comme le roi Guillaume, à qui on conseillait de changer son cheval de main : « Allez dire cela à Windham? » Et Windhani n'avait qu'une main. Notre cas n'est-il pas semblable? N'avons-nous pas été aussi loin que nous pouvions? Avons-nous un moyen de lever et de payer plus de troupes? J'espère que Votre Altesse Royale me pardonnera cette lettre trop longue, et qui lui paraîtra peut-être peu judicieuse ; mais je connais votre bienveillance, et je me flatte que Votre Altesse Royale croira que ce que je fais ne vient pas d'une disposition de me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais de ma conviction que notre situation est mauvaise et du désir que vous la jugiez telle qu'elle apparaît à de fidèles et dévoués serviteurs *. »