GENESE, EVOLUTION, SOURCES XXV
Ces modifications préludaient à l'élaboration d’une édition nouvelle, qui parut en septembre 1666, et qui suppose un remaniement très poussé de l’œuvre. Pour nous en tenir à l’essentiel, les principaux changements furent de trois sortes :
1. La seconde édition est plus courte que la première : non seulement La Rochefoucauld retranche plus de maximes qu’il n’en ajoute, ce qui en abaisse le nombre de 318 à 302, mais il résume ou raccourcit beaucoup de celles qu’il garde!.
2. Il atténue des affirmations abruptes; par exemple il ajoute devant des maximes 7/ semble que, ou il y insère des expressions telles que souvent, d'ordinaire, en plusieurs, en la Dlubart des hommes, qui ménagent la possibilité d'admettre des exceptions?; il remplace — nouveau trait de prudence — ministres par hommes dans une maxime sur les grandes actions qui ne sont que l'effet du hasard®.
3. En revanche il ose se libérer de la présentation théologique qu’il avait cru devoir donner à sa première édition : le discours de La Chapelle-Bessé disparaît, et le nouvel avis au lecteur souligne cette suppression en affirmant que les Maximes n'ont pas besoin d’apologie; il n’est plus question des Pères de l'Église, et La Rochefoucauld se borne à déclarer brièvement qu'il «n'a considéré les hommes que dans cet état déplorable de la nature corrombue par le péché », et que la criique qu'il fait des défauts cachés sous les vertus «ne regarde point ceux que Dieu en préserve par une grâce particulière*. » Il supprime aussi le développement sur l’amourpropre placé au commencement de la première édition, et le remplace par une maxime qui rejoint l’idée jetée en tête des copies de 1663 : «Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions que la fortune arrange comme 1l lui plait. »