Lettre de Mme de Maure à Mme de Sablé. Même époque
OTRE sentence, m’amour, est admirable! et de ce tour
court que j'aime aux sentences, et pour celle de M. Esprit, || encore qu’il me semble qu’il y a de la témérité de croire qu'il || puisse? faillir, je ne saurais concevoir que, quand les passions | font tant que de parler équitablement et raisonnablement, | elles puissent offenser*, si ce n’est Dieu qui voit les cœurs et |
qui voit par conséquent le principe de toutes les actions.
Je ne trouve pas non plus qu’il soit vrai que la charité ait || le privilège de dire tout ce qui lui plaît; et j’eus une grande joie |
4. Cf. Poétique, 1451 b (éd. Hardy, collection Budé, p. 41-43). Aris- ||
tote oppose l'historien, qui peint le réel, au poète — notamment le poète tragique — qui n’a pas à tenir compte de la réalité, mais doit . s'attacher au possible et au vraisemblable.
Lettre 28. — Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 251-252, autographe: — La date exacte est inconnue. Rappelons que Mme de Maure est morte au mois d'avril 1663.
1. En haut de la page un autre début, abandonné : « Votre sentence, m'amour, est admirable. Rien de faux, rien d’obscur. »
2. Mme de Maure a d’abord écrit peut, puis corrigé en puisse.
3. Encore une maxime qui a commencé par être d’Esprit, mais que l’on retrouve chez La Rochefoucauld : L 164 (cf. max. 9). — Dans les portefeuilles Vallant figure en outre une critique de la même maxime par le comte de Maure (t. VII, fol. 278; indication de la main de Vallant : M. /e comte de Maure sur une pensée de M. Esprit) : « La première
proposition de cette sentence choque, ce me semble, les principes |
de la philosophie et de la religion, lesquels, établissant les passions comme indifférentes pour la vertu et pour le vice, les rendent exemptes de cette injustice et de ce propre intérêt que l’on leur attribue. La
conséquence qu’on tire de cette première proposition ne saurait |
être véritable, non seulement parce qu’elle est fondée sur un principe qui ne peut subsister par la raison qu’on vient de dire, mais encore parce qu'elle contient une contradiction manifeste et établit une chose impossible, à savoir que les passions offensent toujours, lors même qu'elles parlent équitablement et raisonnablement. Cette expression parait impropre pour deux raisons. La première est que les passions ne parlent point, et servent seulement à émouvoir où à contenir les sentiments, sur lesquels la volonté se détermine pour parler ou pour agir bien ou mal selon que la raison domine ou obéit au sentiment qui est excité ou fortifié par la passion. La 2° raison est qu’on ne peut pas dire en parlant proprement que les passions parlent équitablement et raisonnablement, parce que dès lors qu’un homme parle convenablement et raisonnablement, l’on ne pourrait dire sans pécher
de ce que vous y ayez fait mettre le gasi que j'y ai trouvé; il faudrait, ce me semble, pour rendre cela véritable, que l’on vit le cœur aussi bien sur ce point-là que sur l’autre, car alors sans doute, comme on verrait que c’est la charité toute seule qui parle, toutes les personnes raisonnables recevraient bien les choses mêmes qui seraient les plus contraires à leurs sentiments; mais parce que le cœur ne se voit pas, nous voyons? tous les jours que quand la repréhension est rude, elle blesse, encore qu’elle parte de la charité, et quand même elle est douce, elle ne laisse pas quelquefois de blesser parce qu’il faut être merveilleusement raisonnable pour n'être pas blessée de tout ce qui donne de la confusion.
Je vous engage, ma chère m’amour, par la fidélité que nous avons l’une pour l’autre, de ne faire voir ceci qu’à Mile de Chalais5, car pour M. Esprit il n’y faut pas seulement songer. Je vous demande cela, m’amour, au pied de la lettre, c’est-à-dire qu’il ne sache jamais que je vous aie montré d’y trouver rien à redire. Je lui dis seulement quelque chose qui signifiait qu'il y fallait le quasi que vous y avez mis; mais vous, m'amour, vous m'apprendrez, s’il vous plaît, si je ne me suis point trompée dans le reste? [...]
29. Lettre de Mlle de Vertus à Mme de Sablé. Printemps 1663. [..] Que me dites-vous de ces maximes qu’on a montrées
contre le bon raisonnement et contre le bon langage que c’est la passion qui parle ou qui fait parler. Et il faut dire au contraire que c'est la raison et l'équité qui parle ou qui fait parler équitablement et raisonnablement, et l’on n’a jamais dit que c’est la passion qui parle que, lorsque l’on parle raisonnablement, comme voulant marquer que ceux qui parlent sans raison se sont laissés emporter à leurs
passions ».
4. Il s’agit du quasi de la dernière phrase de la maxime : «La
charité a seule le privilège de dire quasi tout ce qui lui plaît et de ne blesser jamais personne » (texte du manuscrit de Liancourt). Il est remarquable que le texte du manuscrit Gilbert ne donne pas ce quast (var. de la max. 9).
s. Mme de Maure a d’abord écrit on voit, puis corrigé en »04s vOYONs.
6. Demoiselle de compagnie de Mme de Sablé. Tallemant parle d'elle à plusieurs reprises dans l'hsstoriette qu’il consacre à la marquise.
7. Nous ne donnons pas cette longue lettre en entier, car la suite n'a aucun rapport avec les Maximes.
Lettre 29. — Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 121-122, autographe.
à M. le comte de Saint-Paul! ? Je ne sais ce que c’est, mais il me semble qu'il ne faudrait point trop le laisser entretenir par ce M. de Neuré” ; car c’est une personne qui apparemment n'est pas contente de Mme de Longueville, et qui a bien envie, à ce qu'on m'a dit, de rentrer dans cette maison. Si vous disiez à M. le comte de Saint-Paul qu'il ne faut pas qu’il s'amuse à les lire ? Il a une grande déférence pour vous, et ainsi cela lui deviendrait suspect [...]