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II. — GENÈSE, ÉVOLUTION, SOURCES

L'on sait que le point de départ des Maximes se situe dans l'entourage de Mme de Sablé!, et que la première phase de leur élaboration, commencée au plus tard en 1659, présente un caractère plus ou moins collectif. Mais il serait excessif de voir en elles, comme tendait à le faire Victor Cousin, le produit un peu plus élaboré des conversations d’un salon où l’on aurait joué au jeu des maximes comme ailleurs au jeu des portraits. Un historien de la littérature” est allé jusqu’à faire observer qu’il n’est même pas certain que Mme de Sablé ait tenu salon à cette époque; car si la marquise avait beaucoup de relations, elle craignait si fort les maladies contagieuses qu’elle condamnait souvent sa porte et n’aimait pas à réunir beaucoup de monde autour d’elle; en revanche elle écrivait beaucoup, échangeant avec ses amis non seulement des lettres en forme, mais de petits billets que l’on faisait porter par un laquais, et dont il attendait au besoin la réponse. C'est même grâce à ces lettres et billets que nous pouvons discerner les origines des Maximes.

L'examen de la correspondance de Mme de Sablé et de celle de La Rochefoucauld révèle bien une collaboration, mais limitée à trois personnes : le duc, la marquise, et l’académicien

1. La marquise de Sablé (1599-1678) avait été une des précieuses les plus en vue, la Parthénice du Grand Cyrus; elle avait eu une vie sentimentale mouvementée; il paraît qu’elle reçut, entre autres, les hommages du père de La Rochefoucauld. Elle s'était « convertie », et en 1656 était venue s'installer dans une maison communiquant avec le monastère de Port-Royal. Elle était liée au parti janséniste, mais non fanatique; elle joua pendant la persécution un rôle conciliateur, et travailla à faire aboutir la Paix de l’Église. Elle passait pour fort experte en psychologie; très lettrée, elle était influencée par la littérature espagnole, notamment par Balthazar Graciän. Cf. N. Ivanoff, La Marquise de Sablé et son salon, Paris, 1927.

2. H.A. Grubbs, dans la Revue d'Histoire littéraire de la France (1933, PP; 24-25).

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