‹ MaximesChapitre 315 sur 457 · Cf. la notice des Réflexions diverses, p · texte numérisé non relu

Cf. la notice des Réflexions diverses, p

2. Quoi qu'en dise Barthélemy, il n’est pas possible de le considérer comme autographe. M. Marchand a fait remarquer par exemple qu'à la maxime 159 il parle du duc de Turenne; on n’imaginerait guère une telle erreur de titre sous la plume du duc de La Rochefoucauld (Les Manuscrits des « Maximes » de La Rochefoucauld, p. 49).

3. Il ressort des déclarations de Barthélemy (Œuvres inédites de La Rochefoucauld, p. 187, n. 1) que les maximes n'étaient pas numérotées, mais qu'elles se présentaient bien dans l’ordre où il les a publiées : il déclare qu'il indique pour chacune d’elles « le numéro d’après l’ordre du manuscrit ».

NOTICE dos

1° Les maximes du manuscrit Barthélemy se retrouvent

toutes dans le manuscrit de Liancourt. On peut en outre remarquer qu’elles sont empruntées à toutes les parties du manuscrit de Liancourt, du commencement à la fin de celui-ci.

2° L'ordre des maximes se rapproche beaucoup de celui de la première édition; la plupart des exceptions concernent des maximes qui se sont trouvées supprimées dans la seconde.

3° La rédaction même des maximes ressemble à celle du manuscrit de Liancourt; mais il arrive qu’elle annonce celle de la première édition, peut-être même de la seconde?.

Je me garderais bien de tirer des conclusions trop fermes d’un document qui ne nous est connu que d’une manière aussi précaire. Peut-être n'est-il pourtant pas impossible de suggérer, à partir de ces constatations, les hypothèses suivantes :

Le manuscrit Barthélemy correspondrait à un projet d’édition élaboré en 1664 à partir du manuscrit de Liancourt achevé. L'ordre adopté pour les maximes annoncerait déjà l'édition de 1665; toutefois, certaines maximes auraient encore donné lieu à de grandes hésitations, tant pour leur rédaction que pour la

1. On se rendra compte aisément de ce fait en consultant notre tableau général de concordance. — Voici un exemple tiré de la considération d’une trentaine de maximes du manuscrit Barthélemy (18 à 49) : les maximes 18, 19 et 20 du manuscrit correspondent aux maximes 7, 8 et 9 de la r'° édition, ses maximes 29 et 30 aux maximes 10 et 12 de l'édition, ses maximes 32 à 35 aux maximes 14, 15, 16 et 19 de l’édition, ses maximes 44 à 49 aux maximes 20, et 22 à 26, de l’édition ; l’on trouve ainsi, en ordre dans le manuscrit, la série presque complète des maximes 7 à 26 de la 1'° édition (et l’on pourrait continuer) ; mais de nombreuses maximes du manuscrit (21 à 28, 31, 36 à 43) n’ont pas leur répondant dans cette série : on peut constater que toutes correspondent soit à des maximes non publiées par La Rochefoucauld, soit à des maximes qui disparurent après la 1!* édition.

2. Exemples de maximes pour lesquelles le manuscrit Barthélemy annonce l'édition de 1665: la maxime 19 de cette édition est semblable à B 35, alors que le texte du manuscrit de Liancourt est tout différent (L 77) ; sa longue maxime 292 est rigoureusement conforme à B 249, alors que L 46 donne un texte différent. — Exemples de maximes pour lesquelles on peut penser que le manuscrit Barthélemy annonce l'édition de 1666: on lit dans la maxime 37 (texte remontant à 1666) nous ne les reprenons pas tant (comme B 69), alors qu’on lisait dans la 1'° édition (I 41) nous les rebrenons bien moins (cf. L 2); de même la maxime 116 (texte remontant à 1666) donne facile (comme B :41), alors que la 1'° édition (I 120) donnait #rsé (comme L 13).

place à leur assigner. Plus tard, au moment de préparer sa seconde édition, La Rochefoucauld se serait de nouveau inspiré de ce manuscrit; c’est ainsi que la plupart des maximes de la première édition qui se trouvaient fortement déplacées par rapport à lui se seraient trouvées sacrifiées, et que sa maxime 2 aurait été placée en tête de la nouvelle édition. Encore une fois, cela n’est suggéré qu'à titre de prudente hypothèse. L'énigme sur laquelle avait buté Régnier demeure, et nous laissons au lecteur le soin de se faire une opinion, lui ayant livré le dossier complet des divers textes des Maximes.

La même remarque s'applique au manuscrit Gilbert que nous ne connaissons que par une série, très longue il est vrai, de variantes données par rapport à l'édition de 1678. Nous ne pouvions faire autre chose que de reproduire telles quelles ces variantes, en formulant seulement les observations suivantes :

1° Gilbert ne nous donne aucune idée de l’ordre dans lequel se présentaient les maximes de son manuscrit, et rien ne nous permet de le deviner.

2° Contrairement à toutes les autres versions dont il vient d’être parlé, le manuscrit Gilbert donnait des maximes contenues dans toutes les éditions publiées par l’auteur, jusques et y compris la cinquième, et cela en fort grand nombre; on pourrait même déduire du travail de Gilbert, tel qu’il semble avoir été conçu, que toutes les maximes de l’édition définitive se trouvaient dans le manuscrit, celles pour lesquelles il n'indique pas de variantes y figurant dans les mêmes termes que dans cette édition.

3° Et pourtant le manuscrit Gilbert offre par ailleurs, pour un très grand nombre de maximes, des leçons analogues à celles des plus anciens états du texte, notammient le manuscrit de Liancourt?, et même les lettres; bien plus, il arrive qu'il

1. On serait tenté de penser que cet ordre aurait. été voisin de celui du manuscrit Barthélemy, puisque Gilbert ne s’est pas aperçu que les deux documents étaient différents. Mais G est beaucoup plus abondant que B, si bien qu’on en revient à cette conclusion que Gilbert a vraiment mal lu le travail de son devancier.

2. Et aussi le manuscrit de Barthélemy et l'édition de 1665. Comme nous donnerons les variantes de la version Gilbert par référence à ces textes, il sera très facile de constater le grand nombre de ces ressemblances.

donne de certaines maximes une version plus proche de celle des lettres que ne le fait le manuscrit de Liancourt lui-même.

De tout cela, que conclure ?

D'une part, qu’il ne serait, quoi qu’en ait dit Régnier? pas possible de reconstituer le texte de ce manuscrit d’après les variantes citées par Gilbert, faute en particulier d’en connaître l’ordre.

D'autre part, qu'il s’agit, dans l’état actuel de nos connaissances, d’une sorte de monstre assez difficile à imaginer : un manuscrit proche, à certains égards, des plus anciennes versions connues des Maximes, mais englobant toute l’évolution de l’œuvre jusqu’à la dernière édition. L'on en viendrait à rêver d’une sorte de second manuscrit de Liancourt qui, au lieu de s’arrèter avant la première édition, aurait été tenu à jour pendant toute la durée de la vie de l’auteur. Dans ce cas, l’on n’en saurait trop déplorer la perte. Mais arrêtons là nos hypothèses De toute manière, les variantes qu’offrait ce manuscrit sont des plus intéressantes, et il est visible qu’elles ont été relevées avec soin.

Note sur les autres manuscrits

Pour rendre complète notre description des manuscrits, nous allons dire enfin quelques mots des quatre manuscrits dont nous n’avons pas cru devoir tenir compte, en indiquant pourquoi nous les laissons de côté.

Le manuscrit 2064 de la Bibliothèque de l’Arsenal ne présente pas d’intérèt pour l’histoire du texte, bien qu’il date du XVII siècle il correspond exactement à l’édition de 1678, dont il n’est probablement qu’une copieÿ.

L'on ne s’arrétera pas davantage sur le manuscrit du XVIII* siècle appartenant au marquis de Vasselot de Régné. Il

1. Cf. les notes des lettres, notamment la note 3 de la lettre 9 et les notes 2, 9 et 12 de la lettre 14.

2. Il parle d’un texte «à constituer d’après les variantes relevées en note par M. Gilbert » (appendice au tome I de l'édition G-EF, p. IV). M. Marchand dit de même: « On pourrait le reconstituer », mais il ajoute aussitôt: «du moins partiellement» (Les Manuscrits des Maximes de La Rochefoucauld, p. 49).

3. Pour plus de détails sur ce manuscrit, cf. b1d., pp. 27-28.

s’agit apparemment d’une tentative faite, à partir des éditions, pour réunir en une collection continue la totalité des maximes publiées par La Rochefoucauld; les maximes y sont au nombre de 571 : ce sont celles de l’édition de 1678, entre lesquelles on a intercalé des maximes provenant d'éditions antérieures ?.

C’est d’un travail analogue, mais plus ancien et plus curieux, que résulte le manuscrit alphabétique appartenant également au marquis de Vasselot de Régné. Le propriétaire de ce document a lui-même établi que les 372 maximes qu'il contient sont empruntées tantôt à l'édition de 1665, tantôt à celle de 1666, ou encore donnent un texte composite provenant à la fois des deux éditions; apparemment l’auteur de ce manuscrit, composé entre 1666 (année de la deuxième édition) et 1671 (année de la troisième), a voulu constituer une collection complète des maximes de La Rochefoucauld déjà publiées. D'autre part il a eu l’idée originale de les ranger selon l’ordre alphabétique des sujets abordés?.

L'on voit assez pourquoi, tout en reconnaissant à ces deux derniers manuscrits un grand intérêt, nous n’avons pas à nous y arrêter davantage ici : loin de nous renseigner sur la genèse des Maximes, ils ont été composés, en dehors de La Rochefoucauld, à partir des éditions qu’il avait publiées.

Quant au manuscrit 173 de Vitry-le-François, aujourd’hui détruit, mais connu avec précision grâce aux épreuves de l’édition Herbert, nous avons déjà eu l’occasion de dire que c’est d’après lui (ou d’après un autre presque semblable) qu'avait été établie l'édition Brotier de 1789%. En ce qui concerne les Maximes, il comportait, à la suite de celles de l’édition de 1678, une collection de 121 Premieres pensées du duc de La Rochefoucauld, qui n'étaient autres que des maximes d’éditions

1. Pour plus de détails sur ce manuscrit, décrit par M. Marchand sous le titre « Manuscrit du XVIII siècle, appartenant à S.ASS. la Princesse Ernest d’Arenberg », cf. zhid., pp. 36-39. M. Marchand signale que le texte de ce manuscrit se retrouve dans une édition in-12 des Maximes publiée à Edimbourg en 1777.

2. À notet dans ce manuscrit une variante qui n’est peut-être que le résultat d’une étourderie : pour la maxime 300 du 2° état de l’édition de 1665 (MS 55) on y lit z/ est plus difficile au lieu de ÿ/ est plus facile.

Page 1