CfEmaxurss: M. à rt
4. Cf. le frontispice des Maximes, où l’on voit démasquer Sénèque (illustrations du présent volume).
de tout, et qui me semble à préférer pour l’heur de la vie à la possession d’un royaume. Ainsi j'aime la vraie vertu comme je hais le vrai vice. Mais selon mon sens, pour être effectivement vertueux, au moins pour l’être de bonne grâce, il faut savoir pratiquer les bienséances, juger sainement de tout et donner l'avantage aux excellentes choses par-dessus celles qui ne sont que médiocres. La règle à mon gré la plus certaine pour ne pas douter si une chose est en perfection, c’est d’observer si elle sied bien à toutes sortes d’égards; et rien ne me paraît de si mauvaise grâce que d’être un sot ou une sotte, et de se laisser empiéter aux préventions. Nous devons quelque chose aux coutumes des lieux où nous vivons pour ne pas choquer la révérence publique quoique ces coutumes soient mauvaises’; mais nous ne leur devons que de l'apparence : il faut les en payer, et se bien garder de les approuver dans son cœur de peur d’offenser la raison universelle qui les condamne. Et puis, comme une vérité ne va jamais seule, il arrive aussi qu'une erreur en attire beaucoup d’autres. Sur ce principe qu’on doit souhaiter d’être heureux, les honneurs, la beauté, la valeur, l'esprit, les richesses et la vertu même, tout cela n’est à désirer que pour se rendre la vie agréable. Il est à remarquer qu’on ne voit rien de pur ni de sincère, qu'il y a du bien et du mal en toutes les choses de la vie, qu’il faut les prendre et les dispenser à notre usage, que le bonheur de l’un serait souvent le malheur de l’autre, et que la vertu fuit l'excès comme le défaut. Peut-être qu’Aristide l’Athénien et Socrate n'étaient que trop vertueux, et qu’Alcibiade et Phédon ne l’étaient pas assez; mais je ne sais si pour vivre content, et comme un honnête homme du monde, il ne vaudrait pas mieux être Alcibiade et Phédon qu'ÂAristide ou Socrate”. Quantité de choses sont nécessaires pour être heureux, mais une seule suffit pour être à plaindre ; et ce sont les plaisirs de l'esprit et du corps qui rendent la vie douce et plaisante, comme les douleurs de l’un et de l’autre la font trouver dure et fâcheuse. Le plus heureux homme du monde
s. Entendons : #ême si ces coutumes sont mauvaises.
6. L’allusion à la vertu d’Aristide et à celle de Socrate n’étonne pas, non plus qu’à l’absence de vertu d’Alcibiade. L’allusion qui concerne Phédon est moins attendue; il semble qu’il y ait ici un souvenir de l'interprétation équivoque souvent donnée d’un passage du dialogue de Platon qui porte son nom, où l’on voit Socrate le plaisanter sur ses longs cheveux ; cf. l'édition du Phédon par L. Robin (collection Budé), introduction, p. X, et p. 54.
n’a jamais tous ces plaisirs à souhait. Les plus grands de l'esprit, autant que j'en puis juger, c’est la véritable gloire et les belles connaissances; et je prends garde que ces gens-là ne les ont que bien peu, qui s’attachent beaucoup aux plaisirs du corps. Je trouve aussi que ces plaisirs sensuels sont grossiers, sujets au dégoût et pas trop à rechercher, à moins que ceux de l'esprit ne s’y mêlent. Le plus sensible est celui de l'amour, mais il passe bien vite si l'esprit n’est de la partie. Et comme les plaisirs de l'esprit surpassent de bien loin ceux du corps, il me semble aussi que les extrêmes douleurs corporelles sont beaucoup plus insupportables que celles de l'esprit. Je vois de plus que ce qui sert d’un côté nuit d’un autre; que le plaisir fait souvent naître la douleur comme la douleur cause le plaisir, et que notre félicité dépend assez de la fortune et plus encore de notre conduite. » Je l’écoutais doucement quand on vint nous interrompre, et j'étais presque d'accord de tout ce qu'il disait’. Si vous me voulez croire, Madame, vous goûterez les raisons d’un si parfaitement honnête homme, et vous ne serez pas dupe de la fausse honnêteté.
3. L'édition originale porte par erreur: de ce tout ce qu'il disait.