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êtes deux esprits divers, cependant, et très originaux ; mais une profonde fraternité vous unit. C’est ainsi que dans les hautes sphères sombres, Dante côtoie Eschyle. Vous, c’est dans la prairie, dans le clair rayon du matin, parmi les chaumes, les ruisseaux et les saules que vous rencontrez Hebel (1). »
Toutefois, si l’on s’en rapporte à une lettre de son éditeur, Buchon ne semble pas avoir eu un grand succès avec sa traduction. « ...Des quatre cent cinquante exemplaires de Poésies de Hebel arrivés à Paris, écrivait-il à Champfleury, quarante seulement sont placés. Outre les droits d’auteur, l’impression, le port, le droit d’entrée en France... résultats peu brillants. Encore si M. Buchon voulait bien se persuader que j'ai publié ses Poésies en véritable amateur et aussi à cause de l’amitié que je lui porte et du cas que je fais de son talent ; mais au lieu de cela, il me plante toujours impitoyablement l’épée dans les reins en me disant : Avancez, avancez (2)... »
En somme, nous ne pouvons pas contester la grande valeur de sa traduction. Il est difficile de séparer les poésies traduites de celles de Buchon lui-même (3). Les travaux et les jours des paysans badoïs sont ceux des paysans comtois ; ses propres tableaux sont ceux du poète badois : La Loue, comme la Wiese, devient une jolie fille du pays. Toutes ses Scènes champétres sont le « pendant de celles de Hebel, non pas qu’elles en soient une imitation, mais elles représentent la vie du campagnard comtois
(1) Lettre reproduite dans les Poésies franc-comitoises, op. cit., avantpropos, p. #.
(2) Lettre datée de Berne du 17 janvier 1854. Nous l'avons transcrite dans les mêmes conditions que la précédente du même auteur.
(3) Buchon ajouta même à la traduction de 1853 des Poésies complètes de Hebel ses propres Scènes champêtres.