PRÉFACE. XI
fréquentes lectures des Maximes dans les salons littéraires, la curiosité excitée au plus haut point par le refus de faire paraître ces études philosophiques et par Ttntention formelle, si souvent exprimée par Tauteur, de garder cii ouvrage r' enfermé dans son cabinet ^ les habitudes connues des corsaires delà littérature à cette époque où rien n'était moins établi que la propriété littéraire et les droits des théâtres(i),et même la comédie jouée par l'auteur dans ces circonstances. Celui qui n'avait rien négligé pour préparer et assurer le succès de son ouvrage, n'était-il pas capable de prêter la main à une impression inavouée pour tâter le terrain et avoir ainsi la facilité de faire les suppressions et les modifications jugées nécessaires, sauf à la désavouer (2] ensuite et à en détruire les exemplaires si le succès ne répondait pas à ^on attente, ou si l'impression était par trop méchante à cause Je monstrueuses coquilles typographiques ?
Cette question de l'existence d'une édition des Maximes antérieure à celle de i665 ne fut bien tranchée qu'en 1879 lors de la publication de la Notice du consciencieux auteur des Elzevier (3) sur l'impression de La Haye en 1664. Un grand point était acquis pour l'histoire bibliographique
(1) .Molière, dès l'année 1660 , à propos des Précieuses ridicules et du Cocu imaginaire , eut à souffrir de cette piraterie d'un nouveau genre, dont il se plaint amèrement dans la Préface de la piemière de ces pièces. Voir à ce sujet « Taschereau , Histoire de la vte et des ouvrages de Molière. »
• 2) « Il se réservait la liberté des désaveux dont il ne se fit pas faute à l'occasion... La Rochefoucauld, clairvoyant et timide, obéissait à un caractère plus réfléchi que scrupuleux. Il se tenait prudemment dans la pénombre , ne voulant pas livrer un nom illustre à l'affiche du libraire , honteux de paraître ambitionner la renommée de l'écrivain , mais heureux du succès dont il sentait tout le prix. (Le Correspondant de Septembre 1871 , article de M. Levavasseur, sur les Œuvres de La Rochefoucauld , édition Gilbert.)
0) La première édition des Maxitrus de La Rochefoucauld imprimée par les EUevier en 1664, Notice bibliographique par Alphonse IVillems. Bruxelles, imprimerie ancienne de G. A. Van Trigt, 1879, gr. in-8" de i6 pp.