‹ Maximes (volume 2)Chapitre 9 sur 85 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

La Kochefoucauld a écrit, pensaient absolument comme luî. A partir de la mort de Henri IV, c'est la morale de l'intérêt qui domine partout; mais elle s'accentue principalement avec les Frondes. Des deux côtés, soit de la cour, soit des frondeurs, nous ne voyons qu'intrigues et ambitions inassouvies. C'est la politique des classes dirigeantes de l'époque, politique sans entrailles et sans scrupules.

Ainsi La Kochefoucauld , et avec lui ses amis et ses alliés, ne s'occupe que de ses déceptions. On fait la guerre au Mazarin sans se soucier des misères sans nombre dont on accable les trois quarts de la France : famine, peste, incendies, vols et brigandages de toutes sortes, tout cela est jeu de frondeurs, et dans quel but? Pour évincer le Mazarin, donner le pouvoir à M. le prince, €t se partager les honneurs et les faveurs. Jamais l'intérêt public n'a guidé un frondeur ni un partisan de la cour. Se représentc-t-on La Kochefoucauld lançant un livre de morale sentimentale sur le dévouement envers le prochain, sur le désintéressement absolu, sur l'oubli des injures, mais on lui aurait ri au nez en le renvoyant à la lecture de /'Imitation de Jésus-Christ.

Allons au fond des choses, et voyons de sangfroid la réalité. Est-ce que La Kochefoucauld a

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parlé autrement que les moralistes chrétiens? Qu'est-ce qui rend l'œuvre de La Bruyère toujours vivante et toujours jeune, sinon la peinture vraie des défauts et des vices de ses contemporains? La Bruyère « rendait au public ce que le public lui avait prêté » . 7/ faut reconnaître que ce public ne vaut pas mieux que celui dont La Rochefoucauld analyse et découvre les plus secrètes pensées, même celles que l'on ne s'avoue pas à soi-même.

Que disent donc les orateurs de la chaire dans leurs brillants discours? Ne considèrent-ils pas tous leurs auditeurs comme subjugués par des passions ou des appétits damnables? C'est à peine si Massillon, dans son sermon Sur le petit nombre des élus, compte quelques exceptions dans la multitude immense des réprouvés. Nous ne savons quel philosophe a dit : « Homo homini lupus, l'homme est un loup pour son semblable. » Cet axiome morose et atrabilaire est bien plus déshonorant pour l'espèce humaine que les pensées les plus imprégnées de /'amour de soi qu'on rencontre dans La Rochefoucauld.

M. Thicrs, dans son Éloge de Vauvenargues, fait cette remarque en parlant de La Bruyète ■ « // observe ceux qui se succèdent à la cour et les dépeint à grands traits, souvent les apostrophe vivement, court à eux, les dépouille de leurs déguise-

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