‹ Max Buchon et son œuvreChapitre 24 sur 41 · SOUS EL · texte numérisé non relu

SOUS EL

La réalité, et c’est un deuxième caractère nouveau de Hebel, est parfois très « concentré, en raison même de la nature limitée et pour ainsi dire raccourcie de sa composition (1) ». Hebel peint pour peindre et pour faire sentir à la manière allemande. Il est l’observateur impersonnel :

« Lorsque le matin je conduis mes bêtes à l’abreuvoir, Mariette y vient aussi chercher de l’eau ; lorsque le soir elle vient laver sa salade à la fontaine, j'y viens encore. A l’église, pendant que le pasteur fait la lecture, je regarde ma Véronique pour savoir si elle est bien attentive ; elle aussi regarde si je le suis. en attendant le verset court et nous échappe sans que nous puissions le retenir (2) ».

Ou bien, au déclin du jour, lorsque le paysan rentre chez lui, il a :

« Une femme qui vienne aussi le soir l’attendre

Sur la porte, et l’accueille avec quelque mot tendre Quand il rentre chez lui, tout fatigué qu'il est,

Et lui dise : « Chéri, mets donc ton gros gilet,

Fourre tes pauvres pieds dans de larges pantoufles,

Ta soupe doit avoir besoin que tu la soufiles,

Mange de ce jambon si peu que tu voudras

Pendant que j'irai mettre un grès chaud dans les draps (3). »

Ce réalisme n’a rien de savant, mais les peintures sont vraies et naturelles. Ses paysans ont encore toute la simplicité des premiers âges. Chacune de ces scènes est une étude fidèle et elles forment un tableau qui nous charme par la vérité et par la bonhomie avec laquelle Hebel nous montre les détails tels que dans ces vers :

(1) Tbid., p. 120.

(2) Cité par Scueurenr, Hebel, sa vie et son œuvre, p.75 (Cf. E. Bouvier, op. cit, p. 188).

(3) Extraits de la traduction de 1846.

DADN re 7 RNLE

« Va-t’en, Lise, remplir la lampe jusqu’au bord,

Puis tu l’allumeras, mais mouche-la d’abord.

— Va chez Lise Fischer, porter cette chemise

Avec les deux fagots qui sont dans la remise,

Puis cet orge, et dis-lui qu’on l’attend demain soir Pour manger les gâteaux qui sont dans le dressoir (1). »

Nous ne sommes pas étonnés que Buchon se soit attaché: «avec tant d'amour » à ce réalisme de Hebel. Le vif sentiment de la réalité, le sens pratique, la simplicité de la pensée sont, comme nous l’avons vu au premier chapitre, des qualités chères à l’esprit franc-comtois, et Hebel les. possède au plus haut degré.

Quoique resté très vrai, très naïf et très « paysan », Hebel est pourtant très ingénieux. C’est là encore un nouveau caractère de sa poésie : la philosophie s’introduit. dans ses poésies. Il saisit le caractère de la poésie populaire, en en dégageant toujours, d’une manière plus ou moins. délicate, la morale, pratique « avec beaucoup de goût », le fabula docet. Dans le Schatzkästlein des rheinischen. Hausfreundes, la plupart des contes n’ont d’autre but que de mettre en valeur une idée morale et de donner des. conseils de pitié et de sagesse. Nous n’insisterons pas sur cette tendance, puisque Buchon n’est pas tenté de reprendre. à son compte cette tendance dans ses propres poésies. Cependant, lorsque Buchon complète sa première traduction, ce sont les Poésies complèles qu'il publie en 1858. Les poésies ajoutées par cette seconde traduction, n’apportent aucun élément nouveau dans la connaissance générale de la manière de Hebel. On y trouve pourtant les poésies. les plus familières, celles qui contiennent des détails. réalistes qui auraient pu choquer en 1846, et qui, après.

(1) Extraits de la traduction de 1846.

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