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APHORISME» SUR L'ART

Pour mes amis et mes adversaires.

Quiconque veut aujourd'hui écrire ou discuter sur l'art, ne doit pas être étranger aux idées que la philosophie a développées et continue à développer de nos jours.

Avant de reprocher à un auteur son obscurité, on devrait regarder en soi-même,

pour voir s'il y fait bien clair ; au crépuscule récriture la plus notte devient ièlisihle.

Dans la discussion Ton doit bien se garder de dire des choses que personne ne vous conteste.

Quand on veut contredire des maximes, il faut être en état de les exposer clairement et de les réfuter avec la même clarté , sans quoi on risque dé combattre des fantômes créés par son imagination.

L'obscurité de certaines maximes n'est que relative. Ce qui est obscur dans la théorie peut devenir très-clair dans la pratique.

Un artiste qui produit des œuvres remarquables n'est pas toujours en état de se rendre compte de ses propres créations , ni dé celtes des autres.

La nature et Vidée sont inséparables. Les séparer, ce serait détruire l'art aussi bien que la vie réelle.

Quand les artistes parlent de la nature , ils sous-entendent toujours l'idée sans en avoir clairement conscience.

11 en est de même de tous ceux qui professent une estime exclusive pour l'expérience; ils oublient que l'expérience proprement dite n'est que la moitié de l'expérience, On parle d'abord de la nature et de son imitation , et ensuite on ajoute qu'il doit exister une belle nature ; il faut donc choisir, et sans doute ce qu'il y a de plus parfait; mais à quel signe le reconnaître? D'après quelle règle doit-on faire ce choix? Où est cette règle? Elle n'est pourtant pas dans la nature.

Et , en supposant que l'objet soit donné,

que ce soit, par exemple, le plus bel arbre d'une forêt reconnu comme le type le plus parfait de son espèce; maintenant, pour métamorphoser cet arbre en son image , je tourne autour de lui , je cherche à le saisir par son plus beau côté , je me place à une distance convenable pour le voir parfaitement dans son ensemble, j'attends un jour favorable; et , après tout cela , croyez-vous que beaucoup des choses qui appartiennent à l'arbre réel soient passées sur le papier.

Il est permis au vulgaire de le croire ; mais l'artiste, qui doit posséder le secret de son art, ne devrait pas tomber dans une pareille méprise.

Précisément, ce qui plaît le plus comme nature à la multitude, dans un ouvrage d'art, ce n'est pas la nature extérieure , mais l'homme , la nature intérieure.

Le inonde ne nous intéresse que par son

rapport avec l'homme. Nous ne goûtons dans l'art que ce qui est l'expression de ce rapport.

Il est également difficile d'apprendre des bons modèles et de la nature.

On doit s'assimiler la forme aussi bien que la matière, et même cette transformation de la forme est ce qu'il y a de plus difficile.

Avoir tenté sans succès de satisfaire aux plus hautes exigences de l'art , mérite plus d'estime que d'avoir rempli parfaitement les conditions inférieures.

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