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LA SOEUR DE GŒTHE A KESTNER

Lundi, le 4 janvier 73.

Mon frère m'a chargée de vous écrire qu'il vous prie de demander à M. de Kieknannsegge s'il désire maintenant un volume à'Ossian qui est arrivé aujourd'hui.

J'apprends avec grand plaisir de vos nouvelles, mes chers amis; U m'est permis quelquefois de jeter un regard sur ▼os lettres et quand j'y vois seulement que vous êtes tous contents, je suis satisfaite. — Adieu, mon cher ami, de tout mon cœur j'embrasse Lotte, Léonore et toutes les antres chères sœurs.

Sophie.

GOETHE A KBSTNER.

Notre campagne critique est finie. J'ai raillé dans un épilogue le public et l'éditeur, mais n'en pariez pas. Qu'ils prennent cela pour des compliments.

Si vous voulez encore essayer pour le semestre prochain, vous risquez deux florins. Écrivez«moi* Saluez de ma port ma chère Lotte et Léonore, et adieu.

Le peigne et les feuilles de Y appendice qui manquaient, sont partis. Vous aurez plus tard le n° 6.

GOETHE A KESTNER

Vendredi matin.

J'ai rêvé cette nuit de Lotte. En me réveillant j'étais assis sur le lit et je pensais à toutes nos aventures, dès la première rencontre à Garbenheim * jusqu'à la conversation près du mur * à minuit, au clair de la lune, etc.

C'étaient de beaux moments dont je me souviens avec plaisir. Et comment vivez-vous à côté de votre ange ? — Je tais maintenant tout entier au dessin et ce sont surtout mes portraits qui réussissent. Les demoiselles me disent : « Oh î si vous vous étiez occupé ainsi à Wetzlar, vous auriez apporté le portrait de Lotte ! » Je leur réponds que j'irai bientôt vous voir et vous dessiner tous. Elles disent que ce n'est pas une consolation. Mais n'importe, pourvu que ma visite vous fasse plaisir.

1 Kestner vit pour la première fois Goethe couché sous un arbre, à Garbenheim. (Voir n° 1.)

1 L'extrait suivant du journal de Kestner explique ce passage : « Le 15 août 1772... je me suis promené avec Goethe dans la rue, jusqu'à minuit ; un entretien remarquable, dans lequel il montra vo grand dépit et exposa maintes idées fantastiques qui nous ont ttt rire à la fin, appuyés contre un mur. »

Nous avons on printemps assez singulier. Je ne vois pas encore la solution de tout ce que nous avons projeté. En attendant, les espérances sont les bien-venues et le reste est sur les genoux des Dieux.

Voici un I mp r es tu m eomicum. Un exemplaire est pour Kielmannsegge; saluex-le de ma part. Vous remettra l'antre exemplaire à Schneider.

Ne prendrez- vous pas un abonnement au Mercure allemand dont je tous envoie l'annonce f

GOETHE A KESTNER «

Je ne puis faire autrement que d'envoyer par le courrier d'aujourd'hui encore quelques lignes à Votre Excellence , d'autant plus que nous ayons réjoui aujourd'hui notre cœur de choux et de saucisse de foie. Monsieur pardonnera l'étrange format * de cette lettre, en lui assurant qu'elle est faite étant debout dans la chambre de la vertaeuse demoiselle Gerock. Nous vous faisons savoir amicalement que notre sommeil chrétien a été troublé par des aventures étranges et fâcheuses, parce que nous avions pris hier au soir une trop grande quantité de vin.

Un bon génie nous transporta d'abord à Wetzlar , au c Prince-Royal » au milieu de convives animés , qu'un diable fatal poussa à discuter sur une philosophie encore plus fatale. Je m'y trouvais entortillé. Bientôt après, je me rappelai avec chagrin que je n'avais pas encore vu Lotte. Je montai en hâte dans ma chambre pour y chercher mon

1 H eit impossible de rendre, dans la traduction , le style et la contour de cette lettre. EUe est écrite dans le jargon des chanceleries d'alors; c'est du rococo épistolaire. La dernière partie est en vers rimes.

* Cette lettre est écrite sur une feuille in-folio.

chapeau ; mais je ne pus le trouver. Je parcourais avec angoisse et d'une façon incroyablement merveilleuse, des chambres, des salons, des jardins, des déserts, des forêts, des musées de tableaux, des greniers, des chambres à coucher, des étables à cochons, jusqu'à ce qu'enfin un bon génie sous la forme de Gaspard, garçon du a Prince-Royal t me rencontra devant une boutique d'objets de luxe, et me conduisit à travers plusieurs greniers devant ma chambre dont malheureusement la clé se trouvait égarée. Je pris alors le parti de passer par un toit et une gouttière pour entrer par la fenêtre. Il y avait danger de vertige et d'une chute avec ses conséquences. Bref je n'ai pas yu Lotte. Ainsi je ne m'endormis doucement que vers le matin et je ne me levai qu'à huit heures et demie.

Du reste, si Votre Excellence use maintes plumes dans l'intérêt de la purification de la justice du Saint-Empire romain, et se repose de ce griffonnage dans le sanctuaire de l'ordre Teutonique ; si mes garçons grimpent encore comme de petits chats, si Albrecht publie bientôt la suite du Chrétien dans la solitude, si Georges fait bientôt des vers comme ceux de Gotter, et si les grands garçons parviennent heureusement par l'analyse à la physique;

Si le papa jouit de sa pipe, Si le docteur conseiller aulique a des caprices, Et les vend à Caroline pour de l'amour, Si Lotte va et vient toujours, Et si la petite Léonore, naïvement et de bonne foi, Continue à regarder le monde ; Si les garçons avec des tartines au miel, dans leurs nain

malpropres,

Avec des trous dans la. tête, suivant la bonne vieille

coutume allemande, Poussent de vigoureux cris de joie, En parcourant la maison et la cour, Et si vos petits yeux bleus, Regardent tout cela avec calme, Comme si vous étiez un bonhomme en porcelaine, (Pourtant vous êtes au fond un brave garçon, Un amant fidèle et un ami ardent) ; Alors laissez l'ennemi de l'Empire et des chrétiens, Et les Russes et les Prussiens et Bélial, Partager entre eux le globe, Préservez seulement cette chère maison allemande De ce grand partage, Et faites que la route d'ici à vous Soit sûre et égale comme l'échelle de Jacob, Et qu'en outre notre estomac digère bien ; Alors nous vous bénissons de coeur et de vive voix. A Dieu seul la gloire A moi seul ma femme, Ainsi lui et moi, Pouvons bien être satisfaits.

GGETHE A KESTNER.

Quoique la chose ci-jointe n'ait pas de valeur, je l'ai pourtant achetée pour vous, parce qu'elle fait partie de la force et ne coûte que trois batz; Dieu vous bénisse.

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