GENESE, EVOLUTION, SOURCES XXXVII
gourmandise, la paresse, — la paresse surtout, peut-être!, — où donc les a-t-il observés ? Mais il les a observés, et c’est là sa grandeur.
Observés et systématisés. Les Maximes supposent une constante dialectique entre ces deux grandes sources de toute pensée morale : l’observation et l’esprit de système; son expérience de la vie, sa connaissance de lui-même et des autres, l'ont conduit à une certaine vision du monde, et celle-ci à son tour a imposé son éclairage aux données de son expérience.
Mais ici se place une nouvelle interférence : entre l’expérience et l’œuvre s’interposent aussi les livres.
« Il est plus nécessaire d'étudier les hommes que les livres », à dit La Rochefoucauld? « Cela ne se comprend pas que sans étude vous sachiez si parfaitement toutes choses », lui écrivait Mme de Sablé®, tandis que Segrais notait : « Monsieur de La Rochefoucauld n'avait pas étudié; mais 1l avait un bon sens merveilleux, et 1l savait parfaitement bien le monde*.» Nous n'avions pas besoin de ces témoignages pour nous douter que ce jeune seigneur du temps des Mousquetaires, parti à quinze ans pour la guerre, n’était pas un savant. L’aurait-il été qu'il s’en fût soigneusement caché, par principe d’« honnêteté ». Mais il n’était pas davantage de ceux qui faisaient profession d’ignorance. Deux phrases de lui nous donnent la juste mesure. L'une est bien connue (elle se trouve dans son portrait par lui-même) : «J'aime la lecture en général; celle où 1l se trouve quelque chose qui peut façonner l'esprit et fortifier l'âme est celle que j'aime le plus5. » L'autre se trouve dans une lettre relative à des vers latins sur lesquels leur auteur avait sollicité son avis; il demande à son tour celui
1. Cf. la lettre 30 (de Mme de Schonberg à Mme de Sablé), et la réponse de Mme de Sablé (rhid., n. 18).
an Lettres 1:
4. Mémoires anecdotes, in Œuvres diverses, Amsterdam, 1723, t. I, p. 17.