EN QUOI MAUFRA NE PEUT SE RATTACHER A L'IMPRESSIONNISME
Es marchands de tableaux des générations actuelles sont en trop grand nombre pour pouvoir être considérés comme des apôtres. Ils dépassent de
trop de dizaines le chiffre sacramentel de douze; ceux qui avaient droit à la palme au moment dont nous parlons étaient loin de l'atteindre.
M. Durand-Ruel demeurait le seul exemple du marchand qui ayant maintes fois risqué la ruine avait pu conquérir l'importance et la prospérité. Les autres grands négociants étaient de luxueux intermédiaires entre les amateurs ploutocrates et les artistes consacrés par les succès officiels. Une exception, boulevard Montmartre, était le magasin géré par le frère du peintre Van Gogh, Hhepar M Maurice Joyant, et quir était ouvert. avec conviction aux novateurs. Encore ce magasin était-il une succursale de la somptueuse et non moins officielle maison Goupil.
Les vrais apôtres devaient demeurer assez longtemps au nombre de trois. Le premier était un homme aussi doux dans ses paroles, aussi scrupuleux dans ses transactions
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commerciales qu'ardemment convaincu dans ses opinions artistiques : Portier, apologiste convaincu de Manet et cratifié de l'estime, peu prodiguée, de Degas. Le second portait, dans sa boutique, de gros sabots, une casquette à oreilles et un tablier bleu de jardinier : le Père Tanguy, annonciateur de Gauguin et de Van Gogh, puis de quelques autres plus jeunes, tels qu'Émile Bernard. Le troisième devait devenir un des plus actifs propagandiste des nouvelles tendances qui, sans s insurger contre les impressionnistes, tentaient fougueusement de différer d'eux en des sens très divers. Il se nommait Le Barc de Boutteville et si les apôtres n'étaient pas réservés fatalement à l'oubli après le triomphe des idées qu'ils ont aidé à répandre et des courages qu'ils ont soutenus, il mériterait d'avoir sinon sa statue dans le. voisinage de la rue Le Peletier où 1l milita, du moins une plaque de marbre sur la facade du numéro 47, où pendant un court espace d'années il eut sa boutique exigué et toutefois immensément hospitalière. Il resterait assez de ses protégés vivants qui, grâce à leurs débuts chez lui, ont fait un assez beau chemin de par le monde pour lui rendre, en se cotisant sans se ruiner, ce modeste hommage.
Ces trois marchands, sauf omission, étaient les seuls a continuer la tradition de l’ancien acteur, le Père Martin, qui avait rempli pour Corot, Daumier et Cals la même mission d'ardeur désintéressée, se traduisant par des objurgations aux collectionneurs hésitants et se soldant par les plus maigres profits.
Maufra fut un de ceux qui assistèrent juste à temps à l’étonnante et soudaine métamorphose de Le Barc de Boutteville. Il avait, quelque temps avant ce coup de
théâtre qui ne retentit guère immédiatement, rencontré un paysagiste assez typique, Paul Vogler, peintre doué d'une facilité excessive. Celui-ci réussissait involontairement les Sisley, au point de les voir paraître bientôt sous