LE VILLAGE DE BOZEL (SAVOIE), AU BORD DU TORRENT
À sa gauche, le piéton, qui a quitté le sol «continental », voit un golfe généralement caressant et soyeux; à sa droite, la presque perpétuelle agitation et souvent les colères du large. De ce côté-ci, la véhémence se poursuit vers le Finistère; de l’autre, la douceur s'étend, formant la baie de Quiberon proprement dite, jusqu'aux charmes un peu
mornes, mais d'une mélancolie si persuasive, de la « petite mer », le Morbihan. Parfois ces rivales ont leurs caprices et changent de rôle; la mer paisible se donne des airs méchants, et alors la mer grincheuse contrefait, un moment, sa bénignité. Mais ces chassés-croisés sont assez peu fréquents. Le désaccord est constant, et fait un accord sublime.
Pour le peintre qui, comme Île nôtre, est né capable de ressentir vivement et d'exprimer avec une égale joie les extrêmes, de la nature, depuis les-tendres spores la Loire jusqu'aux implacables falaises de Penmarch, cette presqu'île de Quiberon est inépuisable, malgré la parcimonie avec laquelle la terre est mesurée, et à cause de la diversité que prodigue la mer.
Elle est, cette terre, d'une monotonie incroyablement expressive. Assez basse à son entrée, elle s'élève peu à peu vers sa partie centrale et à mesure quelle s’élargit. Bientôt, du côté Océan, la côte, découpée en profondes crevasses, surplombe aux pointes de Beg-ar-Aud et du Port blanc, d'une facon assez effrayante, les rochers sur lesquels les vagues se ruent et se brisent, ou les sables mouvants qu'elles liquéfient traîtreusement. De l’autre côté, la rive demeure en pente douce, festonnée d’anses tièdes, où peuvent pousser les quelques fleurs, légumes ou fruits, rigoureusement interdits à celle qui demeure exposée aux rages du vent. Une route suit d’un bout à l’autre, de Plouharnel à « Quiberon même », comme ferait la nervure médiane d'une feuille asymétrique et trace inégales la part de la clémence et celle, plus vaste, de [a lutte.
Mais l'aspect agreste entre les deux lisérés demeure