LA CHAPELLE SAINT-LAURENT A CROZON
ateliers d’«avant-garde » comme on disait alors, avait qualité de dispensateur de gloire, engagea celui à qui elle était décernée à persévérer dans ses idées et ses convictions plus fortement que n’auraient pu l’en détourner les objections théoriques du samedi soir. Ce fut le point de départ d'une amitié solide, sinon d’une direction esthétique ; elle
se continua, et se prouva pendant le peu d'années qu'avait Gauguin à vivre, et le peu de moments qu'il devait en vivre en France.
Comme pendant tout le temps qui s'écoule de 1892 à 1894, où nous verrons une nouvelle et décisive consécration de son talent, Maufra n’a cessé de travailler à son atelier de Montmartre, sauf pour aller s'enrichir de thèmes et d'effets sur les côtes bretonnes, nous pouvons dès”a présent résumer les acquisitions et le programme qui rempliront sa vie, quitte à les analyser de plus près lorsque viendra la maturité.
Les acquisitions sont nombreuses, fortes et valables. Elles ont consisté à cultiver sans relâche, cet toujours le crayon à la main, les facultés d'observation. Suivant une excellente habitude, il dessine, dans une langue ramassée, résumée, mais très complète, les "grandes homesseme masses principales du paysage. Le trait tour à tour léger, incisif ou écrasé, donne l’idée exacte et vivante des plans, des solides et des fluides même. Parfois il rehausse sur place de quelques lavis d'aquarelle ces constructions; parfois 1l exécute ces retouches une fois rentré à l'atelier. Il a donc, de cette façon, acquis nombre de documents d’où il tirera le motif dominant d'un tableau, sans toutefois s'écarter de cette dominante, mais en y incorporant toutes les observations et valeurs accessoires. En même temps, il aura emmagasiné autant de feuillets d'art complets, expressifs, ayant une signification et un prix ensot. Lorsque viendra la possibilité de les montrer, ce ne sera pas ce qui intéressera le moins à son œuvre ceux qui auront deviné ou qui découvriront sa personnalité.
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Le programme qu'il s’est tracé depuis longtemps au cours de ses études et de ses méditations, mais qui a pris corps surtout depuis qu'il travaille dans ce Paris qui brûle les incertains mais trempe les résolus, est juste et élevé. Le réaliser mérite qu'on s y acharne, car il est moins superficiel que celui des adeptes dociles de l’impressionnisme. Il consiste à vouloir mettre dans un tableau le sentiment que l'impressionniste attrape, pour ainsi dire, au vol, et ainsi il donne au paysage une valeur supérieure à celle de simple instinct. Îl créerait, réussie de tous points, une entente réfléchie” éntre lPauteur et le spectateumeonte l’évocation et la réception Le paysage n'est donc plus la simple interprétation d'un motif, mais l'expression contenue en lui et qualifiée par les effets dont le revêtent et l'imprègnent la lumière et l'atmosphère; effets qu'il s agit de dégager en même temps que l'expression, et de saisir parmi les innombrables et fugitives subtilités que la nature fait se succéder avec une effrayante et enivrante prodigalité.
C'est à l'artiste à trouver, en combinant construction, expression et effets, sans tricherie, sans redites, sans arrièrepensée, sans hantises de ce que les autres ont fait avec plus ou moins de succès, le point supérieurement correspondant à la loyauté de sa personnelle émotion.
En dehors même dece qu'ont pu étre-par lettent carrière et l’œuvre de Maufra, il suffirait de résumer un tel programme qu'il s'était imposé, pour que la lecture de ce livre ne soit pas inutile aux artistes qui réfléchissent.