‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 16 sur 91 · LE CHATEAU DE VIANDEN · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE VIANDEN

dès son début, et d’intéresser à sa cause des aînés dans le métier et des critiques chercheurs d’inédit.

Se mêlant le plus qu'il peut à la société, avec son caractère entreprenant et son agréable franchise de manières, sa confiance en soi, son absence d’arrière-pensées, ce jeune homme à la mâchoire solide, aux épaules carrées, ne tarde

pas à attirer l'attention de quelques personnalités dans Île milieu artistique, un peu restreint sans doute, mais très actif, de Nantes.

Un de ces amis nouveaux se nomme John Flornoy. C'est un fervent des impressionnistes, alors encore très discutés et peu goûtés aux expositions nantaises. Flornoy n’en fait pas moins une propagande active en faveur de ses peintres de prédilection. Il réussit à faire acheter à un amateur /a Loge de Renoir pour la somme modeste, et pour le moment hardie, de cinq cents francs. Maufra et lui, liés de sympathie contre le banal, ne sont pas cependant absolument d’accord sur la théorie picturale; Flornoy est un adepte fervent du bleu et du Violet; son ami-n'admet pas cette exclusion des autres moyens. Il ne saurait donc, dès ce moment, être rattaché à l'école impressionniste ; toute sa vie 1l s’en tiendra écarté, et ils indigneraquenes assimilations rapides et superficielles qui constituent le plus souvent le fond des jugements d'art, l'enrégimentent à la suite de Monet et de Sisley.

Toujours est-il que cette amitié de Flornoy et celle de divers autres le classent de plus en plus artiste et le déclassent courtier. |

D'autres relations s’emploient, non plus par des conversations et des théories, mais par des interventions très nettes et très instantes, à le faire s'engager dans sa véritable voie. Il existe à Nantes un peintre, Charles Le Roux, et un sculpteur, Le Bourg, qui ont de la réputation dans la ville, sont considérés et peuvent avoir quelque influence auprès de la famille.

Charles Le Roux est une figure des plus intéressantes,

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et que l’on s'étonne encore aujourd’hui de ne pas voir à un des premiers rangs de l’art du xix° siècle. C’est un paysagiste puissant, maître de la couleur, grand par le choix et le sentiment des sujets, et qui ne le cède guère à Théodore Rousseau, -de qui il se rapproche. es deux “ou“treis peintures de lui qui figurent au musée du Luxembourg devraient avoir ouvert les yeux sur sa valeur, et 1l semble fatal que son œuvre revienne à son tour à la lumière. Charles Le Roux, qui appartient à la génération de 1830, est demeuré assez jeune et libéré de tendances pour ne pas méconnaître en ce jeune homme, malgré les différences de visées et de recherches, des qualités vraiment intéressantes. Il l'aidera de ses conseils et l’encouragera de son mieux. Le Bourg, sculpteur de mérite, homme fin et délicat, mais à qui la vie, dans l’ensemble, fut peu propice, quoiqu il gardât de [a gaîté dans de continuelles difficultés, est également très porté vers le jeune Maufra. Il ne manque point de jugement en peinture, et ses avis ne sont pas négligeables. Un de ceux sur lesquels 1l reviendra fréquemment, même lorsque son ami sera déjà classé et commencera d’être notoire, est assez curieux. [1 lui conseille toujours, pour ses paysages, « de se rapprocher », il trouve souvent que même dans des tableaux dont les effets l’enchantent, il ne Sest pas mis « assez près ». Quoi qu'il en soit, lui aussi, unit ses démarches à celles de Charles Le Roux auprès de M. Maufra le père, pour qu'il mette Maxime à même de suivre complètement sa voie. M. Maufra n'était nullement fermé aux arts. Mais par une prudence bien naturelle, il croyait devoir retenir le plus longtemps possible son fils dans les affaires, comme si leurs hasards n'étaient pas aussi

grands et leurs déboires aussi fréquents que ceux de la carrière artistique. Il semble qu’alors il ne se soit pas rendu compte de tout ce qu'il y avait en Maxime de ténacité et de

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