‹ Maximes et pratiques de St. Vincent de PaulChapitre 11 sur 24 · ZELE POUR LA GLOIRE DE DIEU ET LE SALUT DES AMES · texte numérisé non relu

ZELE POUR LA GLOIRE DE DIEU ET LE SALUT DES AMES

Pf^^i l'amour de Dieu est un feu, le zèle en jvffpt la flamme; si l'amour est un soleil, ' -le zèle en est le rayon »,

« Oh que bien heureux sont ceux qui se donnent à Dieu de la bonne sorte, pour faire ce que Jésus-Christ a fait et pour pratiquer à son exemple les vertus qu'il a pratiquées, la pauvreté, l'humilité, la patience, le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes ! car ainsi ils deviennent les vrais disciples d'un tel maître : ils vivent purement de son esprit, et répandent

avec l'odeur de sa vie le mérite de ses actions pour la sanctification des âmes, pour lesquelles il a voulu mourir ».

« Que répondrons-nous à Dieu, s'il arrive que par notre faute quelque pauvre âme vienne à se perdre ? N'aura-t-elle pas sujet de nous reprocher que nous serons en quelque façon cause de sa damnation ; et ne devons-nous pas craindre que Dieu ne nous en demande compte à l'heure de notre mort? Comme, au contraire, si nous montrons du zèle, n'avons-nous pas sujet d'espérer que Dieu nous augmentera de jour en jour ses grâces, et que les âmes sauvées par nous lui rendront témoignage en notre faveur? »

« Travaillons sans craindre d'avancer la fin de notre vie. Est-ce un malheur à celui qui voyage dans un pays étranger d'avancer son chemin et de s'approcher de sa patrie? Est-ce un malheur à ceux qui naviguent d'approcher du port? Est-ce un malheur à une âme fidèle que d'aller voir et posséder son Dieu ? »

« Ne nous laissons décourager ni par les périls, ni par la stérilité apparente de notre zèle.

Les marchands laissent-ils d'aller sur mer pour les dangers qu'ils courent, et les soldats à la guerre à cause des plaies et de la mort même à laquelle ils s'exposent ? Le laboureur n'est-il pas longtemps avant de voir les fruits de ses labeurs, et voit-il toujours la moisson abondante que sa semence a produite ? »

« Soyons sans réserve à Dieu et au service du prochain. Dépouillons-nous pour le revêtir, donnons nos vies pour procurer son salut et pour amplifier l'empire de Jésus-Christ. Disons aux tentations, aux persécutions, à la mort même: « Soyez les bienvenues, faveurs célestes, qui venez d'une main paternelle et tout amoureuse ; je vous reçois d'un cœur plein de respect, de soumission et de confiance envers Celui qui vous envoie, je m'abandonne à vous pour me donner à lui ». Il faut qu'il y ait quelque chose de grand, que l'entendement ne peut comprendre, dans les croix et dans les souffrances, puisque d'ordinaire Dieu fait succéder au service qu'on lui rend les afflictions, les persécutions, les prisons et le martyre, afin d'élever à un haut degré de perfection et de gloire ceux qui se donnent parfaitement à son service. Quiconque veut être disciple de

Jésus- Christ doit s'attendre à cela; mais il doit aussi espérer qu'en cas que les occasions s'en présentent, Dieu lui donnera la force de supporter les afflictions et surmonter les tourments ».

« Toutefois, le zèle n'est pas bon, s'il n'est discret. On gâte souvent les bonnes œuvres pour aller trop vite ; pour ce que l'on agit selon ses inclinations qui emportent l'esprit et la raison, et font penser que le bien que l'on voit a faire est faisable et de saison, ce qui n'est pas, et on le reconnaît ensuite par le mauvais succès. Le bien que Dieu veut se fait quasi de lui-même, sans qu'on y pense. Soyons plutôt pâtissants qu'agissants, et ainsi Dieu fera par un seul ce que tous les hommes ensemble ne sauraient faire sans lui. Ce n'est pas assez que notre zèle soit discret, qu'il soit doux et charitable. Travaillons à nous faire quittes de nos zèles trop âpres, notamment de ceux qui choquent le respect, l'estime et la charité. Etudions-nous à humilier notre esprit, à bien interpréter les façons de faire de notre prochain et à le supporter dans ses petites infirmités ».

Que Vincent fut dévoré du zèle de la maison de Dieu, toute sa vie en rend témoignage, car tout entière elle fut employée à combattre le mal et à étendre le règne du bien, en quoi consiste le véritable zèle. Tant d'œuvres pour le renouvellement et la sanctification du clergé, tant de confréries, tant d'assemblées, tant d'institutions, tant de missions en France et à l'étranger, en Europe et au-delà des mers, qu'est-ce que tout cela, sinon autant de preuves parlantes et vivantes d'un zèle qui voulait empêcher l'outrage lait à Dieu, et procurer partout sa gloire et le salut des âmes?

Zèle éclairé, puisqu'il marchait toujours à la lumière de l'Évangile et des décisions de l'Eglise; zèle sage, également éloigné de la mollesse et d'une rigueur excessive ; zèle prudent et discret, sans amertume ni caprice, toujours tempéré, suivant les personnes avec lesquelles il traitait, par le respect ou la tendresse ; zèle invincible, qui ne cédait ni aux tempêtes, ni aux persécutions, ni à la mort ; zèle désintéressé, dégagé à la fois des intérêts matériels et des intérêts d'amour-propre ; zèle infatigable et persévérant, qui ne croyait avoir rien l'ait tant qu'il restait

quelque chose à faire, et que ni la vieillesse, ni les infirmités ne pouvaient condamner au repos. Déjà vieux, il disait : « Il me souvient qu'autrefois, lorsque je revenais de Mission, il me semblait, approchant de Paris, que les portes de la ville devaient tomber sur moi et m' écraser; et rarement revenais-je de la Mission que cette pensée ne me vînt dans l'esprit. La raison de cela est que je considérais en moi-même comme si on m'eût dit : Tu t'en vas, et voilà d'autres villages qui attendent de toi le même secours que tu viens de donner à celui-ci et à cet autre. Si tu ne fusses allé là, vraisemblablement telles et telles personnes, mourant en l'état que tu les as trouvées, seraient perdues et damnées. Or, si tu as trouvé tels ou tels péchés en cette paroisselà, n'as-tu pas sujet de penser que de pareilles abominations se commettent en la paroisse voisine, où ces pauvres gens attendent la Mission? Et tu t'en vas! tu les laisses-là ! S'ils meurent cependant, et qu'ils meurent dans leurs péchés, tu seras en quelque façon cause de leur perte, et tu dois craindre que Dieu ne t'en punisse. Voilà quelles étaient les agitations de mon esprit » .

Et plus tard encore, à soixante-dix-huit ans, il portait envie aux travaux de ses enfants :

« Que j'ai dé confusion, écrivait-il en 1654, de me voir si inutile au monde en comparaison de vous !... Certes, Monsieur, je ne puis me retenir: il faut que je vous dise tout simplement que cela me donne de nouveaux et de si grands désirs de pouvoir, parmi mes petites infirmités, aller finir ma vie auprès d'un buisson, en travaillant dans quelque village, qu'il semble que je serais bien heureux, s'il plaisait à Dieu me faire cette

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