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GENESE, EVOLUTION, SOURCES XXVII

On a prétendu qu'une influence aurait été déterminante : celle de Mme de La Fayette, dont Segrais a consigné un mot mille fois cité par les commentateurs : « 1/ m'a donné de l'esprit, mais j'ai réformé son cœur 1. » Bien que cette phrase (qui peut d’ailleurs n’être point authentique) ne vise pas explicitement les Maximes, et qu'aucun document ne permette de préciser avec certitude en quel sens se serait exercée cette influence?, l'on a souvent admis a priori que Mme de La Fayette avait conduit La Rochefoucauld à modérer son pessimisme, et à modifier en conséquence le ton de son livre. Cette croyance ne résiste pas à l'examen. C'est, nous l'avons vu, au niveau de la seconde édition, c’est-à-dire peu de temps après la première et sous l'influence de l'accueil reçu par celle-ci, que l’auteur des Maximes avait procédé à ces adoucissements. Dans les éditions suivantes, on observe plutôt le contraire.

cation de tout ce qu'il écrivait (Mémoires et Maximes) : «Il m’envoyait ce qu'il avait fait dans le temps qu’il y travaillait, et il voulait que je gardasse ses cahiers cinq ou six semaines, afin de les examiner plus exactement, et que j’eusse plus de temps à juger du tour des pensées et de l’arrangement des paroles. Il y a des maximes qui ont été changées plus de trente fois.» (Mémoires anecdotes, in Œuvres diverses, Amsterdam, 1723, t. I, pp. 166-167). Cela ne paraît guère vraisemblable... Il faut tenir compte de l'extrême politesse de La Rochefoucauld, qui excellait à feindre de faire le plus grand cas des avis qu’il recevait (cf. par exemple les lettres 2, à Esprit; s et 14, à Mme de Sablé; 46, à l’abbesse de Malnoue).

1. On lit en réalité dans les Mémoires anecdotes (Œuvres diverses, Amsterdam, 1723, t. I, p. 31) : « Madame de La Fayette, disait Monsieur de La Rochefoucauld, m'a donné de l'esprit, mais j'ai réformé son cœur.» Mais Gourdault (Norice biographique sur La Rochefoucauld, éd. G.EF, t. I, p. LXXXI, n. 4) a bien montré qu'il s'agissait d’une faute, pour : « Madame de La Fayette disait 4 Monsieur de La Rochefoucauld : 1/ m'a donné de l'esprit, mais j'ai réformé son cœur », — d'autant plus que Segrais écrit par ailleurs dans les mêmes Mémoires : « Il donna de l'esprit et de la politesse à Madame de La Fayette, mais Madame de La Fayette régla son cœur» (p. 113).

2. Pourquoi serait-ce dans le sens de l’optimisme? La Princesse de Clèves serait-il un roman «optimiste»? Ne conviendrait-il pas d'y voir un réquisitoire contre l'amour? Cf. l’excellent livre de Bernard Pingaud, Madame de La Fayette par elle-même, Paris, 1950.

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