ANTON
fribourgeois. Il avait des relations d’amitiés avec Charles Secrétan, Fritz Berthoud, l’auteur de « tant d’idylliques tableaux de la campagne neuchâteloise (1) », avec Eggis qui a célébré dans ses poésies les orgues de la cathédrale de Saint-Nicolas. Il avait des relations avec des Schaller, des Cuony, des Vicarino, des Gendres et avec tant d’autres. Buchon chérissait surtout Daguet. Il lui expédiait des livres et même des sacs de gaudes, dont « les enfants de Daguet étaient friands » (2). Il l’invitait à passer les vacances à Salins et consacrait des comptes rendus à ses écrits.
Outre Daguet, Buchon avait beaucoup d’estime pour un autre ami encore, pour « le bon Monsieur Félix » Bovet, dont il avait fait la connaissance à Tubingen pendant son voyage en Souabe. Il avait confiance dans son jugement et dans son goût littéraire. « Il n’y a que vous avec Courbet et Champfleury, que je sente en réelle affinité d'idée littéraire avec moi, non seulement en Suisse, mais encore en France... », « vous êtes un juge assez compétent pour que je m’en remette entièrement à vous (3) ». Buchon lui demanda une préface pour sa traduction de Hebel et ses Scènes champêtres. De même Bovet devait lui ménager une entrevue avec Gotthelf, « par l’entremise de son ami M. le pasteur Butschi (4) ». C’est encore Bovet qui l’engagea à aller demander à George Sand une préface pour l’un de ses livres (5). Buchon, de son côté, le tenait au courant du mouvement littéraire à Paris. « I] lui confiait
(1) H. Perrocnon, Musée Neuchâtelois, op. cit., p. 207.
(2) Ibid., p. 208.
(3) Zbid., p. 208.
(4) Lettre de Buchon à Bovet, citée par H. PErrocHoN, Musée Neuchà telois, op. cit., p. 210.
(5) Zbid., p. 210.
OP, :: Re
les dernières nouvelles du monde littéraire, ce que lui avait dit Proudhon, avec qui il s'était promené deux heures à Paris, ce que faisaient Henry Murger ou Courbet (1) »..
En résumé, les amitiés suisses de Buchon étaient bienveillantes et fécondes. Par ces amitiés, Buchon a appris à accorder une importance de plus en plus grande à la vie populaire et aux choses locales. La Société d’études à laquelle il fut si intimement mêlé, lui montrait le chemin dès 1841 en lui rappelant l'importance d’une littérature populaire et paysanne qui, inaugurée par l’apparition du roman Léonard et Gertrude, de Pestalozzi, s'était successivement enrichie des poèmes de Hebel et d’Usteri, des romans de Gotthelf et finalement des écrits populaires, quoique médiocres, d’un Bornet, d’un Berthoud, d’un Sciobéret. C’est dans cette petite société d’études que Buchon a été préparé à comprendre un certain réalisme helvétique et germanique (2). Par Buchon enfin, ce réalisme helvétique a apporté sa note particulière au réalismé comtois et en conséquence au réalisme français en général, dont les deux amis de Buchon, Courbet et Champfleury, étaient les chefs. Grâce aux encouragements de ses amis suisses, Buchon se sentait fort et sûr de lui.
Il ne cessait pas de croire à ses amis, à la Suisse et c’est « pour payer aux nobles enfants de cette contrée voisine et amie la dette de sa reconnaissance », qu'il traduisait Gotthelf et concevait son livre sur la Suisse.
(4) Zbid., p. 210.
(2) La langue française ne devient officielle à Fribourg qu’à partir de