PREFACE DU TRADUCTEUR
Le livre dont nous offrons au public français une traduction, a eu en Allemagne, où il a été publié Tannée dernière, sous le titre de Goethe und Werther, on immense et populaire succès.
La raison de ce succès est facile à indiquer : Les lecteurs de Werther — et c'est par millions qu'on les compte en Europe — ont dû être singulièrement éveillés par l'annonce d'une publication de pièces originales, à peine soupçonnées par quelques curieux et connues d'un petit cercle d'intimes. Ces lettres constatent que cette création tyfique de Werther n'est pas purement une œuvre de l'imagination du poète, mais qu'elle a sa racine da»s la vie réelle de celui qui fut plus tard, et de son vivant même, un génie antique.
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Werther a vécu : c'est bien Goethe. Mais le roman n'a peint que l'époque ardente, et qui fut passagère, de la jeunesse de Goethe. L'issue de cette passion, la conclusion, si je puis dire, n'a pas été cependant transportée dans le poëme, telle qu'elle se présenta dès lors; le poète l'a modifiée, soit parce qu'elle était trop vraie pour être vraisemblable, soit parce qu'il n'en a pas compris, à cette date, la naturelle grandeur. Elle a été remplacée, dans l'ouvrage, par un dénoûment à la fois plus vulgaire, plus dramatique et plus à la portée du sentiment de tous, par le suicide ; et ce suicide, on le verra, fut réel : il est emprunté à un fait qui s'est passé à Wetzlar peu de temps après le départ de Gœthe.
Ces lettres sont donc, en somme, les pièces justificatives et l'explication de Werther, et c'est bien là ce qui les a fait rechercher si avidement en Allé-* magne, et ce qui leur assurera, je crois, en France, un succès pareil.
le traducteur de Gœthe et Werther.