‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 44 sur 91 · LA PLAGE DE PORT-IVY, PRESQU'ILE DE QUIBERON · texte numérisé non relu

LA PLAGE DE PORT-IVY, PRESQU'ILE DE QUIBERON

His Cten revenir encore renouvelé de talent ct'avec une cargaison superbe ?

Kerhostin, où il a depuis peu acquis une maison (une maison pour ses vieux jours!) a l'année même de cette expédition une visite assez fructueuse.

Il était parti en 1914 pour Quiberon, puis pour

l’'IÎle-et-Vilaine où il fit des Saint-Servan, et pour les Côtesdu-Nord où il fit des Perros-Guirrec. Il fit ensuite un tour en Savoie, où la cascade Pralogan, le lac du Peaz, divers torrents et villages en montagne prouvèrent qu'il ne cédait pas comme d'autres artistes à cette sorte d'anéantissement où les plongea la guerre, et qui les mettait hors d'état, ayant passé l’âge de servir le pays sous les armes, de contribuer à sa vitalité par le travail, qui est un combat comme les autres.

D'ailleurs, en 1917, il fit des voyages sur le front avec Ch. Le Goffic, après avoir, en 1915 et 1916, laborieusement augmenté son œuvre, tantôt dans le Finistère, tantôt, plus abondamment, dans le Morbihan.

Nous verrons plus loin s'il ne se sentit pas secrètement hanté d'un penser qui lui fit revoir en même temps Lavardin et Quiberon en l’année 1918, qui devait sonner le brusque terme d’un si étonnant parcours.

CSM, IPN)

LES CONFIDENCES DU PEINTRE, SES IDÉES SUR L'ART PRINCIPES QUI ONT INSPIRÉE SON ŒUVRE

‘AIS des images, artiste. Ne parle pas!

Gestruncrbellefreècle "que lon resrette d'être obligé d’aller chercher dans l'œuvre d'un Allemand, au lieu de la trouver chez un de nos maîtres. I] est vrai que cet Allemand est Gœthe, et que son « Bilde, Künstler ; rede nicht ! » a dans sa langue une concision et une force particulières.

Maufra, d'instinct, pratiquait ce précepte dans son œuvre et et il y insistait dans ses entretiens. Cependant, il est peu de peintres contemporains qui aient jeté sur le papier autant de notes, de pensées, discussions, théories, souvenirs, prétextes à commentaires. Mais il y a là un phénomène assez curieux, qui n'implique pas une contradiction et qu'il n'est pas sans intérêt d'étudier avec un peu de détail.

J1 parlait peu de ses ouvrages. Il ne s'épandait point en paroles, comme beaucoup d'artistes, disant : je ferai telle ou telle chose, j'exprimerai telle ou telle idée ; ou : voici la pensée, l’effet, le spectacle que j'ai voulu rendre. Au contraire, il était extrêmement sobre de paroles, presque laconique, se contentant d'indiquer brièvement la nature du pays dont

il faisait passer les études ou les tableaux devant vos yeux.

Mais, d'autre part, il était combatif, et, entier dans ses convictions, il éprouvait le besoin de se les formuler à lui-même sous les formes les plus répétées, presque sans variantes. Il est des réflexions ou des tirades qu'il jette sur le papier jusqu’à cinq ou six fois, sans guère changer plus d'un ou deux mots par-ci par-là. On dirait qu il se soulage des paroles qu’il n'a pas prononcées de vive voix lorsqu'il était en présence de ceux qui auraient eu besoin d’explications ou de preuves. Ces afflux de mots qu'il s’est épargnés pendant le jour, il les épanche, le soir, sur désranmes feuillets où l'écriture est souvent abréviative jusqu à en être difficilement déchiffrable, où l'expression est confuse, embrouillée, surchargée de redites, en apparence même parfois contradictoire, mais où la suite tenace, acharnée, dans la pensée, se dégage clairement. Procédé de peintre, un peu, où mille touches emmêlées sont informes de près, et composent l’image forte et nette à quelques pas. Les écrits de Maufra ne pourraient donc pas être cités comme un modèle de style, comme’le furenticeux-denbeRerRs ou de Fromentin, quoique le livre qu'il avait achevé et livré à l'impression sous le titre : Propos de peintre, par la diversité de ses souvenirs et la foi qui anime ses professions, ne soit nullement négligeable. Maïs ces pages nous permettent de mieux comprendre, non seulement ce qu'il a voulu, mais encore ce qu'il a réalisé. Il est tout a l’action dans l'atelier ou sur les routes et les falaises; il se contrôle, s'encourage ou s’approuve lorsqu'il a fini sa journée. C'est un état d'esprit qui nous aiderait peut-être à nous rendre compte de la raison pourquoi les croyants, si fermes que soient leur règle de conduite et leurs actes en

MAXIME MAUFRA IE

conformité’avec elle, éprouvent le besoin, sans en changer les termes, de se répéter les mêmes recueils de prières. Une des idées qui lui tiennent le plus à cœur, et qui

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