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« Je suis vrai Fribourgeois du pays de Gruyères, Où les vaches, la nuit, dorment dans les bruyères. Les paysans d'ici m'ont voulu pour fruitier,

Et je trouve, ma foi, que c’est un bon métier. »

Il composa même une « nouvelle suisse » pour la Revue des Deux-Mondes, mais elle déplut sans doute au directeur. Il « trouvait le ton trop guilleret et la refusa (1) ». Buchon s’intéressait surtout, nous l'avons déjà constaté plus haut, aux usages et coutumes. Lorsqu'il publiera en 1863 ses Noëls el chants populaires, il se reportera plus d’une fois à ces coutumes. Aïnsi, en écrivant la chanson populaire, La Fille de Scey, il nous expliquera dans une note la coutume très répandue en Suisse des « visités nocturnes » des amants. « La terre classique de cette singulière coutume, dira-t-il, c’est la Suisse allemande, où elle s'appelle le Kilt. Une fille ne perd nullement sa considération à recevoir, le samedi soir, son Xilleur (2) ». Pour cette explication, Buchon se reporte aux romans de Gotthelf dans lesquels le Kilt et les Killeurs reviennent souvent. De même, il se reporte au pasteur poète Kuhn qui avait chanté ce Kill dans une chanson patoise de l’Oberland bernois (3). De même, Buchon semble connaître les coutumes et les usages de Noël. « A Berne, dit-il, dans sa préface aux Noëls el chants populaires, c’est un homme engaîné dans un gros âne en carton qui apporte aux enfants les cadeaux du petit Jésus, lesquels sont pondus chez nous par la fronche de Noël (4) ». |

Dans son petit trésor populaire se glisse même une

(1) H. Perrocox, Un ami d'Alexandre Daguet et de Félix Bovet # Max Buchon, Musée Neuchâtelois, 1936, p. 243.

(2) Œuvres choisies, op. cit., t. III, p. 82.

(3) Zbid., t. III, p. 82.

(4) Tbid., préface, t. TTL, p. 16.

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Mein Herz, mein Herz, warum so traurig ? Mon cœur, mon Cœur, pourquoi si triste ? chanson bien connue et qui est également d’origine bernoise (1).

chanson du célèbre poète populaire Wyss, der jüngere :

De même, dans plusieurs de ses poésies franc-comtoises, nous trouvons certains apports des influences suisses, soit des idées, soit des expressions ou des locutions. Dans le Vigneron il se plaît à nous montrer le liage du sarment sur l’échalas à l’aide d’

«un nœud d’osier jaune, sans compliment (*) En lui laissant pleurer sa sève librement. »

Ou bien, dans la Fournée, il se sert d’un archaïsme qui

s’est conservé dans la langue suisse française :

« ils (les enfants) ne sont pas en train De sauter pour mieux voir, les trois, dans le pétrin. »

Curieux de tout ce qui est suisse, Buchon avait lu «avec intérêt » le Père Girard de Vollmar : « c’est un joli morceau », déclara-t-il à Daguet. Il connaissait les grands poèmes alémaniques d’Ustéri, ses chroniques zurichoises et ses poésies, « une des œuvres les plus importantes de la littérature suisse allemande ». Il connaissait les travaux du chapelain Jacob Mathys de Thalwil. En 1854 il inséra dans la Revue des Deux Mondes un article sur lui, sous le titre : Un philologue dans l'Unterwald, le

(1) Cf. Son étude sur les Chants populaires, Revue littéraire de la Franche- Comité, 1863, t. I, p. 30. Notons ici également que d’autres Comtois encore s'étaient déjà intéressés à la Suisse. Ce sont Francis Wey, Xavier Marmier qui ont avec prédilection recueilli le folklore helvétique ou décrit les beautés de cette terre privilégiée des idylles. L'histoire d’ailleurs de la Franche- Comté et de la Suisse est celle d’un long échange d’amitiés et de rivalités. (Cf. Rudolf Maac, Die Freigrafschaft Burgund und ihre Beziechungen zu der schsveizerischen Eidgenossenschaft, Thèse de Zurich, 1891).

(*) Au sens de façon.

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chapelain Jacob Mathys. Il appréciait Tôpffer, l’auteur des Voyages en zig-zag; et Gotthelf dont il se fit le traducteur pour la plus grande partie de ses œuvres. Il prenait part à la vie littéraire dans l’'Émulation de Fribourg et dans la Revue Suisse. C’est dans cette dernière que Buchon publia son Gouffre-Gourmand. L'Émulalion ayant été fondée en 1841 par Daguet, Buchon fut mêlé dès sa naissance à cette petite société littéraire qui s’entretenait des choses de la terre natale et où « l’amour de la vérité et l’amitié » étaient appelées « à régir et à vivifier (1) ». Un certain Louis Pugin s’y occupait de la question de l’Industrie fribourgeoise et un certain Suchet y traitait le sujet de l'Éducation populaire, comme il se doit d’ailleurs dans la patrie de Pestalozzi et du Père Girard (2). Daguet lui-même y écrit de petits articles historiques, « conte avec finesse et bonhomie le passé de Fribourg et les mœurs disparues (3) ». Le Fribourgeoïis Nicolas Glasson y insère une pièce sur la vie paysanne, et puis, voici « une sorte de Mistral fribourgeois », Louis Bornet, qui, dans ses Chevriers chante la campagne dans l’idiome du Ranz des vaches, dans le patois gruyérien. Un grand effort de cette petite société porta même sur la recherche des locutions «vicieuses », en usage dans le canton de Fribourg. Daguet et un certain Uffieger en firent un répertoire amusant que publia la Revue. Max Buchon de son côté, donna la primeur de plusieurs de ses premières poésies et tâcha d'y apporter le coloris local comtois. En 1846 la Revue

(1) A. Dacuer, Notice sur la vie et les travaux de la Société d’études de Fribourg, depuis sa fondation en 1838 jusqu’en 1854. Émulation de Fribourg, 1854, p. 35. N. B. L'Émulation, sous les auspices de cette Société ne parut qu’à partir de 1841. À

(2) Daguet publia dans l'Émulation, en 1851, des Souvenirs du Père Girard écrits par lui-même.

(3) Philippe Gartez, op. cit., p. 420.

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disparut. Après sa résurrection en 1852 et sa transformation en une Revue principalement littéraire, d’autres collaborateurs s’y joignirent. Parmi les nouveaux venus, le « conteur gruyérien », Pierre Sciobéret (1), se plaça à l’avant-garde. « Quatorze poètes, ni plus, ni moins », dit la Revue en 1854, fournissaient « leur contingent à l’exhibition locale qu’on nomme l’Émulation ». Sur « ces quatorze étoiles qui brillent à notre ciel poétique, trois astres lumineux frappent d’abord les regards : Max Buchon, M. Bornet et M. Glasson ». Buchon était en effet membre correspondant de cette société d’études, mais il entretenait en même temps de vieilles amitiés de collège et donna à la Revue des traductions de Heine, « du doux Hebel et du malin Auerbach », de ces « deux vaillants chantres de la vie paysannesque ». Il y publia des articles de critique sur les premiers volumes de Champfleury et y faisait des comptes rendus sur les essais de M. Sciobéret qui « écrit avec facilité » et qui « est en bonne voie ». Le livre du Réalisme rencontre « une approbation unanime » dont « Sciobéret se fit le porte-voix, dans une bibliographie qui lui permit de définir son propre réalisme (2) ». Buchon était aussi au courant des travaux et publications de son ami préféré, Daguet. Il connaissait ses mémoires sur les diverses tendances de l'Éducation publique, ses essais d’un « croquis de la verte Gruyère », de ce Highland plantureux et embaumé du canton de Fribourg, dont un autre collaborateur de la Revue, M. Majeux, recueillait quelques chants populaires et faisait revivre « une individualité grotesque, Balla-balla », le « Quasimodo de Bulle ».

(1) Cf. R. Lour, Un conteur gruyérien, Pierre Sciobéret, Fragnière, Fribourg, 1929.

(2) R. Lovwr, op. cit., p. 64.

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Buchon lui-même connaissait tout cela et aimait à visiter cette Gruyère verte avec Daguet et d’autres amis. Il aimait à séjourner à Bulle, chez M. Esseiva, loin du luxe guindé des hôtels cosmopolites, « en pleine vie helvétique (1) ». Pendant ces années, Buchon fut un témoin précieux de l’activité de la petite société. De même, il fut témoin des combats de Daguet et de ses amis contre le projet d’une école fédérale, dans le genre de celle qui existait alors en France, où Paris était le centre unique et la province nulle. Buchon participait à ces luttes, mais prenait surtout part à l’activité de la société. Il se préoccupait en particulier de la vie locale et apporta à sa « chère Émulation » son Fruilier fribourgeois, le Chaudronnier, le Marchand de paniers et même le Cochon (2). Des années après encore, il se préoccupait tellement de sa seconde patrie « comme contraste avec les turpitudes françaises incurables », qu’il lui est même venu l’idée de faire unlivre sur la Suisse historique, politique, industrielle, scientifique ei arlistique (3).

Outre Daguet, Bornet et Sciobéret, Buchon comptait encore de nombreuses amitiés en Suisse : le célèbre organiste Vogt, à qui il demandait des mélodies pour ses chansons ; le poète fribourgeois Glasson, à qui il confiait une partie de ses intérêts financiers et dont il aimait aussi le goût littéraire, la modestie discrète, le don de sympathie expansive et attirante, l’éloquence réelle (4); Xavier Kohler, écrivain du Jura bernois, avec qui il aimait à s’entretenir, « au Café du Théâtre » à Berne, de ses amis

(1) Cité par H. PErrocHoN, Annales Fribourgeoises, op. cit., p. 14. (2) Cf. Émulation, 1852, pp. 110, 229, 252, 285. (3) La mort à empêché l’exécution de ce projet.

(4) Lettre de Buchon à Daguet (8 juin 1864), citée par H. Perrochon dans les Annales Fribourgeoïses, op. cit., p. 16.

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