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LAS UT ARS

Dupont ne sembleront pas trop hardis (1). Ce sont la Forge, la Femme du Marché, l'Orage, le Compagnon menuisier. De même le « cochon », symbole du réalisme villageois, apparaît :

«..Uhli vient de saigner ses cochons, Allons lui demander, vite, et nous dépêchons, Quelques morceaux de lard avec quelques saucisses. »

En somme, Buchon contribua par ses traductions à fournir des éléments essentiels à la doctrine réaliste qui commençait à se former. Le réalisme de Hebel, révélé par Buchon, ne pouvait que confirmer les nouvelles tendances au lendemain de la Révolution de 1848. Les traductions de Hebel furent le premier essai d’une poésie populaire et réaliste. « En 1843, dit Buchon, les paysanneries littéraires plus ou moins frelatées qui nous ont inondés depuis, n'étaient point écloses. Nos plus grands maîtres en étaient encore, ou peu s’en faut, à essayer le paysage littéraire. Sous ce rapport, les poésies allémaniques les avaient triomphalement devancés d’environ quarante ans. Quoi d'étonnant que ce petit livre me parût, il y a vingt ans, une vraie révélation (2) » ? C’est également l'avis de Barbey d’Aurevilly. « Jean-Pierre Hebel est un poète allemand que nous ne connaissions guère, malgré notre allemanderie », dit-il (3).

En outre, ce réalisme de Hebel est très accentué et cru. Buchon lui-même s'était d’abord senti gêné pour

(1) Cf. Émile Bouvier, op. cit., pp. 168, 191. Dupont, poète romantique dans sa jeunesse, se révéla, vers 1845, poète villageois et composa les Bœufs ; en 1846, il publia Les Paysans et en 1849 les Chants rustiques.

(2) Max Bucuon, Œuvres choisies, op. cit., t. LD 4175

(3) Barsey, op. cit., t. XII, p. 117.

traduire les détails les plus triviaux. Et, pour accoutumer le lecteur à se défaire des préjugés classiques et romantiques, il appela même à son secours la peinture flamande : « Si en contemplant quelque vieille gravure flamande ou hollandaise, vous vous êtes parfois demandé pourquoi notre littérature française s’est montrée si longtemps rétive aux scènes de la vie journalière et populaire, si vous aimez la vraie poésie. voici votre homme (1) », dit-il, dans sa préface aux Poésies de Hebel. Bovet cherche également à justifier ce nouveau genre littéraire : « Aux yeux de bien des gens, dit-il en 1853, le domaine de l’art. a des bornes assez précises ; ils s’imaginent qu’il y a dans la nature un certain nombre d’objets poétiques à côté d’un certain nombre qui ne le sont pas et que toute l’affaire du poète est d’éviter ceux-ci et de choisir ceux-là ; que si la nécessité l’oblige à faire entrer dans ses vers quelque objet reconnu non poétique, il devra lui faire subir une légère transformation, ou du moins en changer le sens. C’est ainsi que les vaches, à leur grand étonnement, redeviendront des génisses et que tous les chevaux s’appeleront des coursiers. Nul poète n’est peut-être plus propre que Hebel à désabuser de cette théorie. Il nous parle, en effet, des choses les plus communes, et il en parle dans la langue de tous les jours... (2) » Champfleury, dans sa critique de Hebel (3), se place au même point de vue et insiste en outre encore sur l’utilité de ses poésies sincères.

Ne quittons pas Hebel sans dire un mot de la traduction

(1) Max Bucson, Œuvres choisies, OPA\CU TT p 174

(2) F. Bover, Préface aux Poésies complètes de Hebel, trad. de Buchon,

(3) Dans l’Artiste, 197 mai 1852. L'article est reproduit dans son livre, Le Réalisme.

de Buchon en elle-même. Cette traduction atteste beaucoup de talent et un sentiment très vif des beautés sincères qu’elle s'efforce de reproduire. On y sent, à l’exac-. titude de certains détails, de costumes et de mœurs, et presque à l’air qu’on y respire, que cette traduction doit être fidèle autant que peut être atteint cet impossible idéal. « Tradultore, tradilore », dit un proverbe italien. Cela est plus vrai encore quand il s’agit de traduire des poésies patoises, telles que les poésies de Hebel, qui répugnent même à passer dans le pur allemand, tant elles sont d'un caractère tout local et d’une originalité profonde. Buchon a peut-être eu moins de peine qu'un autre à traduire de pareilles poésies puisqu'il pouvait demander des ren-seignements au Badois Scheibel. De plus, comment ne pas sentir les nuances de la langue de ceux dont on comprend le cœur ?

Toutefois, la luxuriante poésie et la singulière bonhomie de Hebel ont perdu beaucoup de leur charme. Dans la traduction de Buchon souvent le fond des poésies se dégage de la forme originale et perd ainsi sa valeur. Qu'on en juge par exemple par les deux premières strophes de la pièce Soir d’élé (1) :

Texte original :

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