XXVI INTRODUCTION
L'on est fondé à dire que cette édition, où La Rochefoucauld osa être pleinement lui-même tout en corrigeant les lourdeurs et les outrances qui avaient pu déparer la première, fut la plus harmonieuse et la plus équilibrée de toutes.
Après 1666, le travail d'élaboration des Maximes prit un caractère un peu différent. Il fut plus lent et plus dispersé. Les troisième et quatrième éditions (1671 et 1675) ne se caractérisent guère que par l’adjonction de séries de maximes supplémentaires à la fin du livre, et ces maximes, médiocrement ordonnées et revenant souvent sur des idées déjà rebattues, ont tendance à rompre l'équilibre de l’ensemble. Pour la cinquième (1678), qui devait rester la dernière, La Rochefoucauld fit au contraire un nouvel effort de révision complète du recueil; en particulier il supprima une quinzaine de maximes; mais comme il les remplaça systématiquement par d’autres, choisies assez arbitrairement!, et qu'il en ajouta encore près de cent à la fin, la cohésion du livre se trouva encore plus compromise.
Comme dans les années qui avaient précédé la première publication, un assez grand nombre de personnes avaient communication de maximes nouvelles, et les discutaient:; on peut nommer par exemple Ninon de Lenclos, Saint- Evremond, Segrais, Conrart?. Mais eut-il toujours connaissance de leurs avis3? et, s’il en eut connaissance, en tint-il compte ? En tout cas il ne tint pas compte de ceux de Mme de Sablé, qu'il continuait de consulter, ni de ceux de Mme de Rohan, abbesse de Malnoue, à qui il adressa une suite de quarante-cinq maximes4.
1. Il semble que La Rochefoucauld ait tenu à ne pas modifier la numérotation, qui n'avait pas changé depuis la 3° édition.
2. Les trois premiers nous ont conservé des maximes inconnues par ailleurs (MP 59, 60 et 61); quant à Conrart, il put prendre copie des maximes adressées par La Rochefoucauld à l’abbesse de Malnoue (lettre 44).
3. C'est une question que l’on peut se poser aussi pour des jugements concernant des maximes déjà publiées, par exemple ceux de Christine de Suède, ou ceux de Mme de Sévigné et de ses correspondants.
4. On s’en rendra compte en confrontant les avis donnés par ces deux dames dans les lettres 45 et 48 avec les maximes publiées ensuite. — Segrais s’est vanté d’avoir reçu de La Rochefoucauld communi-