SOIR ORAGEUX, QUIBERON
l’École des Beaux-Arts, institution plus néfaste à la France qu'une peste ou qu’une invasion de cosaques », exaltait l « individualisme » et en arrivait à Maufra, lui faisant un mérite, — auquel il n'avait pas songé, — d’avoir « refusé l’enseignement dévirilisant de la rue Bonaparte ». Le fougueux préfacier trouvait d’ailleurs d'excellents termes
pour apprécier l'œuvre même, et rappelait les jugements de Mirbeau et de Roger-Marx.
Il n’y avait pourtant à cette exposition, très remarquable, que vingt-cinq peintures, avec cinquante et quelques dessins rehaussés. L'artiste s'était abstenu de désigner les motifs par les noms même des pays c'étaient : l'Etang, un Vallon le soir, le Clocher, la Mélancolie crépusculaire, le Chemin, un Gouffre, la Rivière, la Plage, l’'Écume, le Nuage d'or, l'Arc-en-ciel, etc. Cela indiquait toute une volonté, “ebAtontemume esthétique. Il s'agissait de traduire un sentiment, une émotion, non par des moyens « littéraires », mais par une forte et véridique assimilation de la nature, ou, en d’autres termes, d'allier celle-ci avec un style propre à l'artiste lui-même en dehors de toute formule conventionnelle, mais aussi en gardant le droit de choisir et d'accentuer.
Maufra, du reste, qui aimait à préciser ses buts,“et qui souffrait des comparaisons erronées, a plus d’une fois exprimé, et d’une facon saisissante, ce quia/ete leñont et le plaisir de toute sa vie.
« J'ai peint, écrivait-il vers cette époque, tout ce qui m'a ému, fouillant la nature, essayant de rendre le caractère de ce qui m'attirait, et de mettre dans mon œuvre l'émotion ressentie.
« Beaux effets, clairs, joyeux; tourmentes des éléments; calmes des solitudes; violence des orages et de la tempête; plaine, bois, montagnes, rivières, ciel, nuits; tous les spectacles de la nature m'ont tenté... J'ai essayé de les rendre simplement comme je les ai vus, avec l'amour
qu'ils m'inspiraient. De ces visions de la nature j'ai composé mes tableaux. »
Pour lui, le tableau doit contenir son idée et sa