‹ MaximesChapitre 189 sur 457 · DES COQUETTES ET DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

DES COQUETTES ET DES VIEILLARDS

rences; il croit que c’est un privilège de son vieux mérite, et remercie l'amour de se souvenir de lui dans tous les temps.

Elle, de son côté, ne voudrait pas manquer à ce qu’elle lui a promis; elle lui fait remarquer qu’il a toujours touché son inclination, et qu’elle n’aurait jamais aimé si elle ne l'avait jamais connu; elle le prie surtout de n'être pas jaloux et de se fier en elle ; elle lui avoue qu’elle aime un peu le monde et le “commerce des *honnêtes gens, qu’elle a même intérêt d'en ménager plusieurs à la fois, pour ne laisser pas voir qu’elle le traite différemment des autres; que si elle fait quelques railleries de lui avec ceux dont on s’est avisé de parler, c’est seulement pour avoir le plaisir de le nommer souvent, ou pour mieux cacher ses sentiments; qu'après tout il est le maître de sa conduite, et que, pourvu qu'il en soit content et qu'il l’aime toujours, elle se met aisément en repos du reste. Quel vieillard ne se rassure pas par des raisons si convaincantes, qui l'ont souvent trompé quand il était jeune et aimable? Mais, pour son malheur, il oublie trop aisément qu'il n’est plus ni l’un ni l’autre, et cette faiblesse est, de toutes, la plus ordinaire aux vieilles gens qui ont été aimés. Je ne sais même ° si cette tromperie ne leur vaut pas mieux encore que de connaître la vérité : on les “souffre du moins, on les “amuse, ils sont détournés de la vue de leurs propres misères, et le ridicule où ils tombent est souvent un moindre mal pour eux que les “ennuis et l’anéantissement d’une vie pénible et languissante.

8. Lapsus de la copie Ch: en peine. 9. Gilbert ne donne pas le mot même.

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