‹ Maurice de Saxe et le marquis d'ArgensonChapitre 17 sur 31 · Q MAURICE DE SAXE · texte numérisé non relu

Q MAURICE DE SAXE

constamment est celle d'un complot fait entre Elisabeth et Marie-Thérèse , par Tentremise du gouvernement saxon, pour l'attaquer dès que la paix avec la France sera faite. Cette crainte avait pris chez lui tellement le caractère d'une idée fixe que les envoyés anglais et hollandais, s'en étant aperçus et désirant toujours l'attirer de leur côté, ne négligeaient aucune occasion d'entretenir sa défiance. Le Hollandais en particulier, interrogé un jour par lui sur les raisons que la république avait de continuer contre la France une guerre qui jusque-là lui avait peu profité : ce C'est, répondit-il, que, si la cour de Vienne était abandonnée, elle se jetterait dans les bras de la France, et c'en serait fait de notre indépendance. — Elle n'oserait, reprit vivement le roi, et, si un tel fait arrivait, on s'apercevrait que je suis encore au monde *. »

A défaut de la Bavière vendue à l'Autriche, et de la Prusse dont on ne pouvait tirer aucune parole positive, avait-on pour obtenir l'assurance de la neutralité de l'empire, meilleure chance avec la Saxe et Auguste III! C'était douteux.

1. Le comte de Brûhl au comle de Loos, — lettre interceptée, 21 mai 1746. (Correspondance de Saxe, — Ministère des affaires étrangères.)

car on sait quelle intimité avait régné jusqu'à la dernière heure, pendant la guerre qui venait de finir entre Auguste et Marie-Thérèse, et cependant de toutes les positions, c'était celle dont il était le plus désirable de s'assurer, car la situation géographique de ce petit État lui donnait une importance qu'accroissait encore l'union dans la personne du même souverain de Télectorat héréditaire de Dresde et de la couronne élective de Pologne.

Il suffisait, en efifet, de jeter les yeux sur une carte pour se convaincre que tant que la Saxe, ainsi doublée de la Pologne, restait engagée dans un lien fédéral étroit avec TAutriche et avec la Russie, elle assurait à ces deux alliés une influence prépondérante sur toute l'Allemagne du Nord. L'Autriche était préservée par elle de toute attaque imprévue sur ses derrières, et la Russie était libre d'accourir au premier appui en traversant sans obstacles les plaines ouvertes qui bordent la Vistule. C'était une double pression exercée ainsi sur Tempire, à laquelle, à la longue, tout en Allemagne devait finir par céder. Qu'Auguste III, au contraire, sortît de la solidarité qui avait existé jusque-là entre lui et les deux cours impériales, à l'instant tout était changé.

offre nouvelle une mise plus élevée. Déjà d'Argenson se résignait. « Nous ne pouvons pas soutenir ce concours, disait-il avec désespoir, cette cour de Dresde est plus basse et plus autrichienne que jamais. » Maurice insista et obtint de Louis XV, qu'on allât jusqu'au chiffre de deux millions, et pour que cette libéralité ne tirât pas à conséquence ailleurs, Louis XV voulut lui en laisser tout l'honneur. « Sa Majesté, dît d'Argenson au ministre de Saxe, d'après les services signalés que M. le maréchal de Saxe lui a rendus pendant la campagne dernière, et qui viennent d'être couronnés par la prise de Bruxelles, capitale des Pays-Bas autrichiens, est bien aise de lui marquer, par des égards particuliers pour ce qui peut regarder le roi de Pologne, le cas qu'elle fait de ses conseils et de son avis, et c'est, en effet, uniquement sur ses représentations qu'elle veut bien offrir jusqu'à deux millions à ce prince. » L'effet fut souverain : Bruhl prit peur qu'une affaire de cette importance, traitée directement à Paris, échappât à son influence, et le marché fut conclu moyennant la promesse d'un secret inviolable et l'espoir que l'Espagne interviendrait à son tour pour ajouter quelques douceurs au prix convenu. « L'affaire

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de Dresde est une bonne affaire dans les circonstances présentes, écrivait Louis XV lui-même en apprenant que les signatures étaient données. Je ne suis pas surpris que le maréchal de Saxe ait été un peu vite en promesses pour nous, car il avait une fameuse crainte des Saxons en Flandre : ce qui est assez juste pour lui *. »

Moyennant ce succès diplomatique qui dëgageait pour quelque temps au moins la situation du côté de TAUemagne, Maurice obtint l'adoption du plan de campagne dont il avait tracé laimême les grandes lignes dés le commescemetit de rhîver. Il fut convenu que rarmée di Rbîr. au lieu de stationner en face do IhAsAiusA et des évêchés ecclésiastiques, se rapprccbersrH 4*^ Pays-Bas, et manœuvrerait dans le BsimèxX, de: manière à être en mesure, tout à la PAm^ àh tfJOrbiner ses opérations avec celles de F^mr^ée f^<:i^ et de se porter rapidement a la fr:iïtfer*: 1^r<%caise si elle venait 'p«r hasard a (Axh xis^^dk^M^

1. Correspondance de d'Argem^ym H -îif UiU^tM^i ^As:*yimf}fKif chargé d'affaires à Dresde apréi > d*:>tf*. ^ Tvuç**a«iiii!^ 22 février, 1«, 2, 5, 14, 15, 22 mir* iZiK, O'yrrt:ry>i^/KJ0!fft 4f Saxe, — JourntU de d^Argentr/tc, L V, ^, *i *r. ^v.^ — C^C à tort que d'Argenson préle^.d «i^.":', trmsi yx t^v? > Mrt<wn** de la Saxe à nieîlleor compte. La Oyr'*xyyik4^^^ x^^^^éi^ ^» contraire, que tout était rùm^ «A <p^ j« »J*.Vr»; <* %^MmAiifs, obtenait un traité analogue à e/ém <le !s Is^kr^ère. ^ Jt w rjK » ^ Saxe n'était intenreno.

La conséquence naturelle de ce changement de direction eût été de fondre les deux armées en une seule, placée sous le commandement d'un seul chef, puisque, sauf une éventualité peu probable, elles devaient agir sur des théâtres si rapprochés et concourir au même but. On n'osa pas aller jusque-là : c'eût été retirer tout commandement au prince de Gonti, ou le réduire à une situation secondaire. Les armées durent rester distinctes et confiées à des généraux indépendants Tun de l'autre à qui on fit seulement la recommandation de s'entendre. Celte disposition vicieuse, dont les inconvénients n'allaient pas tarder à éclater, fut la concession faite à la reconnaissance que la marquise de Pompadour devait à la mère du prince. On saisit donc ici le premier effet sensible de cette nouvelle influence féminine, qui allait bientôt devenir souveraine et s'exercer d'une façon si déplorable pendant toute la durée du règne. Il est temps dès lors de dire quelques mots de la personne même qui devait jouir de ce triste crédit, puisque le récit des faits qui vont suivre nous obligera désormais souvent à nous occuper d'elle.

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