‹ Max Buchon et son œuvreChapitre 18 sur 41 · LEE · texte numérisé non relu

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d’un nouveau roman de Buchon, Le Fils de l’ex-maire (1). En 1863, c’est sous son impulsion que Buchon publia les Noëls el chants populaires de la Franche-Comté. Lorsque Buchon fut mort, Champfleury resta fidèle à sa mémoire ; il collabora à l’édition de ses principales œuvres et mit une longue préface à ses Œuvres choisies (2).

De même que Courbet, Champfleury regrettait toujours l'absence de son ami à Paris. « Un écrivain provincial » doit « se retremper dans Paris », lui faisait entendre Champfleury (3). Mais Buchon ne suivit guère ce conseil et resta Jurassien, insoucieux de son renom littéraire dont il jouissait dès 1854 à Paris (4). Quelques années plus tard, Champfleury donna raison à son ami : « Vous avez bien fait de rester chez vous », lui écrivit-il en 1859, « il faut être organisé expressément pour Paris ». Et encore en 1877, Champfleury en fait l’aveu : « Buchon était bien informé », dit-il dans sa préface aux Œuvres choisies de Buchon, « il savait plus dans sa petite ville de Salins ou en Suisse, que moi qui, le soir, lui transmettais fiévreusement le récit de nos journées de luttes ».

En somme, Champfleury trouva en Buchon celui dont il avait toujours besoin : « Je viens de parcourir: deux cents lettres écrites par moi, au fur et à mesure des événements », dit-il dans sa préface de 1877 (5). Buchon de son côté lui envoyait également de nom-

(4) Publié en 1857 chez Méline, Cans et Cie, Bruxelles (collection Het-

zel) ; l’édition fut interdite pour la France.

(2) Œuvres choisies en trois volumes, publiés chez Sandoz et Fischbacher, Paris, 1878.

(3) Lettre de Champfleury à Buchon, 26 novembre 1855, citée par Jules Troubat dans Une amitié à la d’Arthez.

4() Buchon força les portes de la Revue des Deux Mondes avec ses deux contes Le Matachin et le Gouffre-Gourmand, ce qui signifiait un grand succès pour lui.

(5) Œuvres choisies de Buchon, op. cü., p. 5.

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breuses lettres et lui adressait ses remontrances à cœur ouvert. Quand la Mascarade parut, il se montra « naïf et sincère dans ses critiques (1) ». Il tâcha même de retenir son ami dans ses exagérations : il lui parle en 1854 du manque de tableau extérieur dans Madame d’Aigrizelles et critique sa négation de « la description de l'individu, du costume, de la figure et du paysage, comme inutiles à une bonne œuvre (2) ».

En Suisse, il publia dès 1852 dans l'Émulation de Fribourg des articles de critique sur les œuvres de Champfleury. Il y parlait de ses quatre premiers volumes, des Contes anciens el nouveaux, des Contes domestiques, des Excentriques et des Contes de printemps. En 1853, il y faisait une critique détaillée des Contes d’élé.

En résumé, c'était une amitié réelle, une influence constante et réciproque de deux esprits. Surtout Champfleury, qui « s’est engagé dans la littérature sans autre vocation qu'une volonté féroce (3) », doit dans sa formation beaucoup à l'esprit de son ami. Buchon, avec sa traduction de Hebel, contribua à donner à Champfleury l’idée de l’art villageois et réaliste. L'influence de cette traduction ainsi que celle des romanciers Auerbach et Gotthelf que nous venons de citer et dont nous étudierons plus loin le réalisme, s’exerçca tout particulièrement sur la formation de la théorie de l’école réaliste dont Champfleury se flattait d’être le chef ou plutôt le prophète. Si Champfleury affectait des airs populaires, un langage pittoresque et même brutal, s’il était arrivé

(1) Jules TrougaT dans Une amitié à la d’Arthez, op. cu.

(2) -Cf. La lettre de Champfleury à Buchon datée de 1854 et citée par J. Trougar dans Souvenirs sur Champfleury et le réalisme, Paris, duc. 1905.

(3) Albert CozziGNon, Études sur Champfleury, Revue littéraire de la Franche-Comté, t. IV, 1867, p. 242.

« à la naïveté et à la sincérité qui est tout dans les arts », il le doit sans doute beaucoup à Buchon. L'influence de Buchon s’exerça surtout aux environs de 1850, mais aussi au cours des relations intimes qui unirent les deux amis et se manifesta par les lettres nombreuses qui furent échangées (1).

On pourrait faire la part d’autres influences encore de Buchon sur Courbet, Champfleury et sur le réalisme français en général. Non pas seulement celles que Max Buchon a apportées d’outre-Rhin et que nous étudierons dans le chapitre suivant, mais encore et surtout celles qui lui sont venues de ses amitiés suisses. « Combien de fois j’ai pu me convaincre », dit son ami Charles Thuriet (2), « que Max Buchon se ressouvenait avec bonheur du cordial accueil qu’il avait rencontré en Suisse ! Il ne parlait qu'avec admiration de ce beau pays, de ses lacs paisibles, de ses fraîches vallées, de ses sublimes montagnes ». C’est à la Suisse, en effet, que Buchon a dû sa première formation d'esprit, c’est à ses amis suisses qu'il demandait l’hospitalité. C’est à la Suisse encore que ce même Buchon demandait le secret de son art, quand il traduisait

(1) En 1865 Champfleury faisait de vives critiques sur la Famille de Proudhon de Courbet, ce qui fut l’occasion d’une brouille entre les deux amis et, par contre-coup, avec Buchon, qui prit parti pour Courbet. Il y avait eu déjà bien avant des froissements entre la nature de Courbet et celle de Champfleury. Mais Buchon leur servait souvent, pour ainsi dire, à tous deux de tampon. Une lettre de Buchon fut « l’occasion d’une dernière confession » qui marqua « la disjonction définitive du Réalisme ». «Les angles s’écartaient de plus en plus, l'équilibre se rompait et l’amitié elle-même de Buchon, qui servait de base à ce trio d’amis, subissant l’ascendant franc-comtois, penchait plus d’un côté que de l’autre ». (J. TRouBAT, Une amitié à la d’Arthez, op. cit., p. 179, 180).

(2) Charles THURIET, 0p. cit., p. 15.

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