CLXXVIII
Ce qui nous fait aimer les nouvelles connoissances n'est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles, ou le plaisir de changer, que le dégoût de n'estre pas assez admirez de ceux qui nous connoissent trop , et l'espérance de l'estre davantage de ceux qui ne nous connoissent pas tant.
Nous nous plaignons quelquefois légèrement de nos amis pour justifier par avance nôtre légèreté.
Nôtre repentir n'est pas tant un regret du ■ma! que nous avons fait qu'une crainte de celuy qui nous en peut arriver.
Il y a une inconstance qui vient de la légèreté de l'esprit ou de sa foiblesse, qui lu y fait recevoir toutes les opinions d'autruy, et il y en a une autre qui est plus excusable, qui vient du dégoût des choses.
CLXXXÎI
Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie.
CLXXXÎIÎ
Il faut demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes.
Nous avouons nos défauts pour reparer par nôtre sincérité le tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres.
Il y a des héros en mal comme en bien.
On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices, mais on méprise tous ceux qui n'ont aucune vertu.