‹ MaximesChapitre 385 sur 457 · Lettre de Mme de Schonberg à Mme de Sablé · texte numérisé non relu

Lettre de Mme de Schonberg à Mme de Sablé

E crus hier, tout le jour, vous pouvoir renvoyer vos maximes'; mais il me fut impossible d’en trouver le temps. Je voulais vous écrire et m’étendre sur leur sujet. Je ne puis pas vous en dire mon sentiment en détail? ; tout ce qu'il m'en parait, en général, c’est qu'il y a en cet ouvrage beaucoup d'esprit, peu de bonté, et forces vérités que j'aurais ignorées toute ma vie si l’on ne m'en avait fait apercevoir. Je ne suis

— Longue lettre dont nous ne donnons que le passage qui fait allusion aux Maximes. — L'époque de la lettre est déterminée avec certitude par une allusion (dans le début du texte, qui n’est pas reproduit ici) à la mort récente de Mme de Maure. — Mlle de Vertus était une amie très intime de Mme de Longueville ; elle s'était trouvée à l’origine de sa conversion.

1. Fils naturel de La Rochefoucauld et de Mme de Longueville (1649-1672).

2. Le philosophe Laurent Mesme, dit Mathurin ou Michel de Neuré, ancien précepteur des fils de Mme de Longueville, brouillé alors avec elle.

Lettre 30. — Portefeuilles Vallant, t. Il, fol. 178-179, 184-185, 188, 190-191, 195. Il existe en effet plusieurs copies de cette lettre, qui dut être communiquée à plusieurs personnes. La plus intéressante est celle des fol. 178-179, qui comporte des corrections faites de la main de Vallant, soit sur l’ordre de Mme de Sablé, soit sur la demande de Mme de Schonberg elle-même. La plupart de ces corrections sont des suppressions qui atténuent la portée du texte. Nous donnerons la version primitive de cette copie, et nous indiquerons en note les corrections qu'elle porte. — Le dernier alinéa de la lettre indique formellement que les Muximes n'étaient pas encore imprimées. — Mme de Schonberg était cette Mile de Hautefort dont Louis XIII avait été amoureux; La Rochefoucauld lui-même, dans sa jeunesse, avait soupiré pour elle. Elle était fort dévote.

1. Il faut entendre, de toute évidence : les maximes que vous m'avez envoyées, c’est-à-dire celles de La Rochefoucauld.

2. Phrase barrée dans la copie corrigée. S'y trouve également barré le c’ de c’est qu'il y a, dans la phrase suivante.

pas encore parvenue à cette habileté d’esprit où l’on ne connaît dans le monde ni honneur ni bonté ni probité; je croyais qu'il y en pouvait avoir. Cependant, après la lecture de cet écrit, l'on demeure persuadé qu'il n’y a ni vice ni vertu à rien, et que l’on fait nécessairement toutes les actions de la vie. S'il est ainsi que nous ne nous puissions empêcher de faire tout ce que nous désirons, nous sommes excusables, et vous jugez de là combien ces maximes sont dangereuses. Je trouve encore que cela n’est pas bien écrit en français, c’est-àdire que ce sont des phrases et des manières de parler qui sont plutôt d’un homme de la cour que d’un auteur. Cela ne me déplaît pas, et ce que je vous en puis dire de plus vrai est que je les entends toutes comme si je les avais faites, quoique bien des gens y trouvent de l’obscurité en certains endroits. Il y en a qui me charment, comme : « L'esprit est toujours la dupe du cœur ». Je ne sais si vous l’entendez comme moi; mais je l’entends, ce me semble, bien joliment, et voici comment: c’est que l'esprit croit toujours, par son habileté et par ses raisonnements, faire faire au cœur ce qu'il veut, mais il se trompe, il en est la dupe, c’est toujours le cœur qui fait agir l'esprit ; l’on suit tous ses mouvements, mal gré que l’on en ait°, et l’on les suit même sans croire les suivre. Cela se connaît mieux en galanterie qu'aux autres actions, et je me souviens de certains vers sur ce sujet qui ne seront pas mal à propos” :

La raison sans cesse raisonne

Et jamais n’a guéri personne,

Et le dépit le plus souvent Rend plus amoureux que devant.

Il y en a encore une qui me paraît bien véritable, et à quoi le monde ne pense pas, parce qu’on ne voit autre chose que

3. Le passage qui précède est barré dans la copie corrigée, qui enchaîne ainsi: « Cependant, après la lecture de cet écrit, je suis comme persuadée qu’il n’y en a point. Ce que je vous en puis dire

de plus vrai.» L \ 4. Ces derniers mots, à partir de gwoique, sont aussi barrés dans la

copie corrigée.

5. Texte définitif de la maxime 102 (L 178). Cf. ci-dessous la réponse

de Mme de Sablé (p. 567, n. 18).

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