‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 76 sur 91 · DERNIER SÉJOUR, DERNIÈRES PENSÉES DERNIÈRE JOURNÉE · texte numérisé non relu

DERNIER SÉJOUR, DERNIÈRES PENSÉES DERNIÈRE JOURNÉE

ux ondulations harmonieuses et fraiches de la campagne d’Auray succède une terre plus aplanie et plus âpre. La végétation se fait sèche et avare. Des bois noirâtres de petits sapins annoncent la lande, et la lande annonce la mer. Celle-ci apparaît tout d’un coup après Plouharnel, non loin de la petite ville de Carnac, aimable encore au milieu de ses champs solennels de pierres levées.

onMIeSStenriens de cette région, dcesthicitlastinedu continent. Au delà ce sont les 2nsulaires, c'est-à-dire les habitants, par eux légèrement dédaignés, de la presqu'île de Quiberon, qui se jugent eux-mêmes différents des continentaux. Ces nuances de caractère tendront à s’effacer sous le développement des villégiatures et la diffusion effrénée des « Modes de Paris ». Le pays lui-même perd déjà chaque jour de sa noble sauvagerie, et de cette tristesse si belle que seule donne la solitude. Il est déjà difficile de retrouver dès l’abord toute la pureté du sentiment ancien, pour le regard qu’arrêtent et irritent à tout instant les villas qui poussent un peu partout, comme si le vent en avait apporté la graine de quelque Trouville. Cependant on ne peut pas s'attarder à contempler et à

déplorer ce banal champignonnage. L'on se trouve soudain si enveloppé d'espace, si baigné d'immensité et de lumière, si perdu sous le ciel, si caressé ou emporté tour à tour par la brise, si bien suspendu, pour ainsi dire, au milieu même des mers, que l’on a bientôt, oubliant toutes les petites choses neuves de la vie éphémère, la sensation d'être transporté dans un des lieux les plus anciens, les plus étranges et les plus naturels du monde.

L'on s'explique, dès les premiers pas, que Maufra, après avoir parcouru tant de champs et de grèves, comparé passionnément tant de beaux thèmes abrupts ou délicats, ait finalement: résolu: de se fixer “dans ce cormadentebts marine, avec l'intention d’en faire la station d’où il pourrait partir occasionnellement pour de nouveaux voyages, mais où il voudrait revenir pour se préparer à accomplir celui d'où l’on ne revient plus.

Ce sont les mers qui opèrent ces prestiges que compléteront, en avançant plus loin, certains aspects de la presqu'île, étroit vaisseau à l’amarre entre leurs flots contrastés.

Les mers et non pas la mer. Elles ne sont qu’un seul et même océan, à babord comme à tribord, et pourtant elles sont deux de caractère dans leur unité de substance. Le mincelien de terrewqui les sépare estesiNetro ss Plouharnel et le fort de Penthièvre, qu'il n’est bientôt plus qu'une simple route entre ces deux empires perpétuellement animés de sentiments contradictoires. Ce frêle ruban d'’isthme serait escaladé et balayé sans peine, — il le sait, mais ne s’en soucie, depuis le temps, — par les vagues galopantes dans leurs jours

de mauvaise humeur. Il suffit à trancher net le double spectacle qui soffre de part et d'autre, et il semble régler leur singulier et magnifique jeu d’alternances.

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