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ils ont soutenu cent ans la guerre contre leurs rois légitimes pour conserver leur liberté. Ils doivent tant de grandes choses à la conduite et à la valeur des princes d'Orange, dont ils ont néanmoins toujours redouté l’ambition et limité le pouvoir. Présentement cette république, si jalouse de sa puissance, accorde au prince d'Orange d’aujourd’hui, malgré son peu d’expérience et ses malheureux succès dans la guerre, ce qu’elle a refusé à ses pères : elle ne se contente pas de relever sa fortune abattue, elle le met en état de se faire souverain de Hollande6, et elle a “souffert qu'il ait fait déchirer par le peuple un homme qui maintenait seul la liberté publique 7. |
Cette puissance d’Espagne, si étendue et si “formidable à tous les rois du monde, trouve aujourd’hui son principal appui dans ses sujets rebelles, et se “soutient par la protection des Hollandais8.
Un empereur, jeune, faible, simple, gouverné par des ministres incapables, et pendant le plus grand abaissement de la maison d'Autriche, se trouve en un moment chef de tous les princes d'Allemagne, qui craignent son autorité et méprisent sa personne, et il est plus absolu que n’a jamais été Charles-Quint*.
Le roi d’Angleterre4°, faible, paresseux, et plongé
36. En 1674 Guillaume d'Orange fit déclarer le stathoudérat héréditaire dans sa famille.
37. Jean de Witt, Grand Pensionnaire de Hollande. Fervent républicain, il fut massacré, ainsi que son frère Corneille, au cours d’une émeute fomentée par les orangistes (1672).
38. De fait, dans la guerre de Hollande, Louis XIV eut beaucoup plus à craindre de la part des Hollandais que de la part de l'Espagne.
39. Léopold 1°, né en 1640, empereur depuis 1657. En parlant de sa puissance inattendue, La Rochefoucauld fait probablement allusion à la coalition formée contre la France en 1673, et aux campagnes des années suivantes, dans lesquelles les armées impériales jouèrent un rôle capital.
40. Charles II d'Angleterre avait fait alliance avec Louis XIV par le traité de Douvres (1670), Louis XIV lui assurant un subside de trois millions de livres par an. Cette alliance avait suscité contre lui une très violente opposition du Parlement. C’est en 1677 qu'il se décida à abandonner cette politique, et qu’il maria sa nièce Marie, princesse d'York, à Guillaume d'Orange (15 novembre). — La chronologie de
dans les plaisirs, oubliant les intérêts de son royaume et ses exemples *domestiques, s’est exposé avec fermeté depuis six ans41 à la fureur de ses peuples et à la haine de son parlement pour conserver une liaison étroite avec le roi de France; au lieu d’arrêter les conquêtes de ce prince dans les Pays-Bas, il y a même contribué en lui fournissant des troupes. Cet attachement l’a empêché d’être maître absolu d’Angleterre42 et d’en étendre les frontières en Flandre et en Hollande par des places et par des ports, qu’il a toujours refusés; mais dans le temps qu'il reçoit des sommes considérables du Roi, et qu'il a le plus de besoin d’en être soutenu contre ses propres sujets il renonce, sans prétexte, à tant d’engagements, et il se déclare contre la France, précisément quand il lui est utile et *honnête d’y être attaché; par une mauvaise politique précipitée, il perd, en un moment, le seul avantage qu’il pouvait retirer d’une mauvaise politique de six années, et ayant pu donner la paix comme médiateur, il est réduit à la demander comme suppliant, quand le Roi l'accorde à l'Espagne, à l'Allemagne et à la Hollande #
Les propositions qui avaient été faites au roi d’Angleterre de marier sa nièce, la princesse d’York, au prince d'Orange, ne lui étaient pas agréables; le duc d’York en paraissait aussi éloigné que le Roi son frère, et le prince d'Orange même, rebuté par les difficultés de ce dessein, ne pensait plus à le faire réussir. Le roi d’Angleterre, étroitement lié au roi de France, consentait à ses conquêtes, lorsque les intérêts du grand trésorier d’Angleterre45 et la crainte d’être attaqué par le Parle-
La Rochefoucauld est un peu flottante : il dira tantôt que cette alliance a duré 51x ans, tantôt qu’elle en a duré dx.