‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 15 sur 91 · LA POINTE DE L HÉBULLU · texte numérisé non relu

LA POINTE DE L HÉBULLU

ce qui est réellement en lui. Les Turner lui apparaissent comme quelque chose « de plus que de l'impression, c’esta-dire de l'intention ». À ce moment, il croit y trouver là preuve, — il changera d’ailleurs d'avis dans l’âge mûr, — que « quand on a l'effet, on ne doit plus retoucher ».

À une époque ultérieure, lorsqu'il fut maître de lui, il nota dans ses écrits de loisir le souvenir de ce véritable

déclenchement de sa mise en marche. « Les tableaux de Turner, disait-il, furent pour moi un éblouissement, et dans ma naïveté, de me dire : « Mais je puis peindre comme «cela! Cette peinture est claire comme je la fais moi- « même ! » Certes, je mis de la couleur tant que je pus sur mes études ; aujourd'hui elles me paraissent bien fades; cependant elles devaient alors paraître osées... »

A la fin de 1883 il va rentrer en France «Unes encore nous éclaire, sinon sur son avenir, du moins sur son caractère, qui est d'activité et de décision. Comme il ne saurait entrevoir l’affranchissement total, il se montre très ferme sur ses projets d'homme d'affaires. «Il ne veut pas faire de la commission, c'est-à-dire représenter telle ou telle maison, mais bien vendre ou acheter pour son compte, en un mot être marchand lui-même, faire ce que font en Angleterre les « general merchants » tels que le chevalier. Il ne serait pas mauvais qu'il fit un stage dans une maison du Havre (tout au moins il aura l’occasion d’y dessiner des bateaux dans le port).…., car, quant à être à Nantes doit un jour y être fixé, 1l veut y être pour son compte, ou alors comme employé, avec des promesses superbes, car s'il avait de la monnaie à risquer, où irait-il? A Tunis, CLEMCLESACEC 0)

Il compte même, «en sa qualité de veinard», pour réaliser ces grands projets, sur un gros lot de la loterie d'Amsterdam.

Jamais, depuis qu'il parle affaires avec cette fougue, il n'aura été aussi près de les abandonner complètement.

CELPADISIRRERIID

LE RETOUR A NANTES LES DIFFICULTÉS ET LES ENCOURAGEMENTS DES DÉBUTS ET LA CONQUÈTE DE L'INDÉPENDANCE

OMMERÇANT par force et peintre par plaisir, de

1884 à 1890, Maufra passe cette demi-douzaine

d'années, en somme, d’une manière assez fruc-

tueuse pour son art. Le temps ne sera nullement perdu

pour lui; au contraire, on peut conjecturer que le coup de

fouet de cette vie en partie double, mais comprenant deux

parties singulièrement inégales, n'aura pas été sans donner

une plus grande intensité à celle qui avait plus que ses

préférences : sa décision bien arrêtée d'abandonner l’autre dès qu'il le pourrait.

Le jeune courtier de 1884 est alors un garçon tenace, concentré, pas très parleur et cependant aimant volontiers a s’épancher entre camarades, la pipe au bec, après une bonne partie de chasse ou de pêche pendant laquelle il aura médité de revenir faire une étude du motif qui l’aura ppe Cest, cnértet. un trait caractéristiques de Lses débuts dans la vie, que cette aptitude sportive, partagée par des courtiers qui ne deviennent pas peintres et n'ont nulle envie de le devenir, aura été complice des joies visuelles auxquelles le prédisposait son tempérament.

Ce sont les aspects du pays nantais qui forment alors le sujet de presque tous ses premiers essais, et pour cause. On comprend, en effet, qu'ayant tout de même quelques gages à donner au commerce, il ne puisse pas entreprendre les multiples expéditions dans des régions plus éloignées vers lesquelles le pousserait son incessante avidité de thèmes nouveaux. Ce travail, en quelque sorte sur place, n'est d’ailleurs nullement défavorable à son développement. Au contraire, cette obligatoire sédentarité le forcera à se faire un métier plus fouillé, plus complet, que s'il devait, dans cette période toujours un peu confuse de la recherche de soi-même, entre la vingtième et la trentième année, être tenté de changer son langage avec les changements d'impressions.

Maufra sera donc de bonne heure un artiste complet dans le genre vers lequel l'aura porté sa nature et auquelil se complaît. Il fera bien quelques études de nu, mais comme exercice et non comme but..En. revanche, il "dessinera beaucoup, perpétuellement, avec une sorte d’emportement assidu. Les routes, les arbres, les villages Jesrmes"er tournants de rives, cela s’amassera dans ses cartons et le travail lui en deviendra tellement familier, naturel, inséparable, en quelque sorte, du regard même, qu'il aura acquis pour toute sa vie une liberté absolue de n'avoir plus qu'à se préoccuper de choisir, de composer et de nuancer, sans tâtonner dans la construction.

Il est donc plus que probable que, s'il avait été entièrement libre, il se serait limité de même, et que le cri qui lui était échappé devant la scène d'émigration ne serait resté que l'expression du sentiment que chacun de nous un peu

sensible ne peut se retenir de formuler par ces mots «Ah! si j'étais peintre! » Limitation heureuse, puisqu'elle permet à Maufra de s'affirmer avec force, et complètement

Page 1