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PENSÉES DIVERSES SUR L'ART

L'art s'appuie sur une espèce de sens religieux, sur un sentiment sérieux , profond , inaltérable ; c'est pourquoi il s'allie volontiers à la religion. La religion n'a nullement besoin du sens de l'art ; elle repose sur le caractère sérieux des idées qui Jui sont Propres; mais elle ne donne ni le sens du beau ni le goût.

Dans une excellente gravure de Rembrandt , qui représente Jésus-Christ chassant les marchands et les acheteurs du temple, l'auréole qui ordinairement environne la tête du Seigneur est répandue autour de la main qui , dans Faction divine, frappe avec force, rayonnante de lumière.

La tête et le visage sont dans l'ombre.

Une ancienne tradition rapporte que Dédale, le premier sculpteur, vit de trèsmauvais œil l'invention du tour à potier.

Il est possible que l'envie n'y fût pour rien ; mais le grand homme vraisemblablement pressentait que l'élément technique dans l'art finirait par entraîner celui-ci à sa ruine.

Un noble philosophe (1)a dit de l'architecture qu'elle est une musique pétrifiée , et ce mot a dû exciter plus d'un sourire d'incrédulité. Nous ne croyons pouvoir mieux

(i)NoTalts.

- m reproduire cette belle pensée qu'en appelant l'architecture une mumque muette.

Qu'on se représente Orphée bâtissant une ville aux accords de sa lyre. Un vaste emplacement est préparé; le chantre divin , après avoir choisi l'endroit le plus convenable, prend sa lyre. Soudain les rochers, obéissant au charme irrésistible de l'harmonie , se détachent des montagnes régulièrement découpés et taillés. Comme saisis d'enthousiasme ils se meuvent ^t s'ébranlent ; puis ils se coordonnent d'après les règles d'une savante architecture, se disposent en assises, suivant les lois dû rythme, et forment des murailles. Ainsi s'alignent des rues qui s'ajoutent les -unes aux autres. La ville est bâtie; des murs de défense forment son enceinte.

Les sons de la lyre ont cessé ; mais l'harmonie subsiste. Les habitants d'une pareille ville circulent et travaillent au milieu de ces mélodies éternelles; l'esprit ne défaille jamais; son activité est sans cesse tenjie en

éveil; l'œil se substitue à l'oreille, usurpe sou rôle et sa fonction. Les habitants, pendant les jours les plus ordinaires, sont dans un état idéal. Sans y songer, sans remonter à l'origine, ils goûtent la plus haute jouissance morale et religieuse. Que l'on se promène souvent dans Saint-Pierre de Rome, et on éprouvera quelque chose d'analogue à ce que nous osons exprimer.

Au contraire , dans une ville mal bâtie , où le hasard, avec son misérable balai , a entassé pêle-mêle les maisons et les édifices, les habitants vivent sans y penser au milieu du désordre et de la barbarie. Tout est morne et triste autour d'eux. Pour l'étranger, lorsqu'il entre dans la ville, ce spectacle produit sur lui la même impression que s'il entendait un bruit de cornemuses, de fifres , de tambours de basque , et si on se préparait à le fai*e assister à une danse d'ours et à des tours de singes.

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