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Réponse de Mme de Sablé à la lettre précédente

per votre complaisance, plutôt que la mienne, qui vous oblige à me faire part de vos maximes, parce que je n’en suis pas digne. Je vous dirai pourtant, Monsieur, comme si je ne disais rien, qu’il me semble que :

dans la 1'° maxime, il faudrait expliquer quelle sorte de confiance, parce que celle qui n’est fondée que sur la bonne opinion que l’on a de soi-même est différente de la sûreté que l’on prend avec les personnes à qui l’on parle;

la 4° est merveilleuse, et il n’y a rien de mieux pénétré;

sur la &, il n’y a point de vraies grandes qualités si on ne les met en usage;

sur la 10°, il n’y a rien de mieux trouvé;

la 11° est bien vraie, car le naturel ne se trouve point où il y a de l’affectation;

la 12°, il n’y a rien de si beau ni de si vrai:

la 13° est très belle;

la 14° est bien vraie, car le vice se peut corriger par l'étude de la vertu et la faiblesse est du tempérament, qui ne se peut quasi jamais changer ;

sur la cinquième, quand les amitiés ne sont point fondées sur la vertu, il y a tant de choses qui les détruisent que l’on a quasi toujours des sujets de s’en lasser.

Lettre 48. — Portefeuilles Vallant, t. Il, fol. 154-155, copie. — Une note de la main de Vallant au verso indique la date (avec, d’ailleurs, une petite erreur: ÿ#llet pour août, puisque la lettre précédente porte la date d’un 2 août de la main même de La Rochefoucauld) : «Maximes de M. de La Rochefoucauld en juillet 1675 avec les réflexions de Madame. Ceci est copie. »

V. LETTRE RELATANT UN ENTRETIEN DE LA ROCHEFOUCAULD AVEC LE CHEVALIER DE MÉRÉ

49. Lettre du chevalier de Méré à Madame la duchesse de***. Date inconnue.

AVCE voulez que je vous écrive, Madame; et vous me l'avez commandé de si bonne grâce et si galamment que je n’ai pu vous le refuser. Mais ce qui m'a engagé à vous le promettre me devrait empêcher de vous le tenir. Car je vois par là que vous êtes si délicate en agrément qu'il faut qu’une chose, pour être à votre goût, soit excellente et d’un prix bien rare. Aussi, Madame, je ne vous écris pas tant par l'espérance de vous plaire que par la crainte de vous désobéir. Et peut-être qu’il serait encore de plus mauvais air de vous manquer de parole que de ne vous rien dire d’agréable. Quoi qu’il en soit, vous me donnez le moyen de me sauver de l’un et de l’autre, en m'ordonnant de vous rapporter la conversation que j’eus - avant-hier avec M. de La Rochefoucauld; car il parla presque toujours, et vous savez comme il s’en acquitte. Nous étions dans un coin de chambre tête à tête à nous entretenir sincèrement de tout ce qui nous venait dans l'esprit. Nous lisions de temps en temps quelques rondeaux, où l'adresse et la délicatesse s'étaient épuisées. « Mon Dieu! me dit-il, que le monde juge mal de ces sortes de beautés! Et ne m’avouerez-vous pas que nous sommes dans un temps où l’on ne se doit pas trop mêler d'écrire ? » Je lui répondis que j’en demeurais d'accord, et que je ne voyais point d’autre raison de cette injustice, si ce n’est que la plupart de ces juges n’ont ni goût ni esprit. « Ce n’est pas tant cela, ce me semble, reprit-il, que je ne sais quoi d’envieux et de malin qui fait mal prendre ce qu’on écrit de meilleur. — Ne vous l’imaginez pas, je vous prie, lui repartis-je, et soyez assuré qu'il est impossible de connaître le prix d'une chose excellente sans l’aimer, ni sans être favorable à celui qui l’a faite. Etcomment peut-on mieux témoigner qu’on est stupide et sans goût que d’être insensible aux charmes de

Lettre 49. — Lettres de M. le chevalier de Méré, 1682, t. I, pp. 83-91. — D'après l'édition G.E.F, la destinataire serait la duchesse de Lesdiguières. Au reste on peut douter qu'il s'agisse d’une vraie lettre, Méré lui-même ayant fait publier ce recueil comme une œuvre littéraire. L'on ne saurait d’autre part imaginer qu’il rapporte exactement les paroles de La Rochefoucauld. La date de l'entretien est inconnue, mais il semble bien avoir été postérieur à la publication des Maximes.

l'esprit? — J'ai remarqué, reprit-il, les défauts de l'esprit et du cœur de la plupart du monde, et ceux qui ne me connaissent que par là pensent que j’ai tous ces défauts, comme si j'avais fait mon portrait! C’est une chose étrange que mes actions et mon procédé ne les en désabusent pas. — Vous me faites souvenir, lui dis-je, de cet admirable génie qui laissa tant de beaux ouvrages, tant de chefs-d'œuvre d'esprit et d'invention, comme une vive lumière dont les uns furent éclairés et la plupart éblouis”. Mais parce qu'il était persuadé qu’on n’est heureux que par le plaisir, ni malheureux que par la douleur, ce qui me semble, à le bien examiner, plus clair que le jour, on l’a regardé comme l’auteur de la plus infâme et de la plus honteuse débauche, si bien que la pureté de ses mœurs ne le put exempter de cette horrible calomnie. — Je serais assez de son avis, me dit-il, et je crois qu’on pourrait faire une maxime que la vertu mal entendue n’est guère moins incommode que le vice bien ménagé*.— Ha Monsieur ! m'écriai-je, il s’en faut bien garder ; ces termes sont si scandaleux qu'ils feraient condamner la chose du monde la plus honnète et la plus sainte. — Aussi n’usé-je de ces mots, me dit-il, que pour m’accommoder au langage de certaines gens qui donnent souvent le nom de vice à la vertu, et celui de vertu au vice;-et parce que tout le monde veut être heureux, et que c’est le but où tendent toutes les actions de la vie, j’admire que ce qu’ils appellent vice soit ordinairement doux et commode, et que la vertu mal entendue soit âpre et pesante. Je ne m'étonne pas que ce grand homme ait eu tant d’ennemis; la véritable vertu se confie en elle-même; elle se montre sans artifice et d’un air simple et naturel, comme celle de Socrate. Mais les faux honnêtes gens aussi bien que les faux dévots ne cherchent que l’apparence, et je crois que dans la morale Sénèque était un hypocrite* et qu'Epicure était un saint. Je ne vois rien de si beau que la noblesse du cœur et la hauteur de l'esprit ; c’est de là que procède la parfaite honnêteté, que je mets au-dessus

1. Sur ce reproche, cf. le Discours de La Chapelle-Bessé, p. 279, et n. 4.

2. Allusion à Epicure, que La Fontaine appelait de son côté le « plus bel esprit de la Grèce » (hymne à la volupté servant de conclusion aux Amours de Psyché et de Cupidon, in Œuvres diverses, éd. Clarac, p. 256).

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