SUR LA ROCHEFOUCAULD. XV
Mémoires sur les Commentaires de César; la postérité en a jugé bien autrement. Nous nous en tiendrons à ce mot de M. de Voltaire, dans \a. Notice des écrivains du siecle de Louis XIV:
« Les 'Mémoires du duc de la « Rochefoucauld sont lus , et « l’on sait par coeur ses Pen a sées ». C’est en effet le livre des Pensées qui a fait la réputation de M. de la Rochefoucauld. Nous ne le louerons qu’en citant encore M. de Voltaire: quels éloges pourroient avoir plus de grâce et d’autorité? «Un des ouvrages, dit ce « grand homme (a), qui contri*
(a) Siecle de Louis XIV ^ chap. xxxii, »Lt Beaux Art».
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« buerent le plus à former le « goût de la nation , et à lui adonner un esprit de justesse a et de précision , fut le recueil a des Maximes de François a duc de la Rochefoucauld.
a Quoiqu’il n’y ait presque a qu’une vérité dans ce livre , a qui est que l' amour-propre a est le mobile de tout , cepen»
a dant cette pensée se présente a sous tant d’aspects variés , a qu’elle est presque toujours k piquante : c’est moins un li- « vre que des matériau:; pour « orner un livre. On lutavide- « ment ce petit recueil : il acte coutuma à penser , et à ren- « fermer ses pensées dans un « tour vif , précis et délicat.
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« C’étoit un mérite que perce sonne n’avoit eu avant lui en « Europe depuis la renaissance « des lettres ». Cet ouvrage parut d'abord anonyme. 11 excita une grande curiosité : on le lut avec avidité , et on l’attaqua avec acharnement. On l’a réimprimé souvent , et on l’a traduit dans toutes les langues. 11 a fait faire beaucoup d’autres livres; par-tout enfin, et dans tous les temps , il a trouvé des admirateurs et des censeurs.
C’est là, ce me semble, le sceau du plus grand succès pour les productions de l’esprit humain.
On a accusé M. de la Rochefoucauld de calomnier la nature humaine : le cardinal do
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Retz lui-même lui reproche de ne pas croire assez à la vertu.
Cette imputation peut avoir quelque fondement ; mais il nous semble qu’on l’a poussée trop loin.
M. de la Rochefoucauld a peint les hommes comme il les a vus. C’est dans les temps de faction et d’intrigues politiques qu’on a plus d’occasions de connoitre les hommes, et plus de motifs pour les observer : c’est dans ce jeu. continuel de toutes les passions humaines que les caractères se développent, que les foiblesses échappent , que l’hypocrisie se trahit, que l’intérêt personnel se mêle à tout , gouverne et corrompt tout.
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En regardant l’amour-propre
comme le mobile de toutes les
actions, M. de laRochefoucauld
ne prétendoit pas énoncer un axiôme rigoureux de métaphysique. Il n’exprime qu’une vérité d’observation, assez générale pour être présentée sous cette forme absolue et tranchante qui convient à des pensées détachées , et qu’on emploie tous les jours dans la conversation et dans les livres , en généralisant des observations particulières.
11 n’appartenoit qu’à un homme d’une réputation bien pure et bien reconnue d’oser üétrir ainsi le principe de toutes les actions hui£ines. Mais il don-
noit l’exemple de toutes les vertus dont il paroissoit contester même l’existence. Il sembloit réduire l’amitié à un échange de bons offices , et jamais il n’y eut d’ami plus tendre , plus fidele , plus désintéressé. « La « bravoure personnelle , dit « M”e de Maintenon, lui pa- « roissoit une folie , et à peine « s’en cachoit-il ; il étoit ce- « pendant fort brave ». Il donna des preuves delà plus grande valeur au siégé de Bourdeaux et au combat de S.-Antoine.
Sa vieillesse fut éprouvée par les douleurs les plus cruelles de l’ame et du corps. Il montra dans les unes la sensibilité la plus touchante, e®a ns les au-
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très une fermeté extraordinaire.
Son courage ne l’abandonna jamais que dans la perte des personnes qui lui étoient cheres.
Un de ses fils fut tué au passage du Rhin, et l’autre y fut blessé.
« J’ai ru, dit Mme de Sévigné , « sou cœur à découvert dans « cette cruelle aventure ; il est « au premier rang de tout ce «que je connois de courage, « de mérite , de tendresse et de « raison : je compte pour rien « son esprit et ses agréments. »
La goutte le tourmenta pendant les dernieres années de sa vie, et le fit périr dans des douleurs intolérables. Mm<’ de Sévigné , qu’on ne peut se lasser de relire et de citer, peint d’une