‹ MaximesChapitre 21 sur 457 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

Les personnes consultées par Mme de Sablé ne s’y trompèrent pas. Parmi les objections qu’elles formulèrent, la plus fréquente n’est autre que celle qu'avait déjà soulevée la comtesse de Maure : cet ouvrage nie la vérité des vertus; de là des réactions parfois vives, inspirées tantôt par une répulsion instinctive : guelle âme noire!, tantôt par une vigilance théologique : quel encouragement pour le libertinage! que deviennent. les vertus chrétiennes ? Mais, en même temps qu’elle signalait le péril, la consultation de 1663 suggérait le remède. Il n’y a rien à reprendre, dirent certains experts, si l’auteur a voulu ruiner les prétentions des vertus humaines en tant que telles, c’est-à-dire non surnaturalisées par la grâce; l’un d'eux crut même discerner dans les Mayximes une invitation implicite à « nous tourner du côté de Dieu », tandis qu’un autre comparait La Rochefoucauld à saint Augustin, et voyait dans son ouvrage « ne satire très forte et très ingénieuse de la corruption de la nature par le péché originel, de l'amour-bropre et de l'orgueil, et de la malignité de l'esprit bumaïn qui corrombt tout quand il agit de soi-même sans l'esprit de Dieu”. »

La Rochefoucauld, de gaieté de cœur ou non, tira les conséquences de ces suggestions. Et d’abord il chercha une autre maxime à mettre en tête du recueil; non sans avoir hésité3, il décida de reprendre, comme texte liminaire, le

visible; mais l’auteur d’un tel recueil ne peut pas ne pas sentir que l’ordre des maximes conditionne forcément beaucoup l'effet qu’elles produisent, tant du point de vue esthétique que du point de vue de la pensée. De fait il existe des preuves tangibles de l’attention que La Rochefoucauld portait à cette question : il se préoccupa très tôt de l'établissement d’un index alphabétique, puisque les marges du manuscrit de Liancourt portent des initiales disposées à cet effet; d’autre part, écrivant au Père Esprit immédiatement après la publication de l'édition de Hollande, il déclarait que c'était un malheur que les Maximes eussent paru « sans l’ordre qu’elles devaient avoir » (lettre 39); s’il ne remédia pas complètement à cet inconvénient dans sa propre édition, il tint à s’en excuser auprès du lecteur, et à souligner qu’il y avait une table à la fin du livre (p. 268). Au demeurant, il ne faut pas se hâter d'admettre qu’il n’a guère ordonné les maximes de cette première édition : l’ordre est subtil, mais il existe.

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