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« ceux qui lui apportaient les joies de la vie (1) ». Il lui savait beaucoup de gré de ses idées : « Je te félicite de ton article (2) », lui écrivit Courbet en 1851, « je t'en sais grand gré, il ressemble parfaitement à la nature de mon talent et il est de cet art que j'aime tant (3) ». Lorsque
Courbet songea, un moment, à exécuter des dessins sur la chasse et les chasseurs, son ami l’y encouragea et accepta d'écrire le texte (4). C’est ainsi que Courbet exécuta son tableau la Chasse au chevreuil dans les forêts du grand Jura. Courbet lui rendait visite à Salins et même en Suisse où Buchon resta en exil, nous le verrons, pendant Se années 1852 et 1856.
« Quand Courbet arrive à Salins », dit Claudet, « il y devait rester huit jours, mais trois mois après, il y était : encore ». C'était « M. Castagnary » qui « venait le chercher » alors ; « sans cela combien de temps serait-il resté chez Buchon (5)? » Le maître-peintre regrettait à maintes reprises son absence de Paris : « Si ce sauvage, notre ami Buchon, avait voulu habiter Paris », écrivit Courbet à Buchon, « ...et faire ce que nous avons fait, il aurait fait l'affaire. C’est d’autant plus dommage qu'il avait en lui des qualités qu’il n’a pas osées, il avait l’esprit de critique, la rationalité franc-comtoise, il avait le style, l'éducation nécessaire, la faculté généralisatrice, de la fortune que nous n'avions pas, etc. (6) » En un mot, c'était une amitié
(1) G. Kaux, dans le Salinois, op. cit, 4 Février 1928.
(2) Probablement un des articles parus pra la Démocratie Jurassienne de 1851.
(3) M. P. Moreau a eu l’obligeance de nous communiquer la copie des lettres de Gustave Courbet à M. Buchon.
(4) CE. Max Crauper, Souvenirs, G. Courbet, Paris, Dubuisson, 1878, DR
(5) {bid., p. 15.
(6) Lettre datée de 1863 ou 1864 et dans laquelle Courbet rapportait à Buchon les propos qu'il venait de tenir à Proudhon.
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précieuse et Buchon était pour son ami une « sorte de seconde conscience », qui ne pouvait qu'affermir le peintre Courbet « dans une unité de vue, de pensée et d’action, dont il aurait pu s’écarter peut-être (1) ». Son recueil de dissertations sur le Réalisme (2) nous montre bien cette unité de vue et de pensée et prouve que les deux amis se connaissaient (3).
C'est ici, nous semble-t-il, qu’il convient aussi de mentionner les relations entre Buchon et Champfleury. Les relations personnelles ne commencèrent qu’en 1853, en tant du moins que relations suivies. A cette époque, Champfleury fit une visite à Buchon, exilé alors en Suisse. Champfleury rapporte de son séjour auprès de Buchon une étude sur la Lilléralure suisse qu'il publia dans l’Afhéneum (4). Champfleury devait cependant connaître Buchon bien avant. « La liaison de ces deux esprits si bien faits . pour s'entendre à distance, devait remonter aux années de 1848 où Champfleury bataillait pour Courbet », dit Jules Troubat (5). Champfleury de son côté écrivait dans le Messager de l’Assemblée nationale, le 17 mars 1851 «J'ai un ami que j'aime beaucoup et que je n’ai jamais vu. Il s'appelle Max Buchon et fait des vers. Quand il en a plein un tiroir, il les imprime en petits volumes. Les petits volumes vont où ils peuvent. Max Buchon ne s’en inquiète
{1} Ch. Lécer, Courbet, ses amis el ses élèves, Mercure de France, janvier-février 1928.
(2) Petite brochure publiée à Berne en 1856. Quelques extraits sont reproduits dans Mercure de France, 1928, et dans le Réalisme, journal de J. Assézat et de Ed. Duranty, publié au mois de novembre 1856 à mars 4857 à Paris et dont Buchon était collaborateur.
(3) Pour la parenté esthétique, voir le chapitre sur l’esthétique du réalisme chez Buchon.
(4) 21 janvier et 4 février 1854. La même étude est reproduite dansson Réalisme.
(5) Une amitié à la d'Arthez, op. cit., p. 80.
pas. » Champfleury cite dans le même article plusieurs de ces vers de Buchon (1), mais les traduit en prose, estimant que « l'emploi des vers est le seul défaut du réalisme de Buchon ». Il loue la précision de la description et la sincérité que révèlent ces vers de Buchon. Il cite également les poésies de Hebel et déclare qu’il avait lu « avec avidité » dans « la traduction de Buchon » les « chansons villageoises ». [l signale ensuite la valeur de cette traduction et le « genre » qui est tout à fait «neuf ». Champfleury donne même l’année suivante dans l’Artiste (2) une critique détaillée de Hebel et de ses poésies ; en 1857, il reprend cette critique dans son Réalisme. En parlant de Courbet, nous avons vu plus haut que Champfleury citait déjà en 1849 un poème de Hebel, traduit par Buchon (3). D’après ces indications, nous pouvons supposer que c’est bien la traduction des poésies de Hebel de 1846 qui fut l’occasion de leur liaison. Dès cette époque était donc née leur amitié. Une correspondance active s'établit entre Paris et Berne, où s'était réfugié alors Buchon. Les deux amis «se parlaient comme deux vrais francs-maçons qui se doivent avant tout la vérité », dit Jules Troubat dans son Amitié à la d’Arthez.
Champfleury en effet était toujours au courant deses idées et travaux. Dès 1851 il cite (4) la traduction de Buchon des Scènes villageoises d’Auerbach, et fait un grand éloge de cette traduction qui ne paraîtra cependant qu’en 1853. Sans doute, Champfleury devait la connaître à l’état de
(1) Ce sont La Loue, Le Cochon, Le Chaudronnier.
(2) 1€7 mar 1852.
(3) Un certain Sébastien Albin avait déjà publié en 1841, dans ses Chants populaires de l’ Allemagne, dix pièces de Hebel. (Cf. Émile Bouvier, op. ci., p. 136), mais la pièce en question ne s’y trouve pas.
(4) Dans le Messager de l’Assemblée, 127 mars 1851.
manuscrit. À Berne, il fut initié par Buchon à la littérature suisse. Son ami lui faisait surtout connaître dans les détails les œuvres « réalistes » du romancier Gotthelf qu’il était en train de traduire et c’est à son retour que Champfleury publie dans l’Athéneum (1) une analyse du talent de Gotthelf et même des extraits inédits de ses ouvrages.
De tous ces faits, il est évident que Max Buchon eut une action considérable sur Champfleury et contribua à lui donner l’idée de cet art villageois et réaliste d’un Hebel, d'un Auerbach, et d’un Gotthelf qui va lui fournir les éléments essentiels de sa théorie réaliste. Surtout sa citation en 1849 de la Chanson du beurre dans la marmite de Hebel est très intéressante, parce qu’elle montre que l’influence de la traduction de Buchon précède de beaucoup chez Champfleury ses premières manifestations réalistes (2). Champfleury témoigne aussi sa reconnaissance à Buchon à plusieurs reprises : « Nous te soutiendrons, dit d’Arthez. Voilà précisément à quoi servent les amitiés fidèles », lui écrivit-il en 1854. Champfleury tint parole. Il le tenait au courant du mouvement littéraire à Paris et lui facilitait l’accès de la Revue des Deux-Mondes, où Buchon publia en 1854 deux contes, le Matachin et le Gouffre- Gourmand (3). De même les bonnes relations de Champfleury avec Jules Simon, directeur du Journal pour lous, facilitèrent en 1855 la vente à cette importante publication
(1) 21 janvier et 4 février 1854.
(2) Les premières manifestations de la doctrine réaliste chez Champfleury ne datent que de 1851. L'occasion en fut l’exposition de quelques tableaux réalistes de Courbet. Champfleury faisait déjà l'éloge de Courbet avant cette date, mais sans l’accompagner du moindre manifeste. Cf. P. MARTINO, op. cüit., p: 79.
(3) Les deux contes furent publiés en 1858 chez Michel Lévy dans un volume sous le titre : En province, Scènes Franc-Comioises.