‹ Maximes de Mms de SabléChapitre 7 sur 8 · DE L'AMITIÉ · texte numérisé non relu

DE L'AMITIÉ

(manuscrits de CONRART, tome XI, PAGE 175)

'amitié est une espèce de vertu qui ne peut estre fondée que sur Testime des personnes que Ton ayme , c est à dire sur les qualitez de i'ame , comme sur la fidélité, la générosité et la discrétion, et sur les bonnes qualitez de Tesprit.

Il faut aussi que Tamitié soit reci-

proque^ parce que dans l*ainitié Ton ne peut aymer, comme dans l'amour, sans estre aymé.

Les amitiez qui ne sont point estabiies sur la vertu, et qui ne regardent que i'interest ou le plaisir, ne méritent point le nom d^amitié : ce n'est pas que les bien* faits et les plaisirs que Ton reçoit réciproquement des amis ne soient des suittes et des effets de Pamitié, mais ils n'en doivent jamais estre la cause.

L^on ne doit pas aussi donner le nom d^amitié aux inclinations naturelles, parce qu'elles ne dépendent point de notre volonté ni de notre choix, et, quoy qu'elles

rendent nos amitiez plus agréables, elles n^en doivent pas estre le fondement.

Uunion qui n*est fondée que sur les mesmes plaisirs et les mesmes ocupations ne mérite pas le nom d^amitié , parce qu*elle ne vient ordinairement que d'un certain amour propre, qui fait que nous aymons tout ce qui nous est semblable, encore que nous soyons très imparfaits : ce qui ne peut arriver dans la vraye amitié, qui ne cherche que la raison et la vertu dans ses amis. Cest dans cette sorte d'amitié où Ton trouve les bien faits réciproques, les offices receus et rendus, et une continuelle communication et participation du bien et du mal qui arrivent entre les personnes qui s'ayment, et qui dure jusqu'à la mort, sans pouvoir estre changée par aucun des acddens qui arrivent dans la vie, si ce n'est que l'on dé-

couvre, dans la personne que i on ayme, moins de v^tu ou moins d'amitié , parce que, Tamitié estant fondée sur ces choses là, le fondement manquant. Ton peut manquer d'amitié.

Ceux qui sont assés sots pour se priser seulement par la noblesse de leur sang mesprisent ce qui les a rendus nobles , puisque ce n'est que la vertu de leurs ancestres qui a fait la noblesse de leur sang.

Celuy qui ayme plus son amy que la raison et la justice aymeraplus en quelque autre occasion son profit ou son plaisir que son amy.

L'homme de bien ne désire jamais qu^on le deffende injustement, car il ne veut point qu'on fasse pour luy ce quUl ne voudroit pas faire luy-mesme.

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