PRÉFACE. IX
Ton ne tirât pas de copie des Maximes qu'elle leur communiquait ; mais des indiscrétions pouvaient être commises ; il n'y a donc paslieudes'étonner,commelefaitM. Gilbert, de la circulation d'une copie courant jusqu* en Hollande; les libraires de ce pays étaient à la piste de toutes les nouveautés intéressantes , et pratiquaient déjà à un haut degré le système de piraterie littéraire dont ils ont si longtemps conservé le privilège.
L'existence d'une copie d'un ouvrage n'en impliquait pas nécessairement l'impression : que d'opuscules, dont il a existé beaucoup de copies, sont restés inédits et enfouis dans des recueils I
Il est vrai que les Maximes n'étaient pas du premier venu : elles sortaient de la plume d'un duc , dont le rôle avait été grand pendant la Fronde; et le succès obtenu par les Mémoires devait être un appât pour les imprimeurs hollandais coutumiers du fait. Ajoutons que « la composition des Maximes y d'après M. Éd. de Barthélémy (i), avait été un grand événement dans la société lettrée de M™« de Sablé, dont le salon était alors le premier de Paris. . . Ces Maximes étaient toutes connues , étudiées , revues , corrigées, augmentées par ci , diminuées par là ; chacun avait dit son mot... Toutes les belles précieuses du salon de M"** dé Sablé furent consultées au sujet des Maximes et formulèrent leurs appréciations sur la demande qui leur en était faite par la marquise... M. de la Rochefoucauld ne s'en rapportait pas seulement à l'active amitié de la marquise de Sablé : il soumettait directement aussi luimême ses maximes à quelques personnes à l'avis desquelles il attachait un prix tout particulier, malgré son apparente indifférence ...»
Il y a tellement de preuves contemporaines de la mise en circulation de nombreuses copies des Maximes, qu'il
(i) Œuvres inédiUs de La Rochefoucauld ^ 1863 , p. 124-128.
préfIce.
était difficile de conserver quelque incertitude sur leur existence et surtout de les contester formellement ; de plus bien des raisons sérieuses militaient en faveur de la possibilité d'une impression antérieure à l'édition française.
« Si une copie, écrit M. Gilbert, avait couru jusquV;i Hollande , on n'eût pas manqué de l'y imprimer immédiatement, comme on s'était hâté de faire, en 1662, pour les Mémoires de notre auteur. » Ce raisonnement ne nous paraît pas concluant. Le succès de la publication subreptice des Mémoires rendait au contraire très probable une impression hollandaise des Maximes , et il était fort risqué de nier l'existence d'un volume , uniquement parce qu'il n'en existait aucune trace. L'éditeur des Œuvres de La Rochefoucauld, à cause de la nature de ses travaux, ne pouvait point ne pas savoir que certains volumes des deux derniers siècles sont devenus d'une excessive iiareté , que , pour quelques uns , on compte les exemplaires connus dont les heureux possesseurs sont nommés dans les Manuels de bibliographie ; il devait avoir souvent entendu parler de la découverte , dans ^ quelques collections , d'imprimés inconnus à tous les bibliophiles. L'histoire du t. 7 des Œuvres de Molière , 1682 , sans les cartons exigés par la censure , est une preuve ^ l'appui de ce que nous avançons. Parce que , pendant un grand nombre d'années , on n'avait pas vu d'exemplaire authentique, sans aucune suppression, conforme à celui du lieutenant de police de La Reynie , pouvait-on se croire autorisé à nier la mutilation du texte primitif? Un tel système mènerait loin ; les ignorants auraient alors par trop beau jeu . s'il leur était permis de contester ce qu'ils ne connaissent pas.
Tout semblait plutôt , à notre avis , plaider en faveur d'une édition antérieure, implicitement annoncée par YAdpis au lecteur de ce qu'on pourrait appeler la seconde édition des Maximes , l'impression hollandaise des Mémoires, la vogue obtenue parmi la haute société par de